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Etrange Festival 2012 : 1re partie

posté le 11/09/2012 FredP

Depuis le 6 septembre, l’Étrange Festival nous Ă©tonne Ă  coup de films fantastiques, parfois drĂ´les, d’autres fois dĂ©rangeants et que nous n’aurons pas toujours l’occasion de voir autrement en salles. Avec un programme chargĂ©, on vous parle dĂ©jĂ  pour commencer des 6 premiers films vus : Head Hunters, Redd Inc, Un Jour de Chance, Citadel, Motorway et Iron Sky.

C’est donc le scandinave Head Hunter qui ouvrait le festival en bĂ©nĂ©ficiant dĂ©jĂ  d’un bon bouche-Ă -oreille. Lorsqu’un chasseur qui joue au trafic d’œuvres d’art en espĂ©rant garder l’amour de sa femme, il y a forcĂ©ment un moment oĂą ça tourne mal. En particulier quand la victime du nouveau coup se rĂ©vèle ĂŞtre un ex-mercenaire qui n’a pas l’intention de se laisser faire. Le film commence ainsi comme un traditionnel thriller venu du froid avec un ton noir, un hĂ©ros dĂ©pressif et lĂ©gèrement pathĂ©tique et des pions qui se mettent en place petit-Ă -petit.
Puis tout change radicalement Ă  mi-chemin. Le thriller glacial mute d’un seul coup en comĂ©die burlesque qui voit notre hĂ©ros tomber dans un merdier bien plus grand que ce qu’il pensait. Il faudra alors se rĂ©adapter Ă  l’histoire telle qu’elle Ă©volue Ă  partir de ce moment lĂ . Et si on y arrive, on pourra alors se rĂ©galer d’un humour noir et mĂ©chant qui pousse encore plus loin l’absurditĂ© de la situation dans laquelle s’est fourrĂ© notre anti-hĂ©ros et son entourage. Naviguant ainsi entre les genres et bĂ©nĂ©ficiant d’un interprĂ©tation impeccable, Head Hunters se regarde donc agrĂ©ablement et annonce un bon dĂ©but de festival.

Après la comĂ©die, place ensuite Ă  un film plus trash venu d’Australie : Redd Inc. Dans ce huis-clos, on ne rigole pas avec le travail, surtout quand un patron accusĂ© de meurtre kidnappe des personnes pour les faire enquĂŞter sur l’affaire afin de le disculper. Étant donnĂ© le sujet, on aurait pu s’attendre Ă  une vĂ©ritable satire du monde du travail, en particulier en pĂ©riode de crise. Mais ce ne sera pas le cas. Le rĂ©alisateur s’est mis en tĂŞte qu’il avait lĂ  de quoi faire un huis-clos naviguant vers le torture porn, mais il n’aura malheureusement bien du mal Ă  tenir son sujet.
Entre les incohĂ©rences qui pleuvent, un manque de rythme Ă©vident, une mise en scène qui patine, une Ă©criture prĂ©visible et des personnages clichĂ©s et inintĂ©ressants, on a vite fait de vouloir quitter le job pour aller voir ailleurs. Ce n’est donc pas avec ce Redd Inc que l’Australie, habituellement pourvoyeuse de bons films trashs va briller cette annĂ©e.

La seconde journĂ©e sera illuminĂ©e par Un Jour de Chance, la nouvelle face d’Alex de la Iglesia qui a embarquĂ© Salma Hayek (rien que ça) dans une glorieuse satire du travail, de la crise et des mĂ©dias. Un joli programme qui prend corps dans l’histoire de Roberto. Ancien publicitaire Ă  la recherche d’un boulot, un malheureux concours de circonstances l’amène dans un chantier oĂą il finira avec la tĂŞte plantĂ©e dans une tige de fer. Pas mort sur le coup mais ne pouvant plus bouger, les secours s’organisent tandis que les mĂ©dias se bousculent sur place pour couvrir l’Ă©vĂ©nement.
Se dĂ©roulant alors quasiment sur un lieu unique et autour de son malheureux hĂ©ros qui n’a plus le sens des rĂ©alitĂ©s, prĂ©fĂ©rant accorder une interview pour gagner de l’argent que voir sa famille, Un Jour de Chance entame un discours très acerbe sur notre monde gouvernĂ© par l’argent et la mĂ©diatisation au dĂ©triment des valeurs familiale. C’est moral certes, mais ça remet au moins quelques valeurs en places. Si on peut dĂ©plorer quelques baisses de rĂ©gime rĂ©gulières, la galerie de personnages prĂ©sentĂ©s pour l’occasion est en tous cas assez savoureuse, de Salma Hayek en mère incorruptible au publicitaire poussant la marque de son client juste Ă  cĂ´tĂ© du hĂ©ros Ă  chaque fois qu’une camĂ©ra passe Ă  cĂ´tĂ©. Sans doute pas le meilleur du rĂ©alisateur (il faut dire que Balada Triste Ă©tait assez immense), Un Jour de Chance est tout de mĂŞme un bon moment assez grinçant Ă  savourer.

