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The Descendants, critique

posté le 18/01/2012 ChrisC

Le deuil s’invite dans une famille aux fondations fragiles. Mais la nature, profonde, l’emportera… George Clooney surprend dans cet Ă©mouvant The Descendants.

The Descendants, les descendants pour les anglophobes, c’est l’histoire de Matt King incarnĂ© par George Clooney, convaincant voire Ă©mouvant père de famille dont la femme est dans le coma. Il va alors passer plus de temps avec ses filles, traversant cette lourde Ă©preuve, redĂ©couvrant sa famille, en bien et en mal, Ă  mesure que l’espoir de revoir sa femme en vie s’amenuise.

Dans ce lourd travail de prĂ©paration au deuil, face Ă  l’inĂ©luctable, on retrouve en parallèle une histoire de famille dont les membres ont les dents longues : tous veulent vendre le lopin de terre passĂ© de gĂ©nĂ©ration en gĂ©nĂ©ration et qui a fait la fortune de la famille.

Pendant presque 2 heures vont Ă©voluer la cupiditĂ© d’une famille qui essaye de prĂ©server sa fortune acquise en toute oisivetĂ© et une famille meurtrie tentant de conserver une apparence d’humilitĂ©, faisant taire des relations hypocrites. En toile de fond, la beautĂ© du dĂ©cor naturel hawaĂŻen et le rĂ©veil tardif de George Clooney, après des annĂ©es de laisser-aller. On prie pendant tout le film que cette remise en question serve Ă  quelque chose…

Eh oui car le cadre paradisiaque des Ă®les de PolynĂ©sie mais aussi le stoĂŻcisme du personnage de Clooney font que le cheminement des diffĂ©rentes phases d’acceptation et de rĂ©flexion sur les Ă©preuves du deuil que lui et sa famille traversent s’installe en douceur ; progressivement. Tout en retenu, le traitement de la rĂ©alisation donne une allure de marche funèbre Ă  tout le film.

C’est Alexander Payne (le metteur en scène du trip vinicole de crise de la quarantaine Sideways) qui se charge de jouer le chef d’orchestre de ce mélodrame.

Si la beautĂ© du paysage tranche avec la tristesse des sentiments de la famille, un peu d’humour allège tout de mĂŞme la gravitĂ© des sujets (deuil, cocufiage, disgrâce par le reste de la famille). Et permet mĂŞme Ă  Matt d’ouvrir les yeux. Et au spectateur de respirer sans avoir Ă  se ruer sur les kleenex !

Car le personnage de Clooney galère et se trompe sur le compte de tout le monde dans cette histoire ! Son ado jugĂ© rebelle est en rĂ©alitĂ© douĂ©e d’une force de caractère et d’amour Ă  toute Ă©preuve, l’amant salaud est un sympathique gars perdu et le jeune compagnon un peu concon de la fille se rĂ©vèle un ĂŞtre sage, malin et d’un rĂ©confort salutaire.
Tout est histoire de rĂ©vĂ©lation, de prendre un nouveau dĂ©part, de se dire qu’il n’est jamais trop tard pour redĂ©marrer (bien que pour certaines choses…).

Dans les lourdes dĂ©cisions qu’il doit prendre, et bien que l’issue ne semble jamais laisser trop de doute, toutes les Ă©preuves traversĂ©es concourront Ă  ce moment oĂą Clooney voudra bien se rĂ©veiller, d’un monde oĂą personne ne l’a attendu ! Cela, afin qu’il puisse faire ce qui est bien pour sa famille, son environnement, ses origines, mais surtout son âme ! Et oui, rien que ça.

