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The Tree of Life, critique

posté le 17/05/2011 FredP

tree of life critique

Il s’agit assurément du film le plus attendu de l’année et du festival de Cannes. Et pour cause, Terrence Malick se fait suffisamment rare et discret pour que chacun de ses films soit un évènement pour les cinéphiles. Évidemment, plus l’attente est forte, plus le risque de déception l’est également. Alors The Tree of Life est-il un chef d’œuvre ou un pétard mouillé ? Un peu des deux en fait.

Tree of Life afficheSi Terrence Malick a un peu tout de la légende intouchable, c’est parce que non content d’être plus discret qu’un fantôme, il n’a réalisé que 4 films en 30 ans, et pas des moindres puisque Les Moissons du Ciel ou La Ligne Rouge sont parmi les films favoris de nombre de cinéphile naturalistes. Alors quand le film de sa vie, son cinquième, celui qu’il prépare depuis des lustres, nous est enfin présenté, il est normal d’avoir quelques attentes. D’autant plus que The Tree of Life a tout de même la prétention de raconter l’histoire de la vie. A la fois l’apparition de la vie sur Terre mais aussi la vie d’un enfant passant à l’âge adulte.

Fidèle à lui même, le réalisateur laisse une place prépondérante à la nature et à l’authenticité. Ainsi, on ne pourra jamais lui reprocher de mettre devant nos yeux des images de toute beauté. Ici chacune d’entre elles est un tableau qui fascine. Chaque plan est d’une beauté naturelle confondante et raconte en même temps tellement de choses. Malick filme avec une grâce incroyable chaque scène, arrivant à en retranscrire comme personne les émotions de l’instant et des personnages. Les yeux (trop) souvent levés vers le ciel, on se sent en communion avec la nature dans une poésie d’images et de sons (l’ambiance sonore naturelle et la musique composée et choisie sont parfaites, envoûtantes, comme un murmure reposant) qui laisse pantois. Oui, The Tree of Life est beau, magnifique, sublime même.

Mais pour autant qu’il est d’une poésie à couper le souffle, The Tree of Life n’est pas exempt de défauts. Ainsi, le plus lourd à porter sera son découpage. Le film se compose de plusieurs parties entrelacées : l’apparition de la vie sur terre, l’enfance d’un môme élevé à la dure par son père et ce même gamin des années plus tard regardant dans son passé par la porte. Mais en fait, hormis la partie centrale, il n’y a pas grand chose d’intéressant. Ainsi la formation de l’univers et l’apparition de la vie arrive dès le début comme un cheveu sur la soupe. On sait que Malick veut relier la grande et la petite histoire mais c’est ici fait avec autant de subtilité qu’un éléphant (ou plutôt un dinosaure) dans un magasin de porcelaine. Ces images de galaxies et d’éveil de la vie sont magnifiques et hypnotisantes, tout autant qu’un bon documentaire le ferait, mais sans les murmures plaintifs envoutants mais redondants de la voix off.

Puis arrive le cœur du film dans lequel Brad Pitt et Jessica Chastain élèvent leurs 3 fils dans les années 50. Le contexte est propice à nombre de cavales dans les prés si chers au réalisateur mais surtout à raconter comment va grandir l’un de ces enfants, la manière dont il va apprendre la vie, que ce soit par la dureté de son père ou par la douceur fragile de sa mère. Un portrait juste et touchant dans lequel le réalisateur arrive à merveille à capturer les non-dits des acteurs avec une force exceptionnelle, le jeune Hunter McCracken en tête. Ici, on voit les enfants grandir, au naturel, nous rappelant à tous des souvenir de ce que nous avons pu vivre enfants ou d’autres souvenirs de parents (premiers pas, jeux, contrariétés, relations contradictoires avec les parents), on peut tous s’y retrouver d’une certaine manière. Mais là aussi, et malgré une histoire captivante, ça pêche. Terrence Malick étire son récit bien trop en longueur et se répète sans arrêt, si bien que l’on a vite comprit où il voulait en venir et donc l’issue tarde à arriver.

Enfin arrive la dernière partie avec Sean Penn (anecdotique), notre jeune garçon qui a grandi et prend du recul sur ce qu’il a vécu et son éducation, s’étant éloigné au maximum de sa famille et de ce qu’elle représente pour la regarder avec nostalgie et amour. Une conclusion plus spirituelle qui incitera à méditer sur la vie et son sens profond. C’est beau comme discours mais tout de même mis en scène de manière assez pompeuse après les lourdeurs de ce qui a précédé.

The Tree of Life est donc en cela victime d’un déséquilibre total dans sa construction avec des séquences largement dispensables et d’autres trainant en longueur malgré l’authenticité du propos. Le projet était sans doute trop ambitieux pour Terrence Malick qui aurait peut-être mieux fait de dissocier l’histoire centrale, très personnelle, authentique et touchante, de l’histoire de la vie naviguant entre documentaire super-science et le spirituel. Mais malgré les longueurs, le film est d’une beauté formelle qui ne manquera pas d’embarquer les plus avertis dans un voyage sensoriel qui ne peut être vécu qu’au cinéma. Il est clair que le film ne laissera pas indifférent et on ne ressort pas de la salle comme on y est entré. Alors sans doute est-ce là le signe que, malgré tous les défauts qu’on pourra lui trouver, The Tree of Life serait un film qui a besoin de mûrir dans nos esprits et nos cœurs ? Le temps nous le dira.

publié dans :Cinéma Critiques ciné

  1. 17/05/2011 à 12:45 | #1

    Bonjour, et merci pour votre critique. J’apprécie la justesse de tes arguments aussi bien pour défendre ou valoriser le film. Je lis trop de critique qui s’arrête à une seule scène