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Culte du dimanche : Sorcerer, le Convoi de la Peur de William Friedkin

posté le 19/07/2015

A l’occasion de sa ressortie √©v√©nement sur grand √©cran, il √©tait bien normal de revenir sur le film m√©connu, maudit, mais culte de William Friedkin, sa version de Sorcerer.

En 1977, apr√®s les grands succ√®s de French Connection et de l’Exorciste, William Friedkin peut faire ce qu’il veut. Il d√©cide alors de proposer enfin sa propre version du Salaire de la Peur de Georges Arnaud. Ayant ador√© l’adaptation qu’en avait fait Henri-Georges Clouzot avec Yves Montand en 1953, cela faisait d√©j√† plusieurs ann√©es qu’en faire sa propre version l’obs√©dait et cela lui √©tait maintenant devenu possible. Ayant obtenu la b√©n√©diction de Clouzot, se met donc au travail avec une t√™te d’affiche qui aurait pu lui rapporter gros : Steve McQueen. H√©las, le r√©alisateur n’a pas souhait√© c√©der √† la demande de la superstar qui souhaitait faire embaucher sa femme (Ally MacGraw connue sur Guet Apens). Une d√©cision qui va impacter le reste du casting (bye bye Lino Ventura et Marcello Mastroianni) et un certain refroidissement des investisseurs.

Mais ce d√©part n’est que le premier des gros soucis qui vont encombrer le tournage qui doit avoir lieu aux quatre coins du monde. Car mener une production en pleine jungle √©quatoriale n’est pas une mince affaire, d’autant plus quand, en plus d’un casting de qualit√© finalement r√©uni (Roy Scheider, parfaitement hallucin√©, et le fran√ßais Bruno Kremer en t√™te), il y a deux v√©hicules √† g√©rer et des cascades particuli√®rement d√©licates √† mener. Mais malgr√© les emb√Ľches, le r√©alisateur tient bon et arrivera √† finir son film.

Sorcerer, ou le Convoi de la Peur en fran√ßais, reprend donc la trame du roman et du film original. 4 hommes, malfrats en perditions, se retrouvent coinc√©s en Am√©rique du Sud. Pour sortir du village et des travaux presque forc√©s dans lesquels ils ont √©chou√©s, il se rendent volontaire pour une mission plus que dangereuse : conduire deux camion remplis de nitroglyc√©rine en pleine jungle jusqu’√† un puits de p√©trole en feu. A l’arriv√©e, une somme consid√©rable les attend, seul moyen pour eux de quitter cet enfer. Alors qu’ils ne se connaissent pas et n’ont pas forc√©ment les m√™mes buts, ils vont pourtant devoir collaborer pour surmonter les emb√Ľches naturelles ou humaines qui les attendent.

Dans une premi√®re partie, le film prend le temps d’installer ses personnages, illustrant finalement avec peu de mots comment chacun d’entre eux se retrouve √† fuir son propre pays et √©chouant alors dans l’enfer de la jungle. Cette partie parfois un peu r√©barbative manque un peu de rythme mais est n√©cessaire pour d√©velopper les motivations m√™me primaires de ses personnages. C’est alors presque √† la moiti√© du film que les choses d√©collent, lorsque la nitro est d√©couverte et que chacun se propose de la ramener.

C’est √† ce moment l√† que l’aventure prend son rythme, un meurtre √©tant le point de d√©part d’une route sombre et sem√©e d‚Äôemb√Ľches. Travers√©e de marais, une pluie battante, un tronc immense bloquant la route, des gu√©rilleros qui s’invitent, rien ne sera √©pargn√© aux quatre chauffeurs de fortune pour qui les caprices de la nature sont bien des obstacles pour leur recherche de r√©demption et mettent souvent leur espoir √† l’√©preuve. ¬†Et parmi les grands moments, il y a ce passage des camions sur le pont de liane sous une temp√™te du diable et au dessus d’une rivi√®re en crue. Une s√©quence qui a √©t√© particuli√®rement difficile √† r√©aliser car tout ce qu’on y voit est r√©el, et qui, √† l’√©cran, d√©gage une grande puissance et une √©norme tension, accrochant le spectateur au fauteuil. L’homme n’est pas grand chose face √† la nature¬†mais va arriver ¬†en triompher, non sans s√©quelles physiques ou morales.

Le film s’oriente alors de plus en plus vers un combat int√©rieur lors de son final qui n’est pas sans rappeler l’ambiance hallucin√©e d’un Apocalypse Now qui arrivera juste apr√®s. Avant Coppola, Friedkin fait ¬†d√©j√† son voyage au bout de l’enfer qui pourrait bien rafler la mise au box office comme ses 2 films pr√©c√©dents. Mais les studios sortent le film √† l’√©t√© 1977, en m√™me temps qu’un certain Star Wars dont le ph√©nom√®ne va alors totalement √©clipser le film de Friedkin. Sorcerer est alors rapidement retir√© des salles au profit du space op√©ra, ne donnant alors plus aucune chance au film de faire le moindre profit et entra√ģnant alors le r√©alisateur dans une seconde partie de carri√®re plus confidentielle (mais n√©anmoins pas priv√©e de grands films comme Police F√©d√©rale Los Angeles jusqu’au r√©cent Killer Joe). Il faut donc bien attendre aujourd’hui la ressortie du film pour l’appr√©cier √† sa juste valeur, celle d’un grand film que le r√©alisateur reconnait lui-m√™me comme le pr√©f√©r√© de sa carri√®re.

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