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Kick-Ass en comics

posté le 13/12/2012 FredP

Avec la sortie rĂ©cente du second tome de Kick-Ass vol. 2, il Ă©tait temps de revenir sur le best-seller violent de Mark Millar et John Romita Jr avant de dĂ©couvrir la suite de la version cinĂ©ma ! C’est un peu comme donner le bâton pour se faire battre.

Adepte d’une certaine violence parfois gratuite dans les comics, l’anglais Mark Millar s’est surtout fait connaĂ®tre avec sa reprise de the Authority avant de faire bondir l’univers Ultimate de Marvel en crĂ©ant les Ultimate X-Men et Ultimates. Fort de ce succès, il est rapidement devenu l’un des hommes forts de la Maison des IdĂ©es en proposant de gros concepts, en particulier pour Wolverine et le crossover Ă©vĂ©nement Civil War. Alors il peut prendre son indĂ©pendance et, en as du marketing, spĂ©cialiste des grosses annonces, il s’embarque sur des projets solos pour inaugurer le label indĂ©pendant de Marvel, Icon, qui permet aux auteurs de crĂ©er leurs propres hĂ©ros dont ils restent les propriĂ©taires.

Et pour cartonner, Millar a une mĂ©thode infaillible, de la violence, du sang et des jurons avec une bonne dose de pop culture. Avec Kick-Ass il en profite en plus pour brocarder son propre public sous couvert d’un gros dĂ©lire. On y dĂ©couvre donc la vie du banal geek Dave Lizewski qui se dĂ©cide du jour au lendemain Ă  devenir un super-hĂ©ros sans pouvoirs. Évidemment, la rĂ©alitĂ© n’est pas comme dans les comics et il va vite se rendre compte qu’il va passer pour un malade et se faire tabasser. Mais il n’est pas le seul dans ce cas et il va bientĂ´t faire la rencontre de Hit-Girl et Big Daddy qui, eux, ont dĂ©cidĂ© de s’en prendre Ă  la mafia.

Dans la première partie de la saga, Millar nous prĂ©sente donc des personnages faillibles auxquels n’importe quel ado s’identifiera et surtout, en grand irresponsable, fera d’une gamine de 10 ans une vĂ©ritable machine Ă  tuer. Adepte de la provocation, l’auteur n’y va pas de main morte et fait pleuvoir les coups et les gerbes de sang pour montrer que la vie de super-hĂ©ros n’est pas très rose mais cache cela derrière une bonne dose de second degrĂ©. En effet, il pousse la situation tellement Ă  son paroxysme que cela en devient plutĂ´t fun tandis que l’intĂ©rĂŞt du propos diminue petit Ă  petit.

Du coup, d’une histoire qui permettait de relativiser le cĂ´tĂ© super-hĂ©roĂŻque au quotidien, il dĂ©bouche finalement sur un rĂ©cit avec un hĂ©ros pas si banal (puisque son entourage se rĂ©vèle tout de mĂŞme hors du commun) et va mĂŞme montrer qu’aimer les comics peut devenir sacrĂ©ment mortel. Un message assez outrancier et qui manque totalement de finesse dans son approche.

Et ce n’est pas la prĂ©sence de John Romita Jr au crayon qui va rendre cela plus lĂ©ger. En effet, le dessinateur adepte des formes carrĂ©es des mouvements de masses va donner tout son caractère au titre en lui confĂ©rant un aspect brut de dĂ©coffrage qui lui va particulièrement bien. D’autant plus que sur Kick-Ass, Romita Jr bĂ©nĂ©ficie de l’encrage de Tom Palmer, l’un des seuls qui arrive Ă  rendre justice Ă  son dessin toujours si dĂ©criĂ©.

Le dessinateur sera d’ailleurs tout aussi inspirĂ© pour le second volume de la bande-dessinĂ©e pour lequel il doit crĂ©er de nouveaux personnages puisque Kick-Ass est maintenant entourĂ© d’une Ă©quipe de super-hĂ©ros qui ont suivit le mĂŞme chemin que lui. Millar va donc continuer d’explorer le thème des « vigilante»  en donnant Ă  ses personnages une raison d’aider leur prochain. Mais Ă©videmment, tout dĂ©rive quand Red Mist, qui se rebaptise subtilement Motherfucker, va semer la pagaille dans la ville. Alors l’auteur s’Ă©loigne Ă  nouveau du concept de base qui pouvait ĂŞtre intĂ©ressant au profit d’un dĂ©chainement de violence qui rejoint les traditionnelles bagarres de groupes de super-hĂ©ros contre les vilains, Ă  ceci près qu’il l’ancre dans un monde plus rĂ©aliste oĂą la violence fait plus souffrir, oĂą la mĂ©chancetĂ© rejoint très vite la lâchetĂ© et dans lequel tous ces gars en costumes passent pour des tarĂ©s.

Encore une fois, le discours de Millar n’est pas très clair. Se moque-t-il des fans de comics ? les glorifie-t-il ? la frontière est fine mais au moins ça fait parler et la violence fait vendre. Dès lors, peu importe si le message n’est que superficiel, sacrifiant le fond au profit du fun. C’est lĂ  toute la contradiction marketing de Millar qui a toujours su crĂ©er des concepts gĂ©niaux en ne les terminant que rarement proprement.

publié dans :Comics Critique Comics

  1. 30/07/2013 Ă  18:56 | #1

    J’suis d’accord avec toi quand tu dis que la violence n’est pas forcĂ©ment justifiĂ©e, par contre je trouve que ce dĂ©faut est très largement compensĂ© par point que tu expliques extrĂŞmement bien : « il l’ancre dans un monde plus rĂ©aliste oĂą la violence fait plus souffrir» .
    La violence n’est donc pas banalisĂ© mais plus rĂ©aliste, plus rĂ©Ă©l et donc plus triste et violente..
    Bref pour ma part je suis fan !!!

  2. FredP
    30/07/2013 Ă  18:59 | #2

    Je te comprends, le problème c’est que dans le cĂ´tĂ© rĂ©aliste (qu’il y a Ă  chaque fois au dĂ©but), il finit toujours par lui donner un cotĂ© fun, cool insolent assez irritant.