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Deauville 2017 – le récap

posté le 11/09/2017

Le 43e Festival du film américain de Deauville a pris fin ce weekend après 10 jours de compétition et de projections de films indépendant US. L’occasion de revenir donc sur le palmarès, les meilleurs moments dont on a été témoin, les films qu’on y a vu et tout de même un coup de gueule.  Bonne lecture.

Le Palmarès

Tout d’abord place au palmarès rendu samedi soir par les différents jurys. Et si il n’a pas gagné le grand prix, le grand vainqueur reste incontestablement A Ghost Story. Le nouveau film de David Lowery avec son couple des Amants du Texas tourné discrètement et parlant avec minimalisme et poésie du deuil, de la mort, de l’oubli, de l’amour a charmé tous les jurys avec 3 récompenses (et l’on sent bien que le jury du festival de Michel Hazanavicius a été freiné pour ne pas lui remettre un autre grand prix majeur). Une récompense prévisible et justifiée tant il n’y avait pas de concurrence en face malgré 13 autres films. Avec ses longueurs et son atmosphère unique, il n’aura surement qu’un succès très confidentiel en salles mais nous y reviendrons dans une critique complète. Voici donc les détails du palmarès :

  • Grand Prix : the Rider de Chloé Zhao, un film assez long mais avec de très belles scènes sur une famille meurtrie vivant dans le milieu du rodéo.
  • Prix du Jury ex-aequo : A Ghost Story de David Lowery
  • Prix du Jury ex-aequo : Brooklyn Yiddish de Joshua Z Weinstein
  • Prix Kiehl’s de la Révélation (par le jury présidé par Emmanuelle Bercot)  : A Ghost Story de David Lowery
  • Prix de la Critique : A Ghost Story de David Lowery
  • Le Prix du Public : Mary de Marc Webb, petit film touchant, très typique des feel good movies Sundance sur lequel on avait d’avance parié pour un coup de coeur public

Les meilleurs moments

Il faut bien l’avouer, depuis un moment, il n’y a plus que les hommages pour faire venir les stars au Festival de Deauville. Et si on a loupé celui rendu à Laura Dern, on n’a surtout pas loupé la présence de Jeff Goldblum qui a été fidèle à réputation, génial et drôle. D’une excellente humeur, l’acteur de la Mouche s’est autant amusé en conférence de presse en racontant sa vie et sa passion pour le jazz qu’avec le public dans la salle du CID (compensant le discours très générique d’Emmanuelle Devos récitant une filmo sans attachement particulier).

Un autre hommage poignant et inattendu fut celui rendu à Michelle Rodriguez. Certes, on peut bien se demander en quoi l’actrice de Fast & Furious mérite une cabine sur les planches, mais le discours de Vincent Lindon (que l’on n’imagine pourtant pas très proche de Michelle, et pour cause) était vraiment sincère et fort. Et ce qui l’était encore plus, c’était l’émotion de l’actrice révélée par Girlfight à l’époque récompensé au festival. Avec un discours émouvant sur sa personnalité et son envie d’explorer une nouvelle facette de sa personnalité, elle a presque fait fondre le public en larmes. A côté de ça, même si la présence en clotûre de Woody Harrelson était impeccable, il ne pouvait pas lutter.

Enfin, mention spéciale à Kiehl’s, partenaire officiel du festival, qui a permis aux blogueurs ciné, non seulement de tester les excellents produits, mais aussi d’assister aux premières convoitées du soir et aux fêtes du Kiehl’s Club. L’occasion, en plus de danser jusqu’à pas d’heure avec Yuksek pour DJ, d’assister à un petit showcase de Joyce Jonathan (oui bon ok … mais c’était pour la bonne cause avec Enfance & Partage), de croiser les membres des jurys et d’autres stars françaises venues pour l’occasion. Même Robert Pattinson, timide hommage de la saison y est passé et s’est révélé plutôt bavard. Bref, l’accueil de Mr Bones était chaleureux !

