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Culte du dimanche : Minority Report

posté le 22/08/2010 FredP

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C’est Ă©tonnant comment la SF au cinĂ©ma a une petit longueur d’avance sur la rĂ©alitĂ© et nous fait entrevoir les technologies Ă  venir. Et en ce moment, le plus reprĂ©sentatif de ces Ă©volutions, c’est bien Minority Report.

Le Steven Spielberg des annĂ©es 2000 est Ă©trange. Alors que ses films de SF Ă©taient remplis d’espoir dans les annĂ©es 80 (E.T. et Rencontres du 3e Type), les annĂ©es 2000 nous prĂ©sentent un homme beaucoup plus pessimiste. Un virage qu’il a commencĂ© Ă  prendre en travaillant sur A.I. et qui se confirme avec Minority Report, sa première collaboration avec Tom Cruise et se poursuivra avec La Guerre des Mondes.

Au dĂ©part, Minority Report est un roman du très grand (et barrĂ©) Philip K Dick Ă  qui l’on doit Blade Runner, A Scanner Darkly ou encore Total Recall. Un univers sombre, violent, emprunt de rĂ©flexions paranoĂŻaques sur notre monde et notre rapport Ă  la rĂ©alitĂ©. On imagine alors assez mal Steven Spielberg se plonger dans cette noirceur. Mais il faut croire que l’homme derrière E.T. a changĂ© après le 11 septembre et que Tom Cruise a su trouver les bons arguments pour le convaincre.
En 2054, nous suivons alors le parcours de John Anderton, agent de PreCrime, un dĂ©partement de la police qui peut prĂ©dire et arrĂŞter les crimes Ă  venir. Le système marche Ă  la perfection jusqu’Ă  ce qu’il voit qu’il fait lui-mĂŞme l’objet d’une prĂ©monition oĂą il tuerai quelqu’un de sang froid.

Avec une histoire pareille, on touche forcĂ©ment Ă  des thèmes qui passionnent en SF autant qu’ils parlent du prĂ©sent. Dans un contexte d’actualitĂ© oĂą la menace terroriste est bien prĂ©sente (le film est sorti en 2002), pas Ă©tonnant qu’un système oĂą on pourrait empĂŞcher les crimes soit un fantasme des autoritĂ©s. Et si l’on peut empĂŞcher les crimes, doit-on enfermer les criminels qui n’ont du coup pas commis leur mĂ©fait ? Si l’on peut prĂ©dire ces actions, sommes-nous alors maĂ®tres de nos destinĂ©es ? Peut-on agir pour que le futur de ne se produise pas ou est-il irrĂ©mĂ©diablement amenĂ© Ă  se produire ? Autant de questions pratiques, morales et philosophiques qui sont parfaitement dosĂ©es dans le film pour nous faire rĂ©flĂ©chir.

L’autre aspect SF parfaitement rĂ©ussi et en accord avec les questions posĂ©es est la technologie utilisĂ©e. Nous nous retrouvons 50 ans dans le futur et l’Ă©volution des outils est naturelle. On imagine très bien que tout ce qui est prĂ©sentĂ© va arriver (pas comme les voitures volantes que l’on nous promet depuis les annĂ©es 50). Un Ă©cran que l’on manipule manuellement (on y arrive presque dĂ©jĂ  avec la technologie tactile), nos films et photos souvenirs diffusĂ©s en hologrammes (rĂ©alitĂ© augmentĂ©e ?), le journaux qui s’actualisent dans le mĂ©tro (iPad?), les Ă©crans pub qui nous reconnaissent et nous proposent des produits adaptĂ©s (on y est aussi). Pas Ă©tonnant de voir tout cela quand on sait que Spielberg a rassemblĂ© autour de lui la crème de la crème de scientifiques pour imaginer ce que sera notre quotidien dans 50 ans. Du coup, on croit fortement Ă  ce futur possible et l’intrigue n’en est que plus intĂ©ressante.

