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Pentagon Papers, critique

posté le 24/01/2018

Cette année, on est gâtés avec 2 films de Steven Spielberg en 2 mois. Et le premier à débarquer est le plus sérieux des deux. Mais sérieux ne signifie pas plombant puisque Pentagon Papers est engagé, rythmé et passionnant, du grand Spielberg !

Alors qu’il Ă©tait en post-production du très attendu Ready Player One, Steven Spielberg devait s’ennuyer un peu pour se mettre directement, et en tout juste 9 mois, Ă  produire un autre film ! Il faut dire que le contexte politique et social actuel a sans doute jouĂ© pour rĂ©aliser Pentagon Papers dans l’urgence.

Car si le film s’intĂ©resse Ă  une affaire remontant aux annĂ©es 70 (la publication par le Washington Post de document mettant en lumière les manĹ“uvres du gouvernement amĂ©ricain pour dissimuler le dĂ©sastre de la Guerre du Vietnam, prĂ©figurant le scandale du Watergate), c’est avant tout pour parler de notre monde actuel. Et comme ça lui arrive de temps en temps, le rĂ©alisateur se montre particulièrement engagĂ©, sans pour autant oublier le divertissement.

En effet, Ă  un moment oĂą la presse est maltraitĂ©e Ă  coups de « fake news » dans l’AmĂ©rique de Trump, et oĂą la parole des femmes se libère et leurs revendications commencent enfin Ă  ĂŞtre prises en compte, Spielberg rĂ©pond par un film qui dĂ©fend le pouvoir d’investigation des journalistes et qui montre comment une femme va devoir prendre une dĂ©cision et importante difficile face Ă  des hommes qui n’attendent que de la voir tomber. Le message est clair. Et cet esprit contestataire hĂ©ritĂ© des 70’s (la filiation avec les Hommes du PrĂ©sident est Ă©vidente) dans lesquelles Spielberg s’est forgĂ© trouve dans Pentagon Papers une digne relève avec une fougue salvatrice.

Il faut dire que monter ce film dans l’urgence semble avoir fait un bien fou Ă  son rĂ©alisateur qui s’amuse autant qu’Ă  ses premières annĂ©es derrière la camĂ©ra. Avec une rĂ©alisation dynamique, une gestion de l’espace et des mouvements qui imposent un rythme soutenu, Spielberg propose une plongĂ©e dans le monde de la presse qui nous donne envie de suivre chaque journaliste, chaque dossier secret, pour voir comment ce scandale va ĂŞtre rĂ©vĂ©lĂ©, de la salle de rĂ©daction jusqu’Ă  l’imprimerie. Une rĂ©alisation qui rappelle donc l’urgence du propos comme au bon vieux temps mais avec cette modernitĂ© qu’y insuffle le rĂ©alisateur qui a toujours l’envie de proposer du grand cinĂ©ma !

Et pour l’accompagner dans sa dĂ©marche, il s’offre en plus les deux acteurs plus grands et apprĂ©ciĂ©s du cinĂ©ma amĂ©ricain contemporain, rien que ça ! Ainsi, le fidèle (5e collaboration entre les deux) Tom Hanks est comme d’habitude impeccable pour asseoir l’autoritĂ© du rĂ©dacteur en chef du Washington Post avec de bonnes punchlines. Meryl Streep, pour sa première collaboration avec le patron (après une petite voix pour A.I.) nous offre encore de quoi confirmer l’Ă©tendue de son talent avec un rĂ´le fort. En effet, l’actrice campe la fragile (en apparence) propriĂ©taire du Post et doit choisir entre la publication des dossiers qui permettront d’enfin faire rayonner la lĂ©gitimitĂ© du journal et le refus de publier pour ne pas se mettre ses amis politiques et les investisseurs Ă  dos. Une dĂ©cision lourde de sens et qui montrera tout son courage dans un monde d’homme.

Ajoutez Ă  ce sujet, cette mise en scène, ces acteurs, une reconstitution impeccable, un scĂ©nario bien construit, une musique entrainante de l’incontournable John Williams et vous obtenez le meilleur film de Spielberg depuis 2011 oĂą il s’intĂ©ressait Ă  un autre reporter, Tintin (et enchaĂ®nait aussi avec l’excellent Cheval de Guerre). La patron est de retour, alors fera-t-il le doublĂ© avec Ready Player One au printemps ? On croise les doigts !

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