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Derniers jours à Deauville 2015

posté le 17/09/2015 FredP

Après un premier weekend qui donnait déjà bien le ton, on est retourné au 41e Festival du film américain de Deauville pour apprécier toujours plus de films en avant-première ou en compétition, et aussi profiter un peu des personnalités présentes.

Le jeudi est directement marqué par l’arrivée de Ian McKellen sur les planches pour profiter de l’hommage qui lui est rendu et de présenter Mr Holmes. L’acteur qui restera pour toute une génération Gandalf et Magneto (rien que ça) a pu parler pendant 25 minutes de sa carrière, de son nouveau film mais aussi du plaisir qu’il a à jouer et de son métier d’acteur de théâtre comme de cinéma. Un grand homme humble et généreux qui a depuis longtemps le recul nécessaire pour apprécier ce qu’il fait et ça fait plaisir. Son film Mr Holmes présenté en avant-première revient quand à lui sur les supposées dernières années du plus célèbre détective d’Angleterre. Sur fond d’une enquête juste de digne de Derrick mise en scène avec beaucoup de sagesse, le film de Bill Condon parle surtout de vieillesse avec quelques longueurs. Mais comme Ian McKellen y est encore formidable, le film passe bien.
C’est moins le cas du nouveau film de Terrence Malick présenté en avant-première et profitant d’un hommage au discret cinéaste. Knight of Cups est un nouveau poème aux images sublimes et cherchant à montrer un personnage perdu entre sa vie, son but, ses croyances et ses femmes (parmi lesquelles Cate Blanchett et Natalie Portman). Convoquant toujours une dimension mystique avec sa caméra tournée vers le ciel au delà de L.A. et du désert, Malick fait encore chuchoter quelques mots sans consistances à ses personnages errant devant la caméra. Christian Bale y est magnifique pendant ces 2 heures de film mais on se demande toujours à quoi ce magnifique catalogue d’images issues de pubs pour parfum peuvent bien nous amener.

Vendredi, le festival est presque terminé et on découvre alors de bon matin Baby Sitter en compétition. Petit film sans budget, cherchant parfois l’onirisme de façon maladroite pour traiter de l’adolescence difficile lorsque les parents sont en instance de divorce. Le jeune héros y tombe amoureux de sa babysitter et, entre sexe et drogue, va perdre les pédales. Un film plutôt intéressant mais pas assez fort pour nous marquer complètement.
Changement total de registre ensuite avec la conférence de presse de Michael Bay venu recevoir son hommage. Le réalisateur des Transformers n’aura pas fait explosé les planches de Deauville mais aura parlé technique et production difficile de petits films comme son prochain 13 Hours. Derrière sa façade hollywoodienne, il apparaît bien plus intéressant qu’on ne le pense et qui n’aura même pas fait exploser les planches.
On enchaîne rapidement avec le dernier film de la compétition et enfin un vrai coup de cœur pour Dope. Ici, nous suivons le parcours d’un jeune black geek qui refuse le destin que son milieu social voudrait lui imposer avec ce qu’il faut de drogue, de violence et de dépression. Ici, il y a bien tout cela, mais détourné en permanence de manière à rendre le parcours de ce jeune battant toujours positif avec une ambiance survoltée. Jamais on ne s’apitoie sur son sort mais on va au contraire accompagner notre jeune héros dans ses galères avec un réel entrain, dans la joie et la bonne humeur. Après pléthore de films dépressifs en compétition, celui-là a de quoi bien remonter le moral !
Une journée qui se terminera de façon toute aussi positive avec l’avant-première d’Agents Très Spéciaux – Code Uncle, adapté de la série télé à l’origine de James Bond et autres Mission : Impossible ou encore Amicalement Vôtre. Le british Guy Ritchie est toujours aussi lourd dans sa manière de filmer mais il se dégage tout de même du film une délicieuse ambiance vintage avec des acteurs qui s’amusent bien à jouer les espions contrariés en costard 3 pièces. Un divertissement qui sera vite oublié mais qui nous aura fait passer un bon moment.

Le weekend commence mais la compétition prend fin. A l’approche du palmarès et de la cérémonie de cloture, il y a encore quelques films à découvrir et le premier est français puisqu’il s’agit du prix Onano Valenti qui vise à valoriser un premier film français aux USA. Cette année, c’est Thomas Bidegain (scénariste de Jacques Audiard) qui est récompensé pour les Cowboys, un véritable film coup de poing parlant à la fois de notre peur du radicalisme, de l’éclatement familial, de tolérance. Un film social aux allures de polar parfaitement écrit et joué de manière impeccable (avec un François Damiens méconnaissable et la révélation Finnegan Oldfield). Il faut le dire, il s’agit bien là du meilleur film du festival et on s’en rappellera encore aux César.
On poursuit ensuite sur un ton plus léger avec le nouveau film de Judd Apatow, Crazy Amy. Et plus le réalisateur vieilli, moins il devient vulgaire. Bon d’accord, le naturel revient parfois au galop mais le film est une très sympathique comédie romantique américaine avec des personnages un peu normaux et touchants, assez pour nous faire sourire et nous émouvoir aux moments voulus. Malgré quelques petites longueur, le film dégage une véritable sincérité comme des répliques qui font très souvent mouche, bref, c’est impeccable pour passer un bon moment afin de clôturer le Festival.
Car après un hommage à Patricia Clarkson, éternelle actrice de second rôle, voilà le palmarès récompensant très justement 99 Homes et Dope. Puis laissons place à Sicario qui, après avoir divisé lors de sa présentation a Cannes a ici l’honneur d’être film de clôture. Le film de Denis Villeneuve sur les cartels de drogue mexicains est impeccablement réalisé avec de bonnes scènes de tensions qui pourront faire penser à la Chute du Faucon Noir ou Zero Dark Thirty tout en nous laissant dans le flou car nous n’en connaissons pas plus que le personnage principal perdu interprété par Emily Blunt, nous surprenant alors avec le rôle surprise de Benicio Del Toro. Cependant, le film méritera surement un 2e visionnage pour saisir toute la complexité du scénario plongeant dans les arcanes de la traque des trafiquants. Mais nous y reviendrons dans une critique plus complète.

Et pour terminer le festival, le film d’animation Le Prophète donnait pléthore de leçons de vie de manière poétique mais un peut trop matraquées pour plaire derrière un scénario un peu trop attendu avant de pouvoir rattraper le film d’ouverture rediffusé pour bien boucler la boucle. Everest est ainsi un grand film sur le besoin des hommes de surpasser mais aussi sur la solidarité et la force de la nature. Après une mise en place un peu longue, le calvaire de ces personnes avant tout humaines, loin des clichés du film d’action, est éprouvant et émouvant à suivre, nous laissant ensuite dans un coup de froid à la sortie de la salle et on aura le temps d’y replonger dans une critique la semaine prochaine.

Voilà donc 6 jours de festival qui nous aurons bien occupé avec quelques petites déceptions en compétition mais un bon nombre de films agréables, de beaux moment et quelques coups de coeur, c’est bien tout ce qu’on demandait à ce Deauville 2015.

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