Les films

C’est pas tout, mais on ne va tout de même pas à Deauville que pour voir quelques stars et faire la fête. On y va surtout pour voir des films. Et donc en plus des films récompensés ci-dessus, le festival aura également été l’occasion de faire quelques autres découvertes. Voici donc un rapide récapitulatif des films que l’on a eu l’occasion de découvrir :

  • Barry Seal, en ouverture.  Sympathique film de cartel à l’histoire dingue mais au récit finalement plutôt bateau où seul Tom Cruise semble bien s’amuser en pilotant des avions
  • Good Time, sensation cannoise qui s’aventure sur les planches. Ici une histoire de malfrat en fuite nous tient en haleine pendant 1h30 avec une ambiance pesante et presque psychédélique à coup de musique electro et avec un Robert Pattinson halluciné. Le problème c’est que l’histoire est quand à elle complètement vide.
  • The Yellow Birds. Petit film sur le difficile retour de la guerre avec Jennifer Aniston en mère éplorée qui fait tâche à côté de Tye Sheridan touchant malgré le déjà vu global de ce genre de film. Mieux vaut revoir Billy Lynn qui nous emportait bien plus loin.
  • 47 Meters Down (en novembre en video) Encore un petit film de huis-clos en mer avec des requins. Bon, ceux-ci sont cette fois plutôt anecdotiques et ne servent que de décor menaçant puisque le danger est surtout le manque d’oxygène. C’est plutôt efficace mais sans grandes envolées. Pas de surprise sous l’eau.
  • Kidnap, un film qui sortira très vite directement en E-Cinema (pour ne pas dire Direct to video) avec Halle Berry qui poursuit pendant 1h30 les kidnappeurs de son fils. Monté en permanence comme une bande-annonce, avec des rebondissement ultra téléphonés et avec une actrice en surjeu permanent, le tout est tellement too much qu’on rigole comme devant un bon nanars, et ça marche d’autant mieux que ce n’était surement pas voulu.7
  • La Femme du Gardien de Zoo. Un film sur l’occupation allemande en Pologne pendant la seconde guerre. Un sujet fort réalisé de manière classique, sans trop pousser sur les larmes et sans oublier certains faits assez durs. Mais c’est bien la première fois que l’on voit Jessica Chastain autant chouiner à l’écran.

  • the Bachelors, film en compétition (bientôt sur la future plateforme E-Cinema) sur le deuil et la dépression (pour changer) avec des personnages vraiment intéressants et bien joués, qui arrive à nous emporter pour les voir s’en sortir en nouant des liens. Un petit film vraiment attachant.
  • Mother !, le nouveau film de Darren Aronofsky (hommage pour l’occasion) et film événement du festival. Le réalisateur nous embarque ici dans un huis-clos hystérique, une expérience intense et viscérale qui porte son message bien plus loin que celui d’un couple envahi de doutes et dont la maison est quand à elle envahie par des inconnus. Inclassable et radical, grande réussite ou grande arnaque, cela ne laissera personne indifférent et on en fera évidemment une critique bien plus complète
  • 78/52, très bon documentaire sur la création, l’inspiration historique et l’influence incontestable de la scène de la douche de Psychose. Une bon décorticage qui donne bien envie de revoir encore l’intégrale Hitchcock.
  • Ça, l’adaptation attendue du livre culte (déjà adapté en téléfilm avec Tim Curry) de Stephen King. Une vraie réussite qui fait autant flipper avec sa réalisation classieuse et inspirée qu’elle nous accroche avec sa bande de losers profondément attachante. On y reviendra pour la sortie du film mais on attend déjà la suite avec impatience.
  • Le Château de Verre, en clôture. Film indé qui emprunte une famille à la Captain Fantastic pour l’emmener vers des recoins plus sombre. Il s’agit donc d’une famille vraiment dysfonctionnelle où les parents n’assument pas leur rôle et où toute la question pour les enfants, et en particulier de l’une des filles est de pardonner ou non. Si l’on pourra douter du propos et du côté tire-larme du film, il faut reconnaître que le duo Brie Larson et Woody Harrelson est impeccable.

Et donc soyons honnêtes, si on ne devait en retenir que 3, ce serait donc sans hésitation Ça, Mother ! et A Ghost Story, avec des petites mentions supplémentaires pour Mary et 78/52.

