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Culte du dimanche : Il était une fois en Amérique

posté le 21/08/2011 FredP

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Après une petite ressortie en salle et à l’occasion de sa sortie en blu-ray, revenons aujourd’hui sur l’ultime chef d’œuvre de Sergio Leone, l’un des plus grands réalisateurs du 7e art, Il était une fois en Amérique.

il etait une fois en amerique afficheAprès l’immense Il était une fois dans l’Ouest et le moins connu Il était une fois la Révolution, Sergio Leone a prit son temps pour mettre fin à sa trilogie sur les fondements de l’Amérique. Bercé depuis toujours par les histoires épiques et tragiques des gangsters qui ont tout ce qu’il faut de cinématographique, il était logique pour le réalisateur de se pencher sur cette période clé de l’histoire américaine qu’est la prohibition. Alors qu’il vient de refuser la proposition de mettre en scène le Parrain de Mario Puzzo (c’est Coppola qui s’en chargera avec la réussite que l’on connait), il se consacre à un projet qui lui tient plus à cœur. Ainsi c’est le roman A Main Armée de Harry Grey qui lui servira de base pour Il était une fois en Amérique.

Mais il faudra du temps au maître pour porter à l’écran sa vision car les réécritures seront nombreuses. Ce n’est pas pour rien qu’il faudra attendre plus de dix ans après Il était une fois la Révolution avant que le tournage ne commence. Ce laps de temps laissera toutefois le temps à son compère Ennio Morricone de composer la musique du film dont il se servira sur le tournage pour mettre ses équipes dans l’ambiance parfaite du film, leur permettant ainsi de livrer des interprétations au plus juste. Ce tournage  se déroulant à New-York mais aussi dans plusieurs autres villes du monde (dont la gare du nord de Paris) se déroulera sur plus de 9 mois, à la hauteur du grandiose récit que Sergio Leone va raconter.

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Il était une fois en Amérique ne parle pas de toute l’histoire américaine. Il se concentre surtout sur l’un de ses aspects fondateurs à travers l’histoire d’un gangster qui voit la vie qui lui a échappé. C’est une oeuvre nostalgique durant laquelle le temps s’arrête, comme un songe éveillé. Nous y suivons donc Noodles qui revient à New-York après des années d’absence. En revenant dans les lieux qu’il a fréquenté auparavant et en retrouvant les personnes qu’il a rencontré, il se souvient. Il se souvient de son enfance, de la formation de son gang de petites frappes, jusqu’à ses plus gros coups en pleine période de la prohibition, et du moment où il a trahi ses amis.

Le film est ainsi construit  en flash-backs, Sergio Leone n’hésitant pas à naviguer entre les époques pour révéler les éléments importants de la vie de Noodles en temps et en heure. Un procédé risqué qui pourrait perdre le spectateur sur près de 4 heures de film, mais qui est ici utilisé de manière fluide et qui permet d’atteindre toute l’émotion souhaitée. Ce montage est aussi l’occasion pour Leone de faire quelques ellipses pour mieux interroger le spectateur, laissant une part de mystère après la vision du film. D’ailleurs, Il était une fois en Amérique peut se voir de plusieurs manières. A la fois comme les souvenirs nostalgique d’un vieillard mais aussi comme le rêve d’un homme drogué.
En effet, ce n’est pas pour rien que le film s’ouvre et se termine sur Noodles dans une fumerie d’opium. Nous pouvons donc alors imaginer que le film est la somme de ses souvenirs et de son interprétation de l’avenir suite à sa trahison. D’ailleurs les évènements se déroulant dans le futur sont emprunts d’un mysticisme étrange qui nous donne l’impression qu’ils ne sont pas réèls (son amour de jeunesse qui ne vieillit pas, son ancien ami qui a changé d’identité, …), comme si le temps était alors suspendu.

Évidemment, Sergio Leone fait preuve d’une mise en scène parfaite pour arriver à ce résultat. Il excelle non seulement dans le montage fluide mais aussi dans la posture de sa caméra et la puissance des images qu’il porte à l’écran. Il n’y a qu’à voir la séquence au pied du pont de Manhattan pour s’en convaincre. Les images sont magnifiques et la mort du petit Dominic sur la partition magistrale d’Ennio Morricone rendent la scène inoubliable.

On notera également le soin apporté au casting. Robert DeNiro obtient là l’un de ses meilleurs rôles, loin des mimiques de petite frappe qu’il a développé chez Scorsese. Il est ici d’une immense sobriété et livre une performance intense qui l’installe encore plus comme l’un des plus grands acteurs de sa génération. Face à lui, James Woods encore relativement inconnu est assez frappant dans le personnage de Max, presque l’opposé de Noodles, comme une autre facette de sa personnalité, plus ambitieux et beau parleur. Mais on n’oubliera pas également qu’il s’agit des débuts remarqués de Jennifer Connelly qui marque grandement la séquence sur l’enfance de Noodles. Comme début de carrière, tourner pour Sergio Leone, ce n’est pas donné à tout le monde.

Mais malgré la réussite artistique indéniable d’Il était une fois en Amérique, son parcours en salles sera plus que chaotique. Jugé trop long par la Warner qui avait au départ demandé un film n’excédant pas les 2h45, le studio remonte le film dans une durée plus courte et dans l’ordre chronologique. Un massacre de tout le travail de narration qu’avait effectué Leone. Face à une telle trahison, la critique et le public ne suivent pas et l’Académie des Oscars ignore purement et simplement le film.
Avec un budget dépassant les 30 millions de dollars et seulement 2.5 millions de recettes au box office, c’est un vrai désastre financier auquel s’ajoutent les critiques des féministes et de la communauté juive. Il n’y a qu’au Festival de Cannes et à sortie en France que le film a droit à sa version intégrale qui sera quand à elle saluée par des critiques dithyrambiques. Mais aujourd’hui c’est bien cette version intégrale qui est reconnue par tous comme l’ultime chef d’œuvre de Sergio Leone.

A noter que le film sort donc en blu-ray chez Warner dans une edition regroupant le film et un court documentaire en blu-ray + la version double dvd, le tout agrémenté d’un carnet de notes intéressantes à lire sur la création du film, le tout dans un magnifique boitier métal.

publié dans :Cinéma Culte du dimanche

  1. 04/11/2012 à 20:41 | #1

    Critique très juste, merci !