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Culte du dimanche : Le Tombeau des Lucioles

posté le 16/12/2012 FredP

Ce dimanche, sortez les mouchoirs pour l’un des films les plus émouvants du cinéma, un bijou de l’animation japonaise montrant l’une des difficiles conséquences de la guerre au Japon, la perte de l’innocence et l’importance du lien qui unit frère et sœur : Le Tombeau des Lucioles.

Si Hayao Miyazaki est l’artiste le plus connu de l’animation japonaise, il ne faudrait pas oublier l’autre réalisateur cofondateur des studios Ghibli, Isao Takahata. Moins versé dans le fantastique, avec une portée plus sociale dans son cinéma, Takahata fait aussi preuve d’un grand souci du détail et apporte également une profondeur à son récit qui le rend aussi touchant que passionnant. C’est juste après la création des studios Ghibli qu’il sort donc son adaptation du Tombeau des Lucioles écrit vingt ans auparavant par Akiyuki Nosaka.

Le film raconte donc l’histoire de Seita et de sa jeune sœur Setsuko pendant la seconde guerre mondiale. Au cœur du conflit, ils perdent leur mère et leur père est porté disparu. Ils vont alors se réfugier chez leur tante mais, ne trouvant pas leur place, les deux orphelins vont s’isoler dans un abri et voler pour survivre. Mais comme il l’est indiqué dès le début du film, souffrant de malnutrition, les deux enfants vont trouver la mort. Mais si leur destin est tout de suite scellé, c’est bien leur lutte pour vivre ensemble qui fait la force du film.

Le Tombeau des Lucioles est ainsi construit comme un grand flash-back de Seita. On y découvre ainsi comment la guerre a été vécue par la population, devant se réfugier à chaque attaque et bombardement. Avec une précision qui force l’admiration sur les décors, Takahata nous plonge dans un Japon en guerre, auprès d’une population traumatisée et ne va jamais passer les images choc sous silence. Ainsi, la mort de la mère des enfants sera montrée de manière assez dure, ce qui est assez rare pour un film d’animation « familial» . Puis il montrera un pays où l’entraide et le travail de chacun est indispensable pour se reconstruire.

Mais nos deux héros ne trouvent pas leur place. Le pays n’a que faire d’eux et leur tante, à juste titre, réclame leur contribution. Désirant à tout prix conserver l’innocence de Setsuko et la préserver tant qu’il le peut des conséquences de la guerre, Seita va rester avec elle et lui montrer qu’ils peuvent vivre seuls mais cela va vite se retourner contre eux. Leur relation frère-soeur devient alors incroyablement forte et touchante lorsque la réalité les rattrape. Alors ils perdent leur innocence autant que la vie dans une vision superbement poétique.

Le titre même du film est une image forte qui illustre parfaitement ce qu’il raconte, à la fois poétique, touchant et difficile. Il fait référence à la scène où la jeudi Setsuko enterre par des dizaines de lucioles à la vie éphémère (comme les deux orphelins) et où Seita y voit alors les fosses communes où ont été enterrées les victimes de la guerre. D’une certaine manière, cette histoire semi-autobiographique pourrait presque être valable pour l’histoire du Japon conquérant qui a vu son innocence partir en fumée pendant la guerre. A travers le récit émouvant de la survie de deux orphelins réalisé avec une minutie particulière, nous comprenons donc l’état d’esprit d’une nation qui a basculé et ne trouve plus de repères et ne s’en remettra jamais vraiment.

Véritable succès au Japon, Le Tombeau des Lucioles est rapidement devenu culte à travers le monde entier et se retrouve régulièrement sur les podiums des classements de films d’animation et ce n’est pas étonnant devant la force émotionnelle qu’il peut dégager et la portée qu’il peut avoir.

publié dans :Cinéma Culte du dimanche

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