Accueil > Cinéma, Critiques ciné > Crazy Amy, critique

Crazy Amy, critique

posté le 23/11/2015 FredP

Le Apatow nouveau, qui porte surtout la marque de sa scénariste et comédienne principale Amy Schumer arrive en salle aprÚs avoir été présenté sous les rires de Deauville. @JM_Siousarram revient sur Crazy Amy, enchanté.

C’est peu dire que Judd Apatow nous devait une sorte de petite revanche vis-Ă -vis de ses derniĂšres productions cinĂ©matographiques, me murmurais-je au moment de m’installer dans l’immense salle du CID de Deauville pour mirer cette fameuse Crazy Amy. DĂ©marrĂ©e en trombe avec le truculent et bien nommĂ© 40 ans toujours puceau, qui en plus d’avoir l’honneur de mettre au jour un nouvel auteur de comĂ©die, nous rĂ©vĂšle sur grand Ă©cran le gĂ©nial Steve Carrell, la carriĂšre de monsieur Apatow en tant que rĂ©alisateur va ĂȘtre loin de faire l’unanimitĂ© alors qu’il produit hit sur hit au box office hollywoodien. Loin de se contenter d’amasser son pognon de maniĂšre pĂ©pĂšre, Judd Apatow installe une main mise totale sur le rire chez l’Oncle Sam en dĂ©couvrant tout un tas d’artistes issus du stand-up, Jonah Hill ou Seth Rogen, et surtout en y mettant une patte parfaitement reconnaissable dans les scĂ©narios : l’art de mĂȘler burlesque dĂ©complexĂ© et sujet contemporain et d’actualitĂ©.

Crazy Amy, c’est un peu tout ça Ă  la fois et cela malgrĂ© l’absence d’Apatow au scĂ©nario pour la premiĂšre fois dans une de ses rĂ©alisations. A sa place, Amy Schumer, qui ça tombe bien cumule aussi la casquette d’actrice principale du film, la fameuse follasse Amy. Amy qui ? Le pape de la comĂ©die US se voue pied et main liĂ©s Ă  une inconnue qui n’a pas franchi l’Atlantique avec ses Ă©missions tĂ©lĂ©visĂ©es, alors mĂȘme qu’il sort du tiĂšde 40 ans : mode d’emploi. Trop long, trop mou malgrĂ© quelques foisonnements dont il a le secret, sa crise de la quarantaine nous a plus barbĂ© qu’autre chose. Crispant. On se demandait presque si Apatow n’était pas entrain de devenir un clown triste, la mĂ©lancolie prenant le pas sur les gauloiseries.

D’oĂč le choix d’Amy Schumer peut-on se rĂ©jouir aprĂšs projection. Connue aux Etats-Unis comme l’une des comĂ©diennes de stand-up les plus drĂŽles et corrosives Ă  travers son show Inside Amy Schumer (tout un programme), cette boule d’énergie, qui ne possĂšde pas le physique stĂ©rĂ©otypĂ© de la blonde platine qu’elle est malgrĂ© tout, est disons le sans dĂ©tour, l’atout maitre du film. A l’image de l’explosive Melissa McCarthy avec laquelle elle partage le dynamisme, la prestance et l’humour no limit, ou encore de Cameron Diaz pour sa fĂ©minitĂ© engagĂ©e et fiĂšre tout en assumant son sex-appeal, Amy Schumer nous dĂ©coche rĂ©guliĂšrement la mĂąchoire comme il y avait longtemps que Judd Apatow ne nous l’avait pas fait.

Le reste de la distribution n’est pas en reste, mĂȘme si l’histoire de cette working girl Ă  la vie sentimentale dĂ©sastreuse laisse peu de place aux seconds couteaux. A commencer par Bill Hader, le « prince charmant » de miss Amy, lui aussi n’a pas un physique de jeune premier, sans compter que son rĂŽle de chirurgien ultra talentueux mais coincĂ© n’en rajoute pas une couche dans la catĂ©gorie compliment. Et pourtant la magie est lĂ , on pense au dĂ©but de Steve Carrell, voir ceux de Jim Carrey, avec lesquels il partage le sens et le timing humoristique pince sans rire, les grimaces en moins. Ses nombreuses chroniques dans l’hilarant Saturday Night live y sont sĂ»rement pour beaucoup dans cette maitrise. Le couple qu’il forme avec Amy est aussi mal assorti que touchant et beau Ă  voir.

Rayon seconds rĂŽles, on peut saluer les performances trĂšs convaincantes de Lebron James, le double champion NBA dans son propre rĂŽle mais auquel Amy Schumer a donnĂ© un coeur d’artichaut Ă  contre-emploi de sa carrure de gĂ©ant. Tout bonnement surprenant et hilarant. Comme John Cena, l’ex-catcheur devenu action man, une montagne de muscle que miss Schumer transforme en mĂ©trosexuel limite gay (ou inversement).

Un jeu de jonglage avec les clichĂ©s qui, conjuguĂ© avec une rĂ©alisation qui dessert parfaitement l’écriture de son auteur, transporte Crazy Amy dans la cour des meilleurs comĂ©dies romantiques vues en cette annĂ©e 2015. On en attendait pas moins de la part de Judd Apatow. Un film fait Ă  quatre mains dont le mĂ©rite de son auteur aura Ă©tĂ© de donner les pleins pouvoirs Ă  la rĂ©vĂ©lation Amy Schumer. C’est aussi ça le talent d’Apatow, vivre dans son Ă©poque et dĂ©couvrir ceux qui feront demain.

publié dans :Cinéma Critiques ciné

ï»ż