Le coup de gueule

Cela dit, on a beau avoir vu des films et avoir fait la fête, cette nouvelle édition du Festival de Deauville laisse tout de même derrière elle une certaine déception, voir un goût amer. La première chose, c’est de voir une baisse de qualité drastique des films présentés. C’était déjà le cas depuis quelques années mais encore plus flagrant sur ce 43e festival, la sélection laisse maintenant vraiment à désirer. Que ce soit du côté de la compétition ou des premières, c’est le même combat. Il n’y a qu’à voir le palmarès. Avec presque un seul film récompensé par les 3 jurys, cela montre bien qu’il n’y avait pas trop de choix. Et même dans la salle, à la clôture, nous n’avons pas ressenti vraiment d’attachement particulier aux différents films présentés. Il est loin le temps où Whiplash était ovationné, et on ne va même pas parler de Little Miss Sunshine.

Du côté des films présentés en avant-première, c’est pareil. Alors qu’il y a quelques années nous pouvions voir de grandes avant-premières mondiales promues par des stars sur le tapis rouge. Cette année, un film (mineur) de Tom Cruise était présenté en ouverture mais sans Tom (alors qu’à une autre époque il aurait certainement débarqué en hélico comme Roger Moore). Et la moité des projections événement du soir sont pour des films qui sortiront directement en vidéo, la palme revenant alors à Kidnap qu’il est tout de même assez honteux de présenter comme une première de luxe après après un hommage à Jeff Goldblum.

Même pour le grand film événement du festival, Mother !, le festival s’est fait griller la vedette par Paris où une avant-première, avec en plus Jennifer Lawrence, avait eu lieu la veille (sans parler de sa présentation à Venise quelques jours plus tôt). Seule la projection de Ça a finalement fait son petit événement en étant vraiment inédit en France avec une projection de qualité et un peu événement (coucou la présence des quelques figurants en ciré jaune et avec un ballon rouge flippant). C’est clair, le festival a vraiment du mal à exister et à amener des nouveautés en récupérant quelques films cannois et en se faisant souffler ses éventuelles exclus de rentrée par Toronto et Venise (il faudra peut-être finir par changer de période pour ne plus être frontalement face à ces 2 grandes festival d’envergure internationale).

Ajoutez à cela des stars qui ne sont là que pour qu’on leur rende hommage et pas toujours avec une carrière très bouleversante (Michelle Rodriguez, héroïne de Fast & Furious, Resident Evil, 10 minutes dans Avatar, qui s’est heureusement rattrapée avec son discours) sinon elles ne se seraient pas aventurées à ces 2 heures de Paris sous la pluie. Oui, il n’y a plus de légendes qui viennent (à quand remonte la dernière venue de Spielberg ? ou même de Woody Allen) et peu de stars (ou alors avec des films anecdotiques).

Bref, un festival vraiment en déclin sur sa programmation qui ne fait pas vivre une ville qui reste vraiment peu animée en dehors des alentours de l’hôtel Normandy. Et en plus de cela, pour la première fois, l’organisation faisait cette fois payer l’accréditation presse. Une pratique douteuse (faire payer des gens qui vont parler du festival ? étrange !) mais qui serait acceptable si il y avait des films attendus et de belles exclusivités. Mais comme on l’a justement vu juste avant, c’est le contraire qui s’est passé, une baisse drastique de qualité et un vrai manque d’organisation (la révélation de la programmation ayant eu lieu tout juste 2 semaines avant le début du festival, signe de difficultés et défaut majeur de communication qui empêche de faire monter l’enthousiasme autour du festival). On n’imagine donc même pas la réaction pour un festivalier dépensant plus de 100€ cette semaine là en plus du logement et des restos pour assister au festival et qui se retrouve devant Kidnap d’autres auxquels on a échappé.
Et en plus toujours à ce tarif supplémentaire, des accès toujours bloqués aux séances hommages du soir disponible seulement sur invitation toujours impossible à retirer (ou à aller chercher en file « dernière minute » au même moment que les conférences de presse à couvrir), on ne félicite donc pas le Public Système Cinéma pour son manque de dialogue cordial et son manque d’ouverture à la presse et aux personnes qui parlent volontiers du festival sur leurs blogs et réseaux sociaux, toujours de moins en moins nombreux. C’est dommage car cela ne rend pas service au Festival qui souffre déjà fortement d’un manque d’attention médiatique et qui se referme donc de plus en plus sur son microcosme Deauvillais et qui pourrait petit à petit lui faire perdre toute dimension internationale et crédibilité. On espère donc que les organisateurs se ressaisirons à l’avenir.

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