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Culte du dimanche : Pas de Printemps pour Marnie

posté le 30/06/2013 FredP

Un nouveau Hitchcock dans le culte du dimanche et pas des moindres puisqu’il invite Sean Connery dans le passionnant et psychologique Pas de Printemps pour Marnie.

Après les succès de la Mort aux Trousses, Pyschose ou encore les Oiseaux, Alfred Hitchcock est devenu le roi du box office avec des films qui enthousiasment autant la critique que le public. Mais le rĂ©alisateur anglais ne se repose pas sur ses acquis et aime prendre des risques. Pour son film suivant, il ressort donc un projet qui lui tenait depuis dĂ©jĂ  un petit moment Ă  coeur, l’adaptation du livre Marnie de Winston Graham. L’occasion pour lui de remettre sur le devant de la scène sa muse Grace Kelly qui souhaitait avec ce rĂ´le ambigu faire son grand retour au cinĂ©ma. Toutefois, la princesse de Monaco finit par refuser l’offre. Hitchcock se tourna donc vers l’actrice qu’il a rĂ©vĂ©lĂ© dans Les Oiseaux, Tipi Hedren pour tenir le rĂ´le titre.

Pas de Printemps pour Marnie raconte donc l’histoire d’une jeune femme, Marnie Edgar, voleuse compulsive et frigide. Après avoir volĂ© Mark Rutland, celui-ci tombe amoureux d’elle et il va tout faire pour qu’elle cesse de fuir et l’aider Ă  surmonter ses problèmes. Contrairement Ă  ses films prĂ©cĂ©dents qui pouvaient ĂŞtre reliĂ©s Ă  des genres bien dĂ©finis et qui entretenaient un suspense parfois artificiel en permanence, Hitchcock verse ici dans le thriller purement psychologique aux personnages assez malsains mais passionnants !

Car toutes les obsessions du maĂ®tre sont ici particulièrement prĂ©sentes. Du cĂ´tĂ© de Marnie, on retrouve ce trouble de la personnalitĂ© (les transes dans lesquelles elle tombe lorsqu’elle commet un vol ou les crises d’angoisse qu’elle subit lorsqu’elle se retrouve face Ă  la couleur rouge), ce jeu sur la couleur des cheveux, une relation castratrice avec la mère (lui faisant refuser d’ĂŞtre touchĂ©e par un homme). Tipi Hedren se rĂ©vèle alors passionnante dans ce rĂ´le Ă  la fois fragile et malsain.
A ses cĂ´tĂ©s, Sean Connery dĂ©truit quand Ă  lui l’image de James Bond qu’il vient de camper en faisant de Mark Rutland un homme complètement obsĂ©dĂ© par cette femme, allant mĂŞme jusqu’au viol (chose que le scĂ©nariste de l’Ă©poque avait refusĂ© d’Ă©crire mais qui rĂ©ussit Ă  passer grâce au savoir-faire du rĂ©alisateur et des comĂ©diens).

D’une certaine manière, les rapports entre ces deux personnages peuvent aussi ĂŞtre perçus comme un miroir de la relation chaotique entretenue par le rĂ©alisateur et la comĂ©dienne pendant le tournage. En effet, Hitchcock multipliait les avances auprès de Tipi Hedren sans arrĂŞt obligĂ©e de le repousser. Le rĂ©alisateur furieux a alors tout fait pour dĂ©truire la carrière de la comĂ©dienne qu’il a fait naĂ®tre, apportant alors une horrible ambiance sur le tournage mais qui paradoxalement va complètement servir le propos du film et certainement influer sur l’intensitĂ© du jeu de Tipi Hedren.

Si Hitchcock a toujours Ă©tĂ© reconnu pour son inventivitĂ© technique, cela est moins flagrant dans Pas de printemps pour Marnie qui se concentre plus sur ses personnages Ă  fleur de peau. Il reprend ainsi par exemples quelques procĂ©dĂ©s utilisĂ©s dans Sueurs Froides comme l’utilisation de la couleur rouge ou du zoom. MalgrĂ© cela, il reste tout de mĂŞme d’une efficacitĂ© Ă  toute Ă©preuve comme le montre le vol du coffre alors que la femme de mĂ©nage arrive ou l’arrivĂ©e du personne plutĂ´t gĂŞnante Ă  une fĂŞte. Le rĂ©alisateur tient ainsi les 130 minutes de son rĂ©cit sans peine et nous laisse sans arrĂŞt dans l’attente des prochains Ă©vĂ©nements, nous laissant dĂ©licieusement haĂŻr et aimer ses personnages.

Injustement boudĂ© lors de sa sortie en salles (tout est relatif, mais comparĂ© au succès des Oiseaux, celui de Marnie fait pâle figure), le film a toutefois aujourd’hui trouvĂ© ses lettre de noblesse. Il s’agit en effet ici d’un thriller psychologique de haute volĂ©e, particulièrement centrĂ© sur les obsessions du cinĂ©aste qui semble se livrer ici plus ouvertement qu’Ă  l’accoutumĂ©e. A ce titre, Pas de Printemps pour Marnie est peut-ĂŞtre mĂŞme l’un des films les plus intĂ©ressants et obsĂ©dants du cinĂ©aste.

publié dans :Cinéma Culte du dimanche

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