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Culte du dimanche : Citizen Kane

posté le 01/01/2012 FredP

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On attaque 2012 avec un grand classique, celui que beaucoup voient comme le plus grand film du cinĂ©ma amĂ©ricain. DĂ©cortiquĂ© dans tous les sens par les plus grands spĂ©cialistes, c’est au mythique Citizen Kane d’Orson Welles que nous nous intĂ©ressons !

30 octobre 1938. L’AmĂ©rique est en panique ! Les martiens attaquent ! C’est en tout cas ce qu’arrive Ă  faire croire Orson Welles Ă  un millions d’auditeurs avec son adaptation radiophonique de La Guerre des Mondes. Le jeune metteur en scène et acteur de théâtre se fait alors rapidement un nom et Hollywood lui ouvre ses portes. C’est le lĂ©gendaire studio RKO (Ă  qui on doit King Kong) qui lui offre une opportunitĂ© inĂ©dite en proposant Ă  Welles de rĂ©aliser son premier film avec une libertĂ© totale. Jamais pareil cadeau n’avait Ă©tĂ© offert Ă  un cinĂ©aste dĂ©butant (mĂŞme encore aujourd’hui). Orson Welles peut Ă©crire son histoire et la mettre en scène en toute indĂ©pendance, choisir les comĂ©diens de son choix (en l’occurrence ceux du Mercury Theatre avec qui il a l’habitude de travailler), et mĂŞme entretenir le mystère le plus total autour du film. Hollywood est aux abois et tout le monde se demande bien ce que le jeune artiste surdouĂ© pourrait prĂ©senter sur grand Ă©cran.

Le rĂ©sultat sera Citizen Kane. L’histoire d’un magnat de la presse, de son enfance Ă  sa mort tragique, seul dans son château reculĂ©. Librement inspirĂ© de William Randolph Hearst (ce qui lui vaudra d’ailleurs pas mal de reprĂ©sailles) mais aussi d’autres grands hommes d’affaires mĂ©diatiques comme Howard Hughes, Orson Welles dresse ici un portrait particulièrement noir et pessimiste du rĂŞve amĂ©ricain après la crise de 29 tout en Ă©tablissant de nouveaux codes qui ont rĂ©volutionnĂ© le cinĂ©ma amĂ©ricain et la manière de raconter une histoire sur grand Ă©cran.

Citizen Kane adopte ainsi une structure narrative qui n’avait que très rarement Ă©tĂ© utilisĂ©e au cinĂ©ma, encore moins de manière aussi frappante, le flashback. En effet, le rĂ©cit dĂ©bute par la mort de Charles Foster Kane, seul dans son château isolĂ© dans son domaine privĂ©, Xanadu. Celui-ci prononce un mot mystĂ©rieux dont le spectateur est le seul tĂ©moin, « Rosebud« . A partir de lĂ , la presse s’emballe et veut Ă  tout prix savoir ce que ce mot veut dire (la seule incohĂ©rence du rĂ©cit Ă©tant de savoir comment la presse a eu vent du dernier mot de Kane alors qu’il Ă©tait seul au moment de sa mort) et un journaliste va interroger l’entourage de Kane pour avoir la rĂ©ponse Ă  cette question. Mais plus qu’une enquĂŞte, ces tĂ©moignages dresseront avant-tout le portrait d’un homme rongĂ© par la solitude malgrĂ© tout ce qu’il peut s’offrir.

Alors que l’AmĂ©rique commence Ă  sortir de la crise de 1929, Citizen Kane montre tout l’envers du dĂ©cor. Le rĂŞve amĂ©ricain n’existe pas et les meilleures intentions peuvent facilement ĂŞtre corrompues par l’argent et le pouvoir. L’enfant innocent qu’Ă©tait Kane a fait place Ă  un jeune homme ambitieux et rempli de bonnes intention lorsqu’il rachète l’Inquirer. Mais petit Ă  petit, sans s’en rendre compte, alors que sa notoriĂ©tĂ© et sa fortune s’accroissent exponentiellement (au point mĂŞme de vouloir devenir une icĂ´ne politique), il met ses idĂ©aux de cĂ´tĂ© et se dĂ©tache de ses proches. Il va mĂŞme jusqu’Ă  apporter, malgrĂ© lui, la mort de sa seconde Ă©pouse avant de mourir en regardant dans le passé  la personne qu’il Ă©tait, sans se reconnaitre dans le miroir (« Rosebud»  renvoyant directement Ă  l’innocence de son enfance). Toute la grandeur et la dĂ©cadence de l’AmĂ©rique sont lĂ , son ambition et ses cĂ´tĂ©s les plus noirs, comme une critique du mal que peut faire le capitalisme et qui est donc encore d’actualitĂ© aujourd’hui. Si le film devait au dĂ©part s’appeler American, c’est bien pour cette raison.

Mais, plus que le portrait intimiste d’un homme d’affaire ou sa parabole de l’AmĂ©rique, Orson Welles rĂ©volutionne la façon de rĂ©aliser un film. D’une part grâce Ă  son scĂ©nario Ă  tiroirs s’appuyant exclusivement sur des flashbacks mais aussi par une mise en scène extrĂŞmement novatrice pour l’Ă©poque. Des analyses bien plus poussĂ©es vous parleront ainsi des techniques de mise en scène pour les sĂ©quences de l’enfance de Kane ou du suicide de sa seconde femme. Mais ce qui frappe, part rapport aux autres films des annĂ©es 30, c’est la fluiditĂ© avec laquelle la camĂ©ra se dĂ©place et l’utilisation astucieuse de la profondeur de champs et des plans de camĂ©ra. Welles fait ici preuve d’une inventivitĂ© exceptionnelle qui appuie son rĂ©cit et faisant de Kane un personnage Ă  la fois iconique et flou mais aussi un personnage shakespearien comme il les aime (comme il le montrera d’ailleurs plus tard en adaptant au cinĂ©ma des pièces de l’auteur anglais). Mais surtout, cette crĂ©ativitĂ© et ces trucages inĂ©dits relancent l’Ă©volution de l’image au cinĂ©ma qui stagnait depuis l’apparition du parlant (qui privilĂ©giait alors le rĂ©cit et la parole). Welles arrive donc avec Citizen Kane Ă  renouveler Ă  la fois l’image et le son.

RĂ©volutionnant littĂ©ralement le cinĂ©ma amĂ©ricain, Citizen Kane en est devenu la pierre angulaire. Mais c’Ă©tait loin d’ĂŞtre le cas Ă  sa sortie en 1941. En effet, la critique est partagĂ©e et le public ne suit pas. Au box-office, le film est un four qui sera tout de mĂŞme rĂ©compensĂ© par l’oscar du meilleur scĂ©nario original. La RKO, qui ne compte mais laisser Ă©chapper un artiste aussi douĂ©, le garde tout de mĂŞme dans son Ă©curie mais lui accordera moins de libertĂ©. Il faudra attendre quelques annĂ©es avec que l’influence de Citizen Kane sur le cinĂ©ma et les gĂ©nĂ©rations de rĂ©alisateurs suivantes ne soit reconnue et pour qu’aujourd’hui le film soit reconnu par les grands critiques comme le plus grand film de l’histoire du cinĂ©ma amĂ©ricain.

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