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Ad Astra, critique seule dans les étoiles

posté le 13/09/2019

Présenté à Venise d’où il est reparti bredouille, Ad Astra, la nouvelle odyssée James Gray, est pourtant l’un des plus beaux films de l’année, et une nouvelle oeuvre majeure de SF intimiste.

Il y a 2 ans, James Gray quittait ses intrigues new-yorkaises et partait à l’aventure avec le sublime Lost City of Z. Un voyage vers l’inconnu qui n’oubliait pas les ingrédients essentiels de son cinéma (à savoir la relation avec le père). Cette fois, avec Ad Astra, il va faire le même exercice un nouveau genre, la SF.

Alors qu’il n’avait pas pu s’enfoncer dans la jungle avec le réalisateur, Brad Pitt se rattrape cette fois en partant dans l’espace avec lui en co-produisant le film et s’offre un nouveau rôle majeur. Attention au grand voyage ultime vers la solitude.

Dans une centaine d’années, la conquête spatiale aura bien avancé avec des avant-postes sur la Lune et Mars. Et le héros Clifford McBride est parti plus loin que n’importe qui à la recherche d’intelligences extra-terrestres. Mais il pourrait aussi être à l’origine d’étranges pannes qui touchent tout le système solaire. C’est à son fils, Roy qu’incombe alors la lourde tache de le retrouver pour découvrir ce qu’il se passe.

Si le futur qui est décrit peut faire penser à de la SF rutilante, il n’en est rien. Chez James Gray, la présentation de ces avancées ne sert que de cadre pour le voyage intimiste de Roy. Les avant-postes montrés, les vaisseaux ou les tenues ne sont donc réduit à leur plus simple appareil, une manière astucieuse de montrer cela de manière réaliste et intemporelle tout en nous étonnant par la manière dont c’est utilisé ou filmé.

Voyage mythologique vers la solitude

Mais passé ce rapide contexte qui montre bien la note d’intention du réalisateur vis à vis de la SF, on va surtout se concentrer sur le voyage intérieur de Roy McBride, qui doit avancer, étape après étape, voyant ses équipiers mourir les uns après les autres, vers son père perdu. Gray en fait un voyage à la fois épique (avec une course poursuite lunaire, versant SF de celle de la Nuit nous appartient) et terriblement personnel en montrant toutes les failles et pensées de son personnage qui n’a qu’un but trouver la reconnaissance de son père.

Une rencontre qui se fera évidemment au bout d’un chemin qui l’aura éloigné de son monde, de sa maison, dans la solitude la plus totale et presque sans espoir de retour. Il y a alors dans le film dimension mythologique forte, de l’Odyssée d’Homer à Au Cœur des Ténèbres de Conrad (qui inspira Apocalypse Now). Ce qui rend cette épopée de SF terriblement proche du public et en même temps toujours plus intemporelle, dans la droite lignée d’un 2001.

Le père au bout du chemin

Mais c’est aussi un grand film somme pour James Gray qui, à travers la SF, ressasse sans se répéter les mêmes thématique. Ainsi, la relation familiale aux accents mythologique est toujours présente, de même que le voyage intérieur autant qu’extérieur vers la solitude. Et surtout cette relation d’amour et de trahison du père au cœur du récit. Tout est là et poussé ici à un niveau extrême étant donné son contexte qui n’en est alors que plus passionnant.

Evidemment, pour camper ce personnage seul dont les doutes sont perceptibles à chaque instant, il faut un acteur à la hauteur. Et Brad Pitt montre là encore toute l’étendue de son talent, jamais aussi bon que lorsqu’il doit faire passer toute une palette d’émotion avec un regard. Avec un jeu proche du désespéré Jesse James il atteint là encore un sommet.

Ad Astra était donc l’un des films les plus attendus de l’année et il se montre largement à la hauteur des plus belles oeuvre de SF, marquant les esprits qui partiront dans les étoiles avec lui pendant longtemps.

 

 

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