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Culte du dimanche : Requiem for a Dream

posté le 06/04/2014

Avec la sortie de No√©, c’est l’occasion de replonger dans le film qui a confirm√© le talent brut et les obsessions maladives de Darren Aronofsky : Requiem for a Dream.

Apr√®s avoir √©t√© r√©v√©l√© √† la critique avec un premier film audacieux et particuli√®rement noir, Pi, le r√©alisateur Darren Aronofsky va continuer d’explorer les obsessions de personnages malades. Pour cela, il adapte √† l’√©cran le livre d’Hubert Selby sorti √† la fin des ann√©es 70, Requiem for a Dream. C’est d’ailleurs une v√©ritable collaboration avec l’auteur puisque celui-ci contribue au sc√©nario. Conservant l’action du film √† Brooklyn, ils rendent toutefois le r√©cit intemporel, pr√©f√©rant se concentrer sur les personnages et leur descente aux enfers qui fonctionne aussi bien dans les 70’s qu’√† la fin des 90’s.

Requiem for a Dream s’int√©resse √† quatre personnages qui vont chacun tomber dans des addictions maladives. Cela commence avec Sara Goldfarb, retrait√©e qui ne peut se passer de sa t√©l√©vision et qui va s’embarquer dans un r√©gime √† base de cachets pour entrer dans sa robe lorsqu’elle s’imagine gagner un concours qui lui permettra de passer √† la t√©l√©vision. Son fils, Harry, vit quand √† lui d’h√©ro√Įne avec sa petite amie Marianne et son pote Tyron et ils r√™vent d’une vie meilleure gr√Ęce √† la vente de drogue qu’ils ne peuvent toutefois pas s’emp√™cher de consommer.

La descente aux enfers de ces personnages qui veulent bien faire mais se retrouvent dans la spirale infernale de leur addiction est film√©e par Darren Aronofsky comme un long trip o√Ļ rien ne semble r√©el et o√Ļ le malaise devient de plus en plus palpable. Avec la ritournelle lancinante de Clint Mansell qui n’en fini pas de tourner jusqu’√† ce qu’on arrive au fond du gouffre, il utilise √† volont√© la vue en hauteur, la cam√©ra coll√©e au plus pr√®s des acteurs, les d√©cors et √©clairages sombres et crades pour montrer le monde en d√©composition dans lequel les personnages plongent et o√Ļ la seule image ensoleill√©e (Jennifer Connelly au bout du ponton) sera inatteignable.

En plus du mauvais trip qui mettra √† mal le moral du spectateur avec des images particuli√®rement crues sur la d√©pendance aux drogues, √† la t√©l√©vision et l’enfer psychologique que cela peut entrainer (en ce sans, le film est sans complaisance), Requiem for a Dream est aussi une dramatique chronique familiale. On peut en effet trouver que le fils est victime du m√™me mal que sa m√®re et qu’il contamine alors son entourage … comme si la drogue √©tait un fl√©au h√©r√©ditaire, un virus qui ne peut s‚Äôarr√™ter et qui contamine tout sur son passage et auquel on ne peut √©chapper. Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si le pire des sorts est r√©serv√© √† la m√®re puis au fils et l’on pourrait alors presque se croire dans la Com√©die Humaine de Balzac.

Darren Aronofsky filme aussi l’√©puisement et l’usure des corps. En ce sens, les performances des acteurs sont bien √† saluer, d’Helen Burstyn (r√©compens√©e dans de nombreux festivals et nomm√©e aux Oscars et Golden Globes pour ce r√īle) √† Jared Leto en passant par Jennifer Connelly ou Marlon Wayans, ils se donnent tous enti√®rement √† leurs r√īles maudits alors qu’ils cherchent tous un moyen de s’en sortir … mais l’enfer est pav√© de bonnes intentions et surtout d’obsessions chez Aronofsky.

√Čvidemment, on peut toujours trouver que le film en fait trop pour montrer les m√©faits de la drogue avec un fatalisme d√©courageant, mais le choc √©motionnel, le malaise ressenti devant le film n’aurait sans doute jamais √©t√© le m√™me. Ici, le r√©alisateur ne cherche pas faire aimer son film o√Ļ √† d√©dramatiser le sujet (comme pouvait le faire Trainspotting) mais bien √† provoquer un sentiment de rejet tout en nous faisant bien comprendre se que vivent les personnages. Et il y r√©ussit fort bien puisqu’il sera toujours difficile de (re)voir le film. Mais il instaure aussi tous les th√®mes que l’on retrouvera ensuite dans ses autres films : l’obsession, la recherche de la r√©demption et de la vie par l’usure du corps, la proximit√© de la mort …

A sa sortie, comme attendu, le film choque le public et est salué par la critique, faisant de Darren Aronosfky un auteur sans concessions, perfectionniste, à suivre de près. Et il faudra attendre 6 ans après maintes péripéties avant de pouvoir son film suivant (son meilleur à ce jour), the Fountain.

publié dans :Cinéma Culte du dimanche

  1. 07/04/2014 à 13:11 | #1

    Un pur chef d’oeuvre, dans mon top 5 des ann√©es 2000

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