Place ensuite au beaucoup moins drĂ´le Citadel. Premier film de l’irlandais Ciaran Foy et première sensation forte du festival. On va bien retenir le nom de ce jeune rĂ©alisateur face Ă  ce premier qui place Ă  un jeune père devenu agoraphobe après le meurtre de sa femme par un gang. En plaçant son histoire dans une banlieue dĂ©saffectĂ©e ressemblant Ă  un no man’s land oĂą les junkies attaquent quiconque sort, le rĂ©alisateur traite son sujet dans une atmosphère Ă©touffante. Navigant toujours entre la rĂ©alitĂ© et le fantastique sans acter un point de vue clair, il joue ainsi avec nos perceptions et celles de son hĂ©ros (remarquablement interprĂ©tĂ© par ailleurs).
Car ici, dans un monde presque post-apocalyptique, les junkies sont des zombies qui se nourrissent de la peur et l’on se demande si nous sommes alors dans un film fantastique ou dans l’imagination du malade qui tente de trouver la force pour vaincre sa pathologie et ainsi aller au secours de son enfant. Avec une rĂ©alisation anxiogène qui n’hĂ©site pas Ă  aller dans le pessimisme et le choc, les montĂ©es d’angoisses se font ici rĂ©gulièrement sentir, comme un malaise devant une peur primale qui est celle de l’autre et de l’intrus. Et si la dernière partie compte nombre d’incohĂ©rences et ne tient pas toutes les promesses, on reste tout de mĂŞme scotchĂ© devant la maĂ®trise de l’ambiance pesante dont fait preuve le rĂ©alisateur Ă  suivre.

On entame le weekend avec le hongkongais Motorway et nous aurons bien du mal Ă  rĂ©sumer l’histoire tellement celle-ci se rĂ©vèle floue et inintĂ©ressante. On retiendra seulement que des flics pourchassent des trafiquants, avec apparemment un diamant volĂ© et qu’il y a donc des poursuites de voitures. Mais voilĂ , le rĂ©alisateur trop attachĂ© Ă  la technique de rĂ©alisation et aux techniques de conduite de ses personnages oublie l’essentiel : raconter une histoire avec des personnages intĂ©ressants. Ici, rien du tout et si on apprĂ©ciera la qualitĂ© de la photo, c’est bien tout ce qui nous marquera tant les poursuite manquent d’adrĂ©naline et d’enjeux. Ajoutons Ă  cela une initiation plutĂ´t fumeuse du hĂ©ros aux techniques de dĂ©rapages et on a alors l’une des principales dĂ©ceptions du festival. On s’attendait Ă  un festival d’action et de courses-poursuites lisible et percutant … on est loin du compte … très loin.

Puis place Ă  l’attendu Iron Sky. Le film qui fait buzzer le net depuis 3 ans en impliquant ses fans dans la production en promettant des nazis cachĂ©s sur la Lune depuis la fin de la seconde guerre et qui ont dĂ©cidĂ© de se venger aujourd’hui en attaquant les Etats-Unis. Le pitch nĂ© d’une soirĂ©e arrosĂ©e entre amis est prometteur et annonçait son lot de bonnes blagues  et de sarcasmes sur les USA pour un nanar enjouĂ©. HĂ©las, les projets nĂ©s dans l’alcool ne sont pas toujours aussi prometteurs une fois arrivĂ©s sur grand Ă©cran.
Alors bien sĂ»r, pour une production de ce calibre, on reconnaitra que cĂ´tĂ© effets visuels, hormis quelques passages, ça a plutĂ´t de la gueule et les comĂ©diens la joue second degrĂ© avec grand plaisir. HĂ©las, cela ne fait pas tout et le film souffre de gros problème d’Ă©criture. Que ce soit l’histoire assez bordĂ©lique ou les dialogues qui, Ă  part quelques catchlines bien sympas, tombent presque toujours Ă  plat, il n’y a finalement pas grand chose qui fonctionne dans ce joyeux bordel qui manque vraiment d’un grain de folie et de trash supplĂ©mentaire qu’aurait pu apporter un rĂ©alisateur du calibre de Paul Verhoeven (au hasard). Finalement, Iron Sky la joue alors assez « petits bras»  et c’est bien dommage car le concept promettait pourtant un dĂ©lire beaucoup plus bĂŞte et mĂ©chant.

A suivre : la nuit zombies avec Zombie Ass, Cockneys vs Zombies, Gangsters, guns & zombies et Osombie

Et tous les films en vus en liens dans la programmation Ă  jour.

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