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Culte du dimanche : Macbeth d’Orson Welles

posté le 09/11/2014 FredP

Carlotta n’en finit pas de restaurer et ressortir en bluray de magnifiques films et mĂŞme le lĂ©gendaire Orson Welles y a droit avec ses adaptations de Shakespeare, Ă  commencer par la malĂ©diction de Macbeth.

Si Orson Welles est surtout connu pour son passionnant et rĂ©volutionnaire Citizen Kane, il ne faut pas oublier qu’il Ă©tait avant tout un homme de théâtre, travaillant avec une troupe fidèle et faisant de multiples reprĂ©sentations de pièces. Et comme tout acteur et metteur en scène de théâtre, il a forcĂ©ment un grand faible pour l’oeuvre de William Shakespeare qu’il a reprĂ©sentĂ© plusieurs fois sur les planches. C’est donc après le succès de La Dame de Shanghai au cinĂ©ma, en 1948 qu’il dĂ©cide d’adapter l’une des plus fameuses pièces du maĂ®tre anglais sur grand Ă©cran, un nom qui fait Ă  lui seul trembler plus d’un rĂ©alisateur malgrĂ© les nombreuses adaptations dĂ©jĂ  rĂ©alisĂ©es : Macbeth.

Si Shakespeare Ă©tait douĂ© pour la comĂ©die, il l’Ă©tait tout autant pour la dramaturgie et ses Ĺ“uvres les plus cĂ©lèbres sont dans ce courant Ă  l’instar de Hamlet ou RomĂ©o et Juliette. Et dans ce courant, il s’intĂ©resse mĂŞme souvent au sens de la destinĂ©e et Ă  certaines forces telluriques et fantastiques comme La TempĂŞte. Ainsi Macbeth dĂ©bute lorsqu’il rencontre des sorcières qui prĂ©disent son accession au trĂ´ne mais sans descendance. En rentrant, il assassine alors le roi d’Ecosse et s’empare de la couronne, encouragĂ© par sa femme. DĂ©bute alors pour le couple une vague d’assassinats pour conserver le trĂ´ne qui les emmène vers la folie.

DotĂ© d’un budget très modeste et conscient qu’il ne pourra pas toute la pièce Ă©crite par Shakespeare avec l’ampleur nĂ©cessaire, Orson Welles ne va pas donner dans l’adaptation classique. Au contraire, fort de son savoir-faire au théâtre et Ă  la mise en scène, sachant très bien filmer ses dĂ©cors et ses acteurs, il fait de Macbeth une expĂ©rience unique. Avec un dĂ©cor presque unique fait de rochers et dans lesquels se dĂ©roule l’action, il va astucieusement utiliser les angles de la camĂ©ra, la lumière et la fumĂ©e pour donner une atmosphère particulièrement mystique au film et nous embarquer au plus près du couple maudit. Avec un style expressionniste Ă  la fois froid et fascinant, presque filmant une pièce de théâtre avec talent pour le cinĂ©ma, nous voilĂ  happĂ©s par la malĂ©diction de Macbeth.

Il faut dire que le rĂ©cit original est dĂ©jĂ  passionnant, convoquant les thèmes du pouvoir, de la malĂ©diction, des forces de la natures et de la destinĂ©e et de la folie, mais avec la patte respectueuse et moderne d’Orson Welles, l’histoire prend toute sa dimension fascinante. Il faut dire que les comĂ©diens sont particulièrement bons pour retranscrire tout le malheur s’abattant sur eux. Orson Welles en proie Ă  la folie est impressionnant tandis que Jeanette Nolan, pour qui s’est le premier rĂ´le au cinĂ©ma, s’approprie vraiment toutes les scènes de Lady Macbeth, l’un des rĂ´les fĂ©minins les plus mythiques et redoutĂ©s du théâtre.

MalgrĂ© cette rĂ©ussite, le film sera Ă  sa sortie un dĂ©sastre critique et public, en partie dĂ» Ă  l’accent Ă©cossais fort prononcĂ© des acteurs (qui permet pourtant de ralentir le texte et d’ĂŞtre plus authentique) et Ă  son style. Bizarrement, il sera bien accueilli dans les pays non-anglophone, mais cela ne suffira pas et les producteurs dĂ©cideront de remonter le film et une version amputĂ©e de plus de 20 minutes ressortira aux Etats-Unis sans  plus de succès. Aujourd’hui, le box-office ne parle plus et c’est bien la qualitĂ© du film qui est reconnue par tous. Cependant, Welles n’a pas attendu cette reconnaissance tardive pour retenter d’adapter Shakespeare puisque son film suivant sera sa vision d’Othello.

publié dans :Cinéma Culte du dimanche

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