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Midnight Nation, l’autre perle de Straczynski

posté le 25/02/2014 FredP

Après le chef d’œuvre Rising Stars, les Ă©ditions Delcourt ont dĂ©cidĂ© de publiĂ© l’intĂ©grale d’un autre rĂ©cit passionnant de JM Straczynski, le sombre et passionnant Midnight Nation.

Alors qu’il Ă©tait en train de d’Ă©crire Rising Stars au dĂ©but des annĂ©es 2000 en jonglant avec quelques problèmes de production, l’auteur de Babylon 5 avait une autre histoire encore plus personnelle Ă  raconter Ă  travers un comic book, une histoire particulièrement sombre, parlant autant de sociĂ©tĂ© que de religion. Il s’agit donc de Midnight Nation, mini-sĂ©rie en 12 Ă©pisodes Ă  travers laquelle nous allons suivre le parcours de David Grey, flic dĂ©cĂ©dĂ© lors d’une enquĂŞte qui se rĂ©veille alors dans l’entre-deux-mondes et le chef d’Ă©tranges crĂ©atures que l’on appelle les walkers lui a volĂ© son âme. Il va alors devoir entamer un road trip, guidĂ© par la secrète Laurel pour la rĂ©cupĂ©rer.

Cet « entre deux monde»  qui pourrait ĂŞtre vu comme le purgatoire n’est pourtant pas traitĂ© comme tel, ne donnant pas vraiment le choix entre le Paradis et l’Enfer. Il est justement le reflet d’un aspect de notre sociĂ©tĂ© individualiste qui est aujourd’hui toujours d’actualitĂ©. Car ce monde n’est habitĂ© que par les personnes qui ont Ă©tĂ© oubliĂ©es par le systèmes, leurs proches, effacĂ©es des regards de tous. Il regroupe des âmes Ă©garĂ©es, celle que l’on ne croise que dans les ruelles vides en pleine nuit et que nos regards Ă©vitent en plein jour que l’on nomme donc Nation de Minuit (et formidablement exprimĂ©e par l’auteur dans la post-face de l’ouvrage mais aussi au travers de tĂ©moignages de personnages rencontrĂ©s au film du rĂ©cit).
Ce monde abandonné est donc le moyen pour Straczynski de parler de la facilité avec laquelle nous oublions les nôtres, un constat amer mais aussi humaniste qui touche et peut nous faire alors réfléchir sur notre comportement sans non plus être donneur de leçons.

Mais le road trip dans ce monde presque intangible et ce combat que devrait mener David Grey pour sauver son âme et ne pas devenir l’un de ces Walkers est aussi l’histoire d’un homme qui doit apprendre Ă  se connaitre, Ă  retrouver la foi en lui-mĂŞme, en ses proche, en ses sentiments alors qu’il s’enfonce dans les tĂ©nèbres. Un vĂ©ritable chemin de croix qui permet Ă  l’auteur d’aborder le sujet de la religion sans lourdeur et, au contraire va dĂ©velopper mine de rien la spiritualitĂ© de quiconque lira ses lignes.

Pour l’accompagner dans cette confession particulièrement sombre et pessimiste mais toujours guidĂ©e par la lumière d’un espoir possible, Straczynski travaille ici pour la première fois avec le dessinateur Gary Frank (qu’il retrouvera sur Supreme Power) dont le trait expressif fait merveille pour rĂ©vĂ©ler les sentiments des personnages sans minimiser les scènes d’action ou demandant Ă  ĂŞtre visuellement impactantes. Une collaboration riche qui permet d’avoir une vĂ©ritable unitĂ© sur tout le projet (ce qui Ă©tait bien le seul dĂ©faut de Rising Stars).

S’enfonçant petit Ă  petit dans le repère des Walkers et donc de ce que la sociĂ©tĂ© peut avoir de plus noir au point d’y perdre son âme, Midnight Nation n’est certainement pas un rĂ©cit joyeux et dynamique, invitant volontiers Ă  l’introspection. Mais on s’attache tout de mĂŞme bien Ă  ces personnages mĂŞme si ils gardent une part de mystère et restent loin du manichĂ©isme facile qui ne fait qu’augmenter la spiritualitĂ© de l’histoire. Avec ce rĂ©cit très personnel, JM Straczynski a donc Ă©crit un nouveau bijou qui reste en tĂŞte bien après la lecture.

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