The Descendants est donc une savante histoire de retour Ă  la vie tricotant autour d’une base mĂ©lancolique de 2 heures autour du deuil, ce qui est plutĂ´t ironique. Le rĂ©sultat est certes un peu pompeux et lent mais jamais pathĂ©tique et surtout marrant par instant, surtout lorsqu’on suit le tragique personnage de Clooney menant l’enquĂŞte, remontant le fil d’un passĂ© qu’il n’a pas vraiment vĂ©cu.
Comprenant peu à peu ce qu’il n’a pas vécu car trop égoïste, il endosserait presque le mauvais rôle. La distribution est impeccable, de notre ami George le Décaféinomane à Matthew Lillard (amant chiffe molle), Nick Krause (petit ami crétin) ou encore Shailene Woodley et Amara Miller jouant les filles. Un long et dur moment, tout en poésie.

publié dans :Cinéma Critiques ciné

  1. 18/01/2012 Ă  13:35 | #1

    DĂ©jĂ  un des grands films de l’annĂ©e. Du très beau cinĂ©ma.

  2. 18/01/2012 Ă  16:32 | #2

    C’est exactement ça, c’est autant beau visuellement que spirituellement. Un bon moment de cinĂ©ma !

  3. 18/01/2012 Ă  18:47 | #3

    Il a bien mérité son Golden Globe.

  4. 28/01/2012 Ă  03:17 | #4

    J’en reviens juste comme pour la lecture de ta chronique que j’avais laissĂ© de cĂ´tĂ© le temps de me rendre au cinĂ©ma.
    Ce film est une belle dĂ©couverte pour dĂ©marrer cette nouvelle annĂ©e. Il m’a Ă©normĂ©ment fait pensĂ© Ă  Mr Schmidt du mĂŞme rĂ©alisateur qui raconte lui aussi une histoire de deuil et la façon plus ou moins violente de l’apprĂ©hender.
    Tout le monde parle de Clooney et de sa perf’ mais les vĂ©ritables performances Ă  mes yeux sont celles de Shailene Woodley qui campe le rĂ´le de la fille aĂ®nĂ©e et Robert Forster qui profite de ses quelques minutes d’apparition dans le film pour le sublimer.
    Préparez les kleenex pour les plus sensibles, impossible de rester de marbre face à une histoire qui nous concerne tous plus ou moins à un moment de notre vie.

  5. Noel
    31/01/2012 Ă  15:20 | #5

    J’en reviens aussi mais au delĂ  de la qualitĂ© du film que je ne discute pas c’est Clooney et son casting qui me pose plutĂ´t problème. Son personnage est influencĂ© par l’acteur qui l’infuse d’un certain cynisme qui dessert le film au final je trouve. Son aplomb doublĂ© d’insolence m’ont sensiblement gâchĂ© le film. Un acteur plus sobre, moins cabotin en somme, aurait mieux fait l’affaire. Car si il a le charisme pour faire tenir les scènes de comĂ©die, on s’Ă©loigne lors de chacune de l’aspect dramatique du film, et comme tu le souligne l’aspect spirituel et moralisateur du film s’en retrouve un peu spoliĂ© je trouve.

    LĂ  ou un American Beauty (autre approche de l’Ă©veil mĂ©taphysique chez un forty-something) rĂ©ussissait très bien son rĂ´le ambigu de comĂ©die/drame parce qu’il traite avant tout de l’absurde de cette dĂ©couverte et des dĂ©calages qui en dĂ©coulent au quotidien, the Descendants se prĂŞte plutĂ´t Ă  l’exercice d’une dĂ©couverte morale et de valeurs ancestrales (HawaĂŻ et tout et tout) qui met l’impertinence distillĂ©e par George Ă  double et contre emploi….

  6. 01/02/2012 Ă  15:20 | #6

    @Noel, je te l’accorde, le stoĂŻcisme voire la paralysie faciale de Georges concourent seulement Ă  le faire passer pour un personnage insensible, ridicule lors des phases humouristiques Ă  ses dĂ©pens. Et dans le drame, son dĂ©tachement ne parvient pas Ă  donner la densitĂ© nĂ©cessaire, mais qui en mĂŞme temps fait que le film ne versera jamais dans la pure mĂ©lancolie lyrique ! Il n’empĂŞche que The Descendants reste un drame subtile teintĂ© de la bonne dose d’humour et d’intelligence, grâce Ă  une mise en scène et une progression lĂ©gères. A savourer !