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Culte du dimanche : la Nuit des Morts-Vivants

posté le 03/11/2013 FredP

Film fondateur de la renaissance des zombies, La Nuit des Morts-Vivants a mĂŞme changĂ© une facette des films d’horreur. Retour du le film culte de George A. Romero.

Dans les annĂ©es 60, malgrĂ© la Psychose et les Oiseaux d’Alfred Hitchcock, on ne peut pas dire que le cinĂ©ma d’horreur soit très inventif, se contentant encore et toujours de recycler ses monstres. On ne peut compter finalement que sur Roger Corman et Mario Bava pour apporter quelques frissons. Mais Ă©videmment, il y a toujours quelques petits nouveau dĂ©sireux de se faire une place et c’est en toute indĂ©pendance que George A. Romero et son Ă©quipe vont rĂ©aliser leur premier film. Sans budget mais avec des idĂ©es, c’est naturellement que leur film sera un film d’horreur, mais pas n’importe lequel.

InspirĂ©s par le roman Je suis une LĂ©gende de Richard Matheson, ils vont s’embarquer dans une histoire de morts-vivants assiĂ©geant une petite maison perdue dans la campagne et le combat menĂ© par les occupants qui s’y sont rĂ©fugiĂ©s. Une histoire plus que classique aujourd’hui mais qui, Ă  l’Ă©poque, relevait d’une certaine inventivitĂ©.

Mais plus que cette histoire basique, c’est surtout ce qu’elle reprĂ©sente et l’esprit avec laquelle elle a Ă©tĂ© rĂ©alisĂ©e qui importe. En effet, avec peu de moyens, le rĂ©alisateur se montre particulièrement inspirĂ© pour crĂ©er de bons moments de tension mais aussi de nombreuses interrogations sur l’origine de ce retour des morts Ă  la vie. En effet, malgrĂ© de nombreux indices, il n’y a aucune confirmation quand Ă  l’origine du mal qui hante cette sociĂ©tĂ© qui va devoir rĂ©pondre par la violence. Avec une parfaite maitrise de son rĂ©cit et des instants de suspense avec une dose de gore bien gĂ©rĂ©e mais aussi grâce Ă  des acteurs inconnus (auxquels nous pouvons donc facilement nous identifiĂ© dans ce contexte chaotique) assez justes et investis, le rĂ©alisateur orchestre donc un bon film de terreur.

Toutefois, la Nuit des Morts-Vivants va largement dĂ©passer ce simple statut. En effet, lorsque le film sort, les États-Unis s’enlisent dans une guerre du Vietnam qui n’en finit pas et vienne de subir la vague d’Ă©meutes de DĂ©troit. Alors, inconsciemment ou non,  le rapprochement avec ce contexte est inĂ©vitable. Et il l’est d’autant plus qu’il est accentuĂ© par les rapports particulièrement houleux qu’entretiennent les individus entre eux. Ici, c’est presque chacun pour sa peau et mĂŞme les enfants ne pourront Ă©chapper au mal.

Cet aspect politique est Ă©galement renforcĂ© par le fait que le personnage principal du film est afro-amĂ©ricain. Alors que les USA souffrent encore du racisme, confier le premier rĂ´le Ă  une personne de couleur est presque inĂ©dit. Et malgrĂ© cela, jusque dans son final, c’est une vision particulièrement nihiliste qui est prĂ©sentĂ©e ici, ne montrant pas l’humanitĂ© sous son meilleur jour. Avec ce petit film de zombie, c’est finalement tout un contexte qu’arrive Ă  capter le rĂ©alisateur.

Dès lors, ce n’est que le dĂ©but d’une nouvelle vague du film de zombies qui, pour la plupart, verseront dans le gore Ă  outrance mais aussi des films d’horreur qui vont devenir plus politiques (Ă  l’instar du Massacre Ă  la Tronçonneuse qui suivra quelques annĂ©es plus tard, tout aussi critique vis Ă  vis du Vietnam) et montrer Ă  toute une future gĂ©nĂ©ration qu’il est possible de faire de nouvelles choses avec des petits budget en toute indĂ©pendance (en ce sens, Sam Raimi et Peter Jackson sont aussi un peu les hĂ©ritiers de cette nuit des morts-vivants).

Heureusement, George A. Romero  n’a pas prĂ©vu de s’assagir puisque le second volet de sa saga sera une sĂ©vère critique de la sociĂ©tĂ© de consommation. A partir de lĂ , le zombie sera non seulement une figure de l’horreur mais renverra Ă©galement l’homme Ă  sa simple condition d’ĂŞtre dĂ©ambulant Ă  la recherche d’un but pour se rĂ©veiller dans notre sociĂ©tĂ© formatĂ©e.

publié dans :Cinéma Culte du dimanche

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