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Culte du dimanche : The King of New-York

posté le 28/10/2012 FredP

A l’occasion de sa sortie en bluray, revenons sur un film de mafieux de 1990 qui est passé trop rapidement à la trappe alors qu’il offrait à Christopher Walken l’un de ses plus beaux rôles : the King of New-York.

Réalisateur discret mais à l’identité plutôt marquée, Abel Ferrara n’a jamais vraiment connu, et comme beaucoup d’artistes, c’est en Europe qu’il va trouver une reconnaissance. Comme Scorsese à l’époque, New-Yorkais d’origine italienne, il s’attelle régulièrement à montrer la grosse pomme sous un nouvel angle. Et c’est encore le cas avec King of New-York qui, en 1990, va donner au réalisateur le succès (au moins d’estime) qu’il attendait. Pourtant, ce film de mafia n’est pas américain. En effet, le réalisateur a préféré venir chercher des fonds italiens pour financer son film. Il était en effet difficile pour lui de trouver des financement aux États-unies. Mais en même temps, cette décision lui a permit de retrouver certaines racines et de garder toute liberté sur son projet.

Mais production italienne ne veut pas forcément dire que le film serait tourné en Italie. Au contraire, l’intégralité du film sera tourné à New-York avec Christopher Walken dans le premier rôle, un choix qu’émettait le réalisateur depuis longtemps. Il faut dire que l’acteur habitué aux tournage un peu extrêmes, au réalisateurs à forte personnalité et aux personnages légèrement borderline (travailler avec Michael Cimino et David Cronenberg, forcément, ça a un impact) ne pouvait voir dans le personnage de Frank White qu’un rôle taillé sur mesure.

Écrite avec Nicholas St John, The King of New-York raconte ainsi l’histoire de Frank White, mafieux sortant de prison après une longue peine. Très vite, les règlements de compte se multiplient et espère reprendre son trône de roi de New-York alors qu’il souhaite en même temps redevenir un homme intègre en finaçant un hôpital avec l’argent récupéré par ses trafics. Mais sa quête ne sera pas facile car pour mener cette mission à bien, il devra déjouer les plans de la police qui veut absolument le coincer et réunier les différents gangs sous une même bannière. Alors l’engrenage de la violence ne fait que commencer.

Dans le rôle titre, Christopher Walken et son regard glaçant nous offre là l’une de ses interprétations les plus marquantes. Celle d’un homme qui a tout connu, de la gloire à la déchéance et qui tente de se relever en changeant son destin. Sans savoir ce qu’il s’est vraiment passé avant sa sortie de prison, on sent bien le vécu d’un personnage qui a des aspirations complexes et contradictoires, faisant le mal pour arriver à faire le bien. « L’enfer est pavé de bonnes intentions» , voilà un peu son crédo et l’acteur nous fait bien ressentir ce tiraillement tout comme il peut se montrer impitoyable. Mais en face de lui, ses lieutenants peuvent se montrer encore plus redoutables et corrompus.

Répondant à Christopher Walken, l’autre personnage principal de The King of New-York n’est ni un flic ennemi, le chef d’un autre gang ou l’avocate dans son lit. Non, le personnage à qui Frank White se confronte, c’est finalement la ville elle-même. En effet, Ferrara nous plonge dans le New-York de la toute fin des années 80, une ville qui a les yeux plus grands que le ventre, où les fastes des fêtes organisées par les gangs ne sont finalement que déchéance morale. La photo magnifique de Bojan Bazelli confère à ce titre à la ville une identité forte. Le Frank White vieillissant tentant de retrouver l’amour des ombres de sa ville et y échouant devient alors un personnage naviguant entre Shakespeare et la nouvelle culture hip hop qui s’élève. C’est bien ce contexte qui fait alors de the King of New-York un film bien plus intéressant que bien d’autres films de mafieux.

A travers The King of New-York, Abel Ferrara dresse donc le fascinant portrait d’une société en pleine décadence où les valeurs morales s’éteignent mais aussi celui d’un homme qui tente en vain de retrouver ce qu’il était. Ce film lui a alors permis de mieux se faire connaitre avant d’exploser ensuite avec Bad Lieutenant mais rarement il aura autant de succès, jusqu’à sortir aujourd’hui ses films dans la confidentialité la plus totale.

Pour en revenir au bluray, celui-ci propose une qualité d’image impeccable, comme d’habitude chez Carlotta. Et en plus du film vous pourrez profiter d’un entretien d’une demi-heure avec Abel Ferrara par Nicole Brenez. Le réalisateur revient aujourd’hui sur le tournage, le film, sa vision d’artiste et ses projets. Et un autre entretien avec le producteur italien Augusto Caminto vient compléter les infos sur le tournage du film. Si on n’entre pas pleinement dans tous les secrets du film avec ces deux bonus, ils nous permettent en tout cas de bien deviner les conditions de travail et les visions d’artiste légèrement torturé de Ferrara.
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