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Dark Shadows, critique

posté le 10/05/2012 FredP

dark shadows critique

Nouvelle histoire gothique pour Tim Burton avec Dark Shadows qui embarque Ă  nouveau son Johnny Depp costumĂ© au milieu d’un casting Ă©vĂ©nement et d’une chronique familiale bien vide.

Cela fait maintenant une dizaine d’annĂ©es que Tim Burton tourne en rond en nous livrant perpĂ©tuellement la mĂŞme recette, depuis qu’il s’est commis dans le remake de la Planète des Singes et dont l’apothĂ©ose Ă©tait son Alice au pays des merveilles qui tenait finalement plus du marketing que de la vision artistique. Est-ce son PACS cinĂ©matographique avec Johnny Depp qui s’est installĂ© dans la routine ou une attitude nouvelle du cinĂ©aste qui se repose sur ses acquis et ne cherche plus vraiment Ă  se renouveler ? Quoi qu’il arrive, ses films sont tout de mĂŞme toujours attendus au tournant, comme si on espĂ©rait encore queqleue chose de celui qui a fait du romantico-gothique une machine Ă  dollars calculĂ©e et non plus un rĂŞve d’homme qui ne trouvait pas sa place.

Voici donc que le rĂ©alisateur nous prĂ©sente Dark Shadows, adaptĂ© d’un soap opĂ©ra culte outre atlantique et qui n’a mĂŞme pas posĂ© un pied dans nos contrĂ©es. Inutile de se demander pourquoi Tim Burton s’y Ă©tait intĂ©ressĂ© quand on voit qu’il s’agit d‘une chronique familiale un peu particulière. Barnabas Collins a Ă©tĂ© transformĂ© en vampire et enfermĂ© par une sorcière. 200 ans plus tard, il est libĂ©rĂ© et retrouve son foyer occupĂ© par ses descendants. En plus de devoir s’adapter aux annĂ©es hippies, il va aussi retrouver la sorcière diablement sexy qui règne sur la ville.

Que l’on se rassure tout de suite, ce Dark Shadows n’est pas la catastrophe d’Alice au Pays des Merveilles et le fait d’ancrer son rĂ©cit dans un monde un peu plus proche du notre, sans toutefois oublier son cĂ´tĂ© fantaisiste, permet d’apporter un petit vent de fraĂ®cheur dans l’univers du rĂ©alisateur. Car il apporte quelque chose qui manquait cruellement Ă  ses prĂ©cĂ©dentes productions : l’humour. Ici, les rĂ©pliques font mouche rĂ©gulièrement et le dĂ©calage du personnage avec son Ă©poque fait rĂ©gulièrement sourire (mĂŞme si rappelant parfois l’humour … des Visiteurs …). Mais c’est surtout la bande-originale bercĂ©e au son des 70′s qui arrive Ă  donner du rythme et un cĂ´tĂ© plus pop au film et Ă  lui donner une atmosphère qui change lĂ©gèrement du Burton habituel que l’on a rarement connu d’aussi bonne humeur.

Pour le reste, Dark Shadows regroupe tout ce qui fait le cinĂ©ma de Burton depuis des annĂ©es et ne va pas rĂ©inventer la poudre. Imagerie gothique entre le noir et blanc et les couleurs pimpantes, hommage aux films d’horreur d’antan, ton dĂ©calĂ© et les personnages de freaks au centre du rĂ©cit, et prĂ©sence de Johnny Depp et Helena Bonham Carter, les ingrĂ©dients sont toujours lĂ . Mais on s’aperçoit bien vite que finalement, cet ersatz de la Famille Addams par Burton est assez vide et ne raconte rien de neuf, que ce soit dans la mise en scène, dans le rĂ©cit ou les personnages.

Alors oui, on sauvera bien le design gothique et quelques scène oĂą Burton a l’air de sortir de son sommeil comme cette partie de jambes en l’air sur du Barry White, le camĂ©o gĂ©nial d’une ancienne star du hard rock ou la confrontation finale face Ă  cette sorcière tragiquement amoureuse de ce vampire. Mais c’est bien tout ce que l’on retiendra tant le reste est creux et ne sert une fois de plus que d’Ă©crin Ă  Johnny Depp jouant en automatique, laissant tout le reste sous la poussière d’un musĂ©e visitĂ© par quelques fidèles visiteurs.

