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Interstellar, critique

posté le 10/11/2014 FredP

Chaque nouveau film de Christopher Nolan est un Ă©vĂ©nement et Interstellar ne manque pas Ă  la règle avec son ambitieuse envolĂ©e vers la SF. Mais malgrĂ© de grandes qualitĂ©s, il Ă©choue Ă  nous emporter pleinement avec lui et semble inutilement prĂ©tentieux. Une nĂ©buleuse poussière d’Ă©toiles.(attention, possibles spoilers Ă  prĂ©voir)

A l’origine, il y avait un scĂ©nario de pure SF Ă©crit par Jonathan Nolan. ProposĂ© naturellement au maĂ®tre amĂ©ricain du genre Steven Spielberg qui pouvait ĂŞtre intĂ©ressĂ© par la trame familiale qui y Ă©tait dĂ©crite, le rĂ©alisateur dĂ©cline la proposition pour conflit d’emploi du temps. Qu’Ă  cela ne tienne, le scĂ©nariste va le proposĂ© Ă  son frère Christopher Nolan maintenant libĂ©rĂ© de sa trilogie Dark Knight qui va alors s’approprier l’histoire et proposer pour la première fois un pur film de science-fiction comme ceux qui ont bercĂ© son enfance, doublĂ© d’un drame humain tout « Nolanien» .

Dans un futur proche, la Terre est presque devenue invivable. Les rĂ©coltes se font plus difficile et la population s’est repliĂ©e sur elle-mĂŞme pour lutter contre la nature qui fait des siennes. Tout espoir semble perdu. Mais une mission secrète va permettre d’envoyer 4 explorateurs dans l’espace, Ă  travers un trou de vers au delĂ  duquel il pourrait y avoir quelques mondes habitables. Le destin de l’humanitĂ© est entre leurs mains mais reviendront-ils Ă  temps pour retrouver leurs familles et nous emmener sur une autre Terre ?

Pendant 2h49, Christopher Nolan affiche clairement ses rĂ©fĂ©rences en la matière, allant de 2001 l’OdyssĂ©e de l’Espace jusqu’au rĂ©cent Elysium pour faire un film qui, Ă©videmment, lui ressemble, dans ses qualitĂ©s comme dans ses dĂ©fauts. L’ambition est clairement de mise pour plonger dans de la pure SF impliquant trou de vers avec passage dans d’autres mondes et relativitĂ© temporelle de manière rĂ©aliste. Et cela commence bien avec une (longue) exposition qui plonge directement dans le drame familial de cet homme qui a toujours regardĂ© vers les Ă©toile et se sent obligĂ© d’abandonner sa famille pour sauver la race humaine. Les difficultĂ©s de vie sur la planète ne sont qu’Ă©voquĂ©es mais nous font tout de suite comprendre l’enjeu, et surtout, la relation qui uni ce père et sa fille sont très touchantes. Une nĂ©cessitĂ© puisque c’est cette relation qui deviendra la colonne vertĂ©brale du film, ce qui cherchera Ă  atteindre l’Ă©motion (ce qui est rare dans le cinĂ©ma de Nolan).

Mais dès le dĂ©part pour l’espace et donc pour la pure SF, Nolan commence Ă  ne plus toucher pied et ne maĂ®trise plus grand chose de son film. En effet, il multiplie les ellipses, passe Ă  cĂ´tĂ© de ce que l’on aurait bien souhaitĂ© voir (les adieux Ă  la Terre, le dĂ©collage, le dĂ©veloppement de personnages secondaires plus intĂ©ressants, …), jongle mal entre les Ă©vĂ©nements dans l’espace et les Ă©vĂ©nements sur Terre, aucune magie, aucun Ă©tonnement n’est jamais Ă©voquĂ©. En effet, jamais le rĂ©alisateur n’arrive Ă  faire parler les images d’elles-mĂŞmes et il se sent toujours obligĂ© de combler ce dĂ©faut par de gros dialogues pompeux pseudo scientifiques ou pseudo philosophiques. A titre d’exemple, un personnage Ă©voque la peur du vide intersidĂ©ral qui règne juste Ă  cĂ´tĂ© de la cloison du vaisseau spatial, mais jamais on ne le ressent. Comme on ne ressent jamais le souffle de l’exploration alors qu’il est sans arrĂŞt martelĂ© dans certains dialogues, et c’est ainsi pendant tout le film, nous expliquant tout ce que l’on est censĂ© ressentir, mais n’y arrivant jamais. Alors on ne s’extasie jamais pendant ce passage dans le trou noir, jamais on n’est impressionnĂ© par ces planètes rapidement explorĂ©es.

