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Culte du dimanche : La Ligne Rouge

posté le 05/08/2012 FredP

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Un rĂ©alisateur rare, un casting immense mais surtout un message profond et universel et des images sublimes, voilĂ  simplement ce qu’il faut pour un film culte : La Ligne Rouge.

Il aura fallu attendre 20 ans avant que le discret Terrence Malick ne revienne derrière la camĂ©ra. En effet, après les Moissons du Ciel en 1978 et sa grande reconnaissance par toute la profession, c’est le calme plat, silence radio. Le rĂ©alisateur avait bien d’autres projets en tĂŞte et c’est en 1998 que nous entendrons Ă  nouveau parler de lui avec La Ligne Rouge. Un projet audacieux pour ce rĂ©alisateur intimiste et spirituel plutĂ´t proche de la nature puisqu’il se plonge ici dans l’Ă©popĂ©e de la Guerre du Pacifique racontĂ©e dans le roman de James Jones.

Le film s’attarde donc sur la bataille de Guadalcanal oĂą un bataillon de soldats amĂ©ricains a pour mission de prendre un bunker japonais. Une mission suicide pour les soldats qui devront engager le combat malgrĂ© toutes leurs protestations.

Alors que Steven Spielberg venait de mener de front Il faut sauver le soldat Ryan en montrant la boucherie du dĂ©barquement pour dĂ©fendre la libertĂ© et rĂ©pondre Ă  la question du sacrifice des hommes pour en sauver un seul, Terrence Malick, de par sa sensibilitĂ© diffĂ©rente va prendre totalement le contrepied de ce type de film de guerre. Avec La Ligne Rouge, il va s’inscrire dans une veine beaucoup plus poĂ©tique pour dĂ©noncer les mĂ©faits de la guerre sur les hommes. Ici, il n’y a pas de hĂ©ros et de gestes braves, les soldats sont traitĂ©s comme une unitĂ© et parlent d’une seule voix. Mais surtout, le rĂ©alisateur nous montre bien que ces soldats sont avant tout des civils, parfois très jeunes envoyĂ©s au front qui ont une autre vie qui les attend et une certaine inexpĂ©rience des armes.
Un jeune premier tuĂ©, un soldat qui commet une faute irrĂ©parable avec une grenade, un commandant qui n’hĂ©site pas Ă  sacrifier des hommes sans leur dire que c’est une mission suicide, un soldat qui a du mal Ă  accepter son premier meurtre, la sauvagerie de l’attaque du camp japonais … Terrence Malick nous montre au travers des ordres et des questions que se posent ces soldats toute l’absurditĂ© de la guerre, loin des couleurs chaleureuses de la bannière Ă©toilĂ©e.

Une dĂ©nonciation qui devient d’autant plus forte quand, en plus des actes des soldats et des ordres de la hiĂ©rarchie, Malick se place Ă  la hauteur de la nature et contraste ensuite tout cela avec l’harmonie des populations locales. En effet, il nous montre tout ce que les hommes subissent mais aussi la nature dĂ©truite petit Ă  petit dans cette bataille. Le rĂ©alisateur traite cette nature comme un personnage Ă  part entière et mĂŞme comme une entitĂ© supĂ©rieure Ă  laquelle sont rendus les soldats morts (c’est en tout cas l’idĂ©e que l’on peut retrouver quand les dernières images que ceux-ci voient sont la lumière passant Ă  travers les feuillages).

Après des films plutĂ´t intimistes, le rĂ©alisateur doutait lui-mĂŞme de pouvoir rĂ©aliser les sĂ©quences d’action. Pourtant celle-ci sont d’une force immense. Malick, toujours au plus près des soldats et de la nature nous montre un assaut impressionnant par sa violence et son ampleur dans ces paysages exotiques filmĂ©s de manière sublime. Aussi Ă  l’aise lorsque les soldats sont de repos que lorsqu’ils doivent passer Ă  l’attaque sur la musique discrète d’un Hans Zimmer inspirĂ©, Malick fait preuve d’une maitrise incontestable de son rĂ©cit que viennent accompagner les monologues en voix-off (apportant encore plus de spiritualitĂ© au film). Nous gratifiant de certains des plus beaux plans du film de guerre ou tout simplement de la nature, le rĂ©alisateur, avec le perfectionnisme qui l’habite, nous offre un Ă©merveillement de chaque instant. Chaque image respire ici le cinĂ©ma.

A tout cela, nous ajouterons Ă©galement un casting impressionnant simplement parfait, impliquĂ©, oĂą mĂŞme le plus petit rĂ´le est habitĂ© par un personnage d’une grand profondeur, au service du message de paix (avec les autres mais aussi avec soi-mĂŞme) et de rapprochement de la nature donnĂ© par le film. RĂ©compensĂ© Ă  juste titre par un Ours d’or Ă  Berlin mais injustement ignorĂ© aux Oscars malgrĂ© ses 7 nominations, La Ligne Rouge marque donc le grand retour du rĂ©alisateur le plus discret du monde pour un film sublime et indĂ©niablement culte.

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