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Culte du dimanche : La Guerre des Mondes

posté le 08/01/2012 FredP

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A l’occasion de la rĂ©trospective Steven Spielberg qui s’ouvre ces jours-ci Ă  la CinĂ©mathèque, revenons sur l’un des films rĂ©cents les plus noirs et intĂ©ressants du maĂ®tre de l’entertainement cinĂ©matographique actuel, une nouvelle vision des extraterrestres autrefois bienveillants : La Guerre des Mondes.

Pendant les annĂ©es 2000, le cinĂ©ma de Steven Spielberg a connu une Ă©volution fulgurante. Alors qu’il Ă©tait profondĂ©ment optimiste dans les annĂ©es 80 puis arrivait Ă  jongler entre projets personnels et dramatiques et films de pur divertissement dans les annĂ©es 90, il est arrivĂ© Ă  combiner ces deux caractĂ©ristiques pour nous offrir des films Ă  grand spectacle plutĂ´t sombres. Est-ce l’impact du 11 septembre ou la personnalitĂ© d’un rĂ©alisateur qui a muri ? Sans doute un peu des deux. Ainsi, trois ans après le noir et hitchcockien Minority Report, il rappelle Tom Cruise pour une adaptation de la Guerre des Mondes.

Finis les gentils extra-terrestres de Rencontres du Troisième Type ou E.T., cette fois, ils sont hostiles. Mais Spielberg ne va pas les filmer comme tout rĂ©alisateur avide de donner du grand spectacle l’aurait fait. La force de la Guerre des Mondes est ainsi de rester en permanence Ă  auteur d’homme avec un point de vue intimiste sur une famille dysfonctionnelle (thème cher au rĂ©alisateur) que la catastrophe va faire encore plus exploser. Pas de point de vue militaire ou politique, pas d’aperçu de l’attaque aux quatre coins du monde, pas de chien Ă  sauver ni de romance, Spielberg Ă©vite tous les poncifs du genre pour dĂ©livrer une Guerre des Mondes bien plus fidèle au roman de H.G. Wells que ne l’Ă©tait l’adaptation de 1953.

Spielberg garde en effet dans sa Guerre des Mondes tout ce qui faisait la force du roman originel : un homme Ă  la recherche de sa famille, les tripodes (bien menaçants suite au black out Ă©lectrique), un lĂ©ger message biologique et cette sĂ©quence entière dans la cave avec un Ă©tranger qui veut se battre. LĂ  oĂą Wells voyait venir la première guerre mondiale, Spielberg tire les consĂ©quences du 11 septembre 2001 et dresse le portrait d’une AmĂ©rique sous le choc et en panique, impuissante face Ă  une attaque qu’elle ne comprend pas. Mais comme Spielberg n’est pas du genre guerrier (il l’aborde par le comportement du fils mais ce ne sera pas le fil conducteur), il prĂ©fèrera s’intĂ©resser Ă  la sauvegarde de la famille.
A ce titre, le happy-end final que certains ont dĂ©criĂ© est tout de mĂŞme Ă  prendre Ă  nuancer. Car si le personnage de Cruise y retrouve son fils et arrive Ă  mener Ă  bien sa mission, et que les extra-terrestres ont Ă©chouĂ© dans leur plan d’invasion, la musique illustre bien que c’est une victoire en demi-teinte. L’humanitĂ© a gagner mais Ă  quel prix ! Il a rĂ©ussi sa famille mais en il n’en fera pas pour autant partie.

Grâce Ă  l’univers irrĂ©el (mais très rĂ©aliste) de La Guerre des Mondes, Spielberg n’hĂ©site pas Ă  montrer des images qu’il a Ă©dulcorĂ© de ses prĂ©cĂ©dents films historiques. Un train en feu, des hommes rĂ©duits en cendres, des corps dans une rivière, des vĂŞtements qui tombent du ciel, et du sang aspergĂ© sur terre pour transformer la planète… les images choc ne manquent pas et sont d’une force Ă©vocatrice immense. Il va mĂŞme jusqu’Ă  faire de son père de famille irresponsable un meurtrier pour protĂ©ger tout ce qu’il reste de sa famille. Rarement le rĂ©alisateur se sera montrĂ© aussi noir dans ses films de science-fiction.

Mais si il est un excellent conteur, Spielberg est aussi un technicien surdouĂ© et il le prouve encore une fois ici. De la tension lors de l’apparition du premier tripode Ă  la gestion incroyable de l’espace dans la cave (rappelant la sĂ©quence la plus Ă©prouvante de Jurassic Park) en passant par ce plan-sĂ©quence assez fou lors de la fuite en voiture, Spielberg fait encore preuve d’une maĂ®trise de l’image exceptionnelle, servant Ă  merveille son rĂ©cit haletant. Presque sans temps mort, jamais Spielberg ne sacrifie l’intime en restant toujours Ă  hauteur d’homme, donnant ainsi au grand spectacle impressionnant des allures de drame familial.

Avec La Guerre des Mondes, Steven Spielberg dĂ©livrait l’un des films de SF les plus ambitieux et intĂ©ressants des annĂ©es 2000 et le succès Ă©tait au rendez-vous. La critique est positive et les spectateurs rĂ©pondent prĂ©sents malgrĂ© la contre-promo d’un Tom Cruise trop enthousiaste Ă  parler de Katie Holmes et de la scientologie plutĂ´t que du film oĂą il est loin d’avoir l’image qu’on lui donne habituellement. Mais une fois oubliĂ© le show mĂ©diatique de Cruise, force est de reconnaitre La Guerre des Mondes comme l’un des films majeurs d’un Spielberg au nouveau visage.

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