Sous couvert d’un blockbuster bien menĂ©, Spielberg rend aussi lui-mĂŞme son petit hommage au film noir. Impossible de passer Ă  cĂ´tĂ©, de par l’intrigue policière, les clins d’Ĺ“il Ă  Hitchcock, mais aussi par le traitement des images. Encore une fois, son fidèle collaborateur Janusz Kaminski rĂ©alise un travail exceptionnel sur la photographie du film, avec filtre bleu et saturation des ombres, en ajoutant une couche Ă  l’atmosphère sombre du film. L’emprunte classique se matĂ©rialise aussi avec la partition toute en justesse et en subtilitĂ© de John Williams. Et bien entendu, les acteurs sont tous très bon. A commencer par un Tom Cruise habitĂ©. Cela faisait des annĂ©es que Cruise et Spielberg devaient travailler ensemble et Minority Report concrĂ©tise cette alliance en nous offrant un grand film qui n’est pas Ă  la gloire de la star mais Ă  la gloire d’un futur sombre. Cruise est parfaitement crĂ©dible dans la peau du personnage principal, hantĂ© par la disparition de son fils. Il subira mĂŞme les alĂ©as du script qui le verra grimĂ© et mĂ©connaissable, suivant aveuglement les envies du metteur en scène. A ses cĂ´tĂ©, Max Von Sydow impose toujours naturellement sa prĂ©sence avec une grande ambiguĂŻtĂ© et Colin Farrell fait bien son job de jeune loup aux dents longues et avide de vĂ©ritĂ©. Et Peter Stormare offre l’une des sĂ©quences les plus troublantes du cinĂ©ma de Spielberg avec son personnage de chirurgien complètement dans l’illĂ©galitĂ© opĂ©rant dans un appartement insalubre.

De son cĂ´tĂ©, Spielberg se montre plus sombre que jamais mais toujours aussi efficace. MalgrĂ© quelques longueurs Ă  certains instants, il installe comme pas deux des moments de tensions assez impressionnants (les « araignĂ©es»  lâchĂ©es dans l’immeuble), et quelques sĂ©quences d’action bien Ă©tudiĂ©es (les jetpack), mĂŞmes si elles sont finalement assez rares (le rĂ©alisateur se concentrant surtout sur l’intrigue et l’avancĂ©e du personnage d’Anderton). On repère Ă©videmment dans l’histoire la dimension qui a dĂ©clenchĂ© l’envie au rĂ©alisateur de rĂ©aliser le film : la sous-intrigue sur la famille dĂ©composĂ©e suite Ă  la perte du fils. Encore une fois, cette dimension familiale, fil rouge dans la filmographie de Spielberg, est prĂ©sente et apporte l’humanitĂ© qui pourrait manquer Ă  cet univers froid.

Au final, avec Minority Report, Spielberg nous aura apportĂ© l’un des films de SF et d’anticipation les plus aboutis des annĂ©es 2000, un blockbuster noir efficace et d’une grande intelligence, un rĂ´le travaillĂ© pour Tom Cruise que ne fait pas sa superstar mais qui subi ce que Spielberg lui impose. Spielberg nous montre clairement l’orientation qu’a prit sa carrière dans les annĂ©es 2000. On pourrait mĂŞme parler d’une « dark sf trilogy»  pour l’ensemble que forme AI, Minority Report et La Guerre des Mondes. En tous cas, pour le futur qu’il nous montre et les questions qu’il pose, il faudrait ĂŞtre aveugle pour ne pas voir en Minority Report un film culte.

publié dans :Cinéma Culte du dimanche

  1. Eowyn
    22/08/2010 Ă  17:39 | #1

    C’est dĂ©jĂ  une partie de la rĂ©alitĂ© puisque ce genre de test sont dĂ©jĂ  en train d’ĂŞtre rĂ©alisĂ©.
    Me demande pas oĂą, je ne sais pas.
    Au fait, tu savais qu’ils testent (sans l’accod des patients chez leur docteur personnel) en ce moment des implantations de micro technologies dans le cerveau des personnes (un peu comme dans mission impossible) pour contrĂ´ler ou detruire ce cerveau Ă  leur insue? Je croyais que c’Ă©tait une blague mais un amĂ©ricain a portĂ© plainte dernièrement et cela a Ă©tĂ© prouvĂ© devant un tribunal qu’il avait raison.
    Comme quoi les films de SF ne sont pas forcément caduques. Ça fait flipper.