Finalement, sur ses longues 2h49, le rĂ©alisateur ne prend pas son temps pour partir Ă  l’aventure, dĂ©velopper le souffle Ă©pique qu’Ă©voque la conquĂŞte spatiale, et ne s’intĂ©resse pas Ă  ses personnages de manière Ă©quitable (certains pourraient disparaĂ®tre d’un coup dans l’indiffĂ©rence gĂ©nĂ©rale) ou part dans le clichĂ© alors qu’il Ă©voquait le contraire juste avant. Il tente mĂŞme d’aborder d’autres thèmes, car en plus du temps, de la sauvegarde de l’humanitĂ©, de la relation père-fille, sont aussi Ă©voquĂ©s des ĂŞtres supĂ©rieurs (mais nous n’aurons pas droit au dĂ©bat science-religion) appuyĂ© par les orgues mystiques d’Hans Zimmer, jusque dans un final qui se veut ĂŞtre un trip quantique, temporel et Ă©motionnel mais n’arrive jamais dans cette dimension.

Comme si il voulait Ă©voquer trop de sujets, comme si il avait trop d’ambition, Nolan n’arrive alors pas Ă  se tenir Ă  une ligne directrice et passe Ă  cĂ´tĂ© de la moitiĂ© de son film. C’est donc assez frustrant car avec plus de maĂ®trise scĂ©naristique (certains Ă©lĂ©ments de la première partie nous font tout de suite connaitre la fin du film, et 2h Ă  attendre que ça arrive, c’est long) mais aussi de maĂ®trise dans ce qu’il faut montrer Ă  l’Ă©cran, nous aurions alors eu la vĂ©ritable Ă©popĂ©e Ă©pique et Ă©motionnelle qui nous Ă©tait promise.

Bien entendu, le film recèle quelques grands moments de cinĂ©ma comme les adieux du père et de la fille ou un arrimage particulièrement tendu, le jeu des acteurs et particulièrement de Matthew McConaughey est impeccable et investi, mais cela ne compense malheureusement pas la frustration et l’énervement que l’on peut ressentir devant ce film d’un rĂ©alisateur qui a clairement les yeux plus gros que le ventre. Car il est toujours bon d’avoir de l’ambition et les moyens de le faire, mais sans maĂ®trise, la puissance n’est rien.

publié dans :Cinéma Critiques ciné

  1. FlyinPoulpus
    10/11/2014 Ă  13:40 | #1

    Attention les gens, ça va spoiler en masse, merci de ne pas lire si vous n’avez pas vu le film.

    Vous ĂŞtes toujours lĂ  ? Tant pis pour vous.

    »  (certains Ă©lĂ©ments de la première partie nous font tout de suite connaitre la fin du film, et 2h Ă  attendre que ça arrive, c’est long)» 

    J’aimerais bien que vous dĂ©tailliez comment vous ĂŞtes parvenu Ă  la conclusion que le fameux fantĂ´me Ă©tait en fait Cooper qui s’envoyait lui mĂŞme des messages dans le passĂ© une fois Ă  l’intĂ©rieur du trou noir et qu’il parviendrait Ă  en ressortir.
    Parce que bon, théoriquement, quand on rentre dans un trou noir, on est broyé par la gravitation extrême qui y règne donc rien ne laissait présager cette fin. Ou alors vous avez vous même voyagé dans le trou noir durant le film, ceci expliquant cela.

  2. FredP
    10/11/2014 Ă  15:02 | #2

    A partir du moment oĂą on sait que le hĂ©ros part pour un trou noir avec donc une potentialitĂ© de voyage spatio-temporel (car malgrĂ© tout ce qui est racontĂ© dans le film, on ne sait toujours pas trop comment ça fonctionne), ou le grand thème du film est la relation père-fille, c’est bien facile de deviner qui est le « fantĂ´me»  … et c’est très vite confirmĂ© lorsque celui-ci dit « reste»  en morse.

  3. Kurogano
    01/12/2014 Ă  01:28 | #3

    Comment faire la fine bouche face Ă  une oeuvre aussi puissante et gĂ©nĂ©reuse, ce film est une claque cinĂ©matographique d’une ambition folle, d’une gĂ©nĂ©rositĂ© sincère et remarquable. Il va au bout de ses enjeux dramatiques en maitrisant son sujet de bout en bout. Du spectacle, de l’Ă©motion, de l’aventure, du grand cinĂ©ma.

  4. JĂ©rĂ´me D.
    15/12/2014 Ă  15:02 | #4

    Pour moi un très grand moment de cinĂ©ma. De la SF humaniste et ambitieuse. On oublie très vite le jargon technique et on se laisse littĂ©ralement transporter jusque dans les espaces interstellaires. Des contre-sens, peut-ĂŞtre… L’Ă©motion prend le pas sur le reste et gomme les imperfections. Quant aux blasĂ©s, les pauvres, vu le niveau de cette production, il ne doit pas leur rester grand chose Ă  se mettre sous la dent. Vivement recommandĂ© donc.