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Culte du dimanche : Akira

posté le 03/07/2011 FredP

akira culte

En pleine Japan Expo, revenons sur le manga qui a apporté  et installé la culture manga dans nos contrées. Je veux bien sûr parler du cultissime Akira, chef d’oeuvre d’anomation mais aussi de SF qui n’a pas pris une ride et dont la portée a influencé bon nombre de créateurs.

akira afficheAu début des années 80, un nouveau manga fait sensation au Japon. Il s’agit d’Akira écrit par Katsuhiro Otomo. Et alors que le dernier tome n’est pas encore paru en 1988, il décide de l’adapter en film d’animation. Un véritable tournant pour le genre qui sort enfin de ses frontières en étant pris au sérieux et révèle bon nombre de choses sur la société japonaise.

Car dans Akira, il est question d’une société futuriste qui se remet d’un incident nucléaire qui a eu lieu il y a plusieurs années. Depuis, la ville a changé, ses habitants sont devenus plus violents, sans repères et la jeunesse est perdue. Quand aux militaires et au scientifiques, ils collaborent ensemble sur d’étranges projets de création de surhumains. C’est dans ce contexte que le jeune Tetsuo sera enlevé par le gouvernement pour exercer sur lui quelques expériences qui vont le changer comme jamais. Seul son ami Kaneda pourra l’aider à ne pas se détruire et raser Neo-Tokyo.

Bâti sur les cendres d’Hiroshima, Akira raconte sous couvert de SF comment le Japon a pu se reconstruire, comment l’issue de la seconde guerre a marqué l’esprit des japonais et créé une génération à la jeunesse perdue. C’est une fois que cette génération a grandi qu’est véritablement née la culture manga, une fois qu’ils ont pu couché ce qu’ils ont vécu sur le papier. Et Akira en est certainement le plus bel exemple. Otomo y décrit un pays en pleine reconstruction qui pourrait retomber dans ses travers en un clin d’œil.
La dimension politique est dans le film secondaire mais néanmoins présente avec l’affrontement des militaire et scientifiques pour mener à bien la création de surhommes mais on y trouve aussi une dimension religieuse avec les fanatiques et faux prophètes se cherchant un messie qui pour les purifier pour leurs erreurs passées. La société japonaise toujours refermée sur elle-même subit son auto-analyse à travers ses ados abandonnés à eux-même et survivant face aux bandes rivales grâce à la vitesse, aux drogues et à la violence.

Mais Katsuhiro Otomo ne parle pas que de politique et des japonais. Il parle aussi des progrès scientifiques qui font froid dans le dos. En évoquant ces expériences sur les humains pour en faire des être hors du commun, il montre la lutte intérieur qui peut en découler. Si on avait le pouvoir d’un dieu dans une société en déliquescence, qu’en ferions-nous ? essaierai-t-on de le contrôler ou, sous l’emprise d’une colère latente, le laisserai-t-on tout dévaster pour créer un monde nouveau ? Ces questions sont fortes et abordées avec une grande intelligence à travers les personnages de Tetsuo et des enfants qui ont subi ses expériences.

Il y a dans Akira un aspect profondément humain. Car Otomo raconte également ici l’histoire de deux amis d’enfance dont les routes divergent et qui vont devoir se faire face. Devant les actes de son ami, Kaneda ne peut rester les bras croisés et il va devoir le sauver de la manière la plus extrême qui soit. Heureusement qu’il a des alliés à ses côtés pour l’aider dans cette quête.

Nous l’avons vu, l’histoire d’Akira est complexe et passionnante, brassant les thèmes de la SF pour en sortir un récit à la fois original et précurseur. Mais il faut ajouter à cela une technique impeccable. Les dessins d’Otomo sont d’une fluidité impressionnante pour l’époque et nous emportent à grande vitesse dans cet univers futuriste. Il n’y a qu’à voir la poursuite en moto qui ouvre le film pour se convaincre du travail accompli.
Et le niveau reste constant pendant les deux heures du film, des vagues destructrices de Testuo à son horrible mutation, jusqu’à l’apocalypse finale. Le réalisateur multiplie les séquences choc (l’assemblement des jouets donne une étrange impression) et garde une dimension émotionnelle forte (ces flash-backs finaux remplis de tendresses).

A cette réussite graphique, il convient également d’ajouter la puissance de la musique. Contrairement à beaucoup de films de SF de l’époque, Otomo et le compositeur Shoji Yamashiro n’ont pas souhaité aller dans la direction synthés et éléctro. Au contraire, ils sont allés cherché dans la musique traditionnelle, un peu ethnique et avec des touches d’opéra, conférant ainsi à Akira une ambiance sonore unique, qui rend l’histoire plsu humaine et les émotions plus intenses.

A la sortie du film, le 6e et dernier tome de la bande-dessinée n’est pas encore sorti et l’idée de connaitre l’issue de l’histoire créé un véritable ras-de-marée au Japon. A lui seul, Akira est le représentant d’une génération de créateurs et marquera bon nombre de spectateurs y compris en Europe. Car le film donne enfin une image sérieuse et adulte du secteur face aux productions bon marché qui inondaient les écrans et destinés au plus petits.
La vague est ainsi lancée et les références à Akira se sont aujourd’hui distillées petit à petit dans bon nombre d’œuvres (on peut notamment penser aux récents comics de Warren Ellis). Alors qu’il est aujourd’hui question d’une version live en projet à Hollywood, on peut en tout cas se demander comment le genre va se relancer avec le traumatisme de Fukushima. Encore une fois, la créativité des japonais ne devrait pas tarder à nous montrer de manière inattendue cette menace du nucléaire et la reconstruction d’une nation.

publié dans :Cinéma Culte du dimanche

  1. 04/07/2011 à 12:20 | #1

    Merci de nous rappeler à ce beau film . Je suis tout à fait d’accord avec toi sur le travail musical et sonore en général .Bel article !

  2. FredP
    04/07/2011 à 23:55 | #2

    Oui, tout le film représente un boulot monstre qui touche à la perfection lorsqu’on le regarde.