Car l’un des aspects les plus intĂ©ressants de ce Dark Shadows Ă©tait sans conteste son aspect « chronique familiale»  dans lequel chacun des personnage pourrait avoir ses moments. Il n’en sera malheureusement rien et c’est encore une fois le Depp show qui cannibalise tout le rĂ©cit. On se demande alors Ă  quoi bon recruter un casting aussi haut en couleurs si c’est pour lui couper la parole et jeter les personnages aux oubliettes. Seule Eva Green, magnifique et tragique poupĂ©e de porcelaine brisĂ©e, rĂ©ussira Ă  tenir la dragĂ©e haute face Ă  Depp imitant tous les vampires ayant existé au cinĂ©ma avant lui (ou mimant tous les personnages qu’il a interprĂ©tĂ© pour Burton, on ne sait plus très bien).
Mais Ă  cĂ´tĂ© d’eux, Michelle Pfeiffer fait ce qu’elle peut pour exister tandis que les histoires personnelles des autres sont tout simplement sacrifiĂ©es. Les plus maudits exemples Ă©tant la crise d’ado bien particulière de Chloe Grace Moretz qui aurait pu ĂŞtre bien plus approfondie, de mĂŞme que la personnalitĂ© du père indigne campĂ© par Jonny Lee Miller. Tous servent seulement à dĂ©finir le personnage de Barnabas Collins et n’ont jamais l’occasion de s’exprimer par eux-mĂŞme. Ces sacrifices posent alors dès le dĂ©part un sĂ©rieux problème d’empathie lorsque le rĂ©alisateur les fait partir ou revenir dans le rĂ©cit pour pas grand chose.

HandicapĂ© par un sĂ©rieux problème de rythme mais surtout par une paresse qui devient de plus en plus Ă©nervante chez Burton, Dark Shadows reste un divertissement plutĂ´t agrĂ©able mais qui manque clairement son but. Alors que l’on aurait pu avoir une chronique familiale dĂ©licieusement fun, on ne ressent finalement qu’un grand vide et une recette appliquĂ©e Ă  la lettre et sans surprises par son crĂ©ateur qui ne va mĂŞme pas prendre le soin de faire vivre ses personnages. Peut-ĂŞtre serait-il bon que Burton et Depp fassent une pause pour tenter de se renouveler enfin ?

publié dans :Cinéma Critiques ciné

  1. 11/05/2012 Ă  09:00 | #1

    J’ai perçu les mĂŞmes qualitĂ©s et dĂ©fauts, mais en ressors avec une impression gĂ©nĂ©rale beaucoup plus satisfaisante, tant Alice aux pays des merveilles ou Charlie et le chocolaterie Ă©taient tristement mauvais. Clairement pas le meilleur film de Burton, mais un joyeux bordel et une ambiance dĂ©calĂ©e Ă  la Beetlejuice qu’il est agrĂ©able de retrouver après ses prĂ©cĂ©dents Ă©cueils (mis Ă  part la perle Sweeney Todd). Surtout, les dialogues sont plus que savoureux et l’on se paye souvent de vraies tranches de rire (il est vrai qu’on pense alors un peu aux visiteurs mais bon, comment l’Ă©viter vu le sujet). Et dans l’avenir, mĂŞme si je l’adore toujours autant, je pense comme toi que ça ne serait pas un mal de ne plus voir le petit Johnny en tĂŞte d’affiche des films de tonton Tim, au contraire mĂŞme. Faudrait que le rĂ©alisateur comprenne que Johnny Depp, c’est comme les antibiotiques, c’est pas parce que ça fonctionne que c’est forcĂ©ment automatique (et Ă  la longue, ça te bousille tes dĂ©fenses naturelles) !

    Pour le coup, j’ai de mon côté récidivé l’expérience de la critique sous forme de bande dessinée parodique (en reprenant un des comics tiré de la série TV), où l’on voit Tim en pleine introspection sur sa carrière récemment en dent de scie. N’hésitez pas à me donner votre avis :)

    http://kick-assmovies.blogspot.fr/2012/05/dark-shadows.html

  2. 12/05/2012 Ă  14:50 | #2

    Du coup j’hĂ©site Ă  aller le voir…

  3. 12/05/2012 Ă  15:23 | #3

    C’est vrai qu’Ă  cause des nombreux personnages, certains semblent vampirisĂ©s justement par Barnabas, mais j’ai trouvĂ© tous ces petits problème de coeur distrayant Ă  suivre, sans temps mort en plus.

  4. 15/05/2012 Ă  11:08 | #4

    Effectivement ce film est un peu dĂ©cevant. Si l’Ă©crin est magnifique et que Eva Green vole la vedette Ă  Depp le scĂ©nario manque d’audace… 2/4

  5. 03/06/2012 Ă  03:24 | #5

    Dark Shadows est un bon Tim Burton.

    Un conte esthétique et fantastique avec une bonne dose d’humour mordant (avec les dents).

    C’est une satire d’un soap il faut le prendre comme une comédie avec de l’auto-dérision.

    Burton n’est pas non plus obliger de se prendre au sérieux tout le temps. Il faut arrêter de l’idolâtrer.

    On me reproche souvent de me prendre au sérieux et de n’aimer que les films d’auteurs. On peut aussi aimer l’autodérision de Burton.

    Je pense que beaucoup trop de fan de Burton l’idolâtre tellement que vous attendez toujours le meilleur de lui.

    Il peut aussi faire des comédies sans se prendre au sérieux et ca va peut être t’étonner mais j’ai bien aimé et pourtant je suis très difficile.

    Comme tu vois pour un un ayatollah cinéphile je sais aussi être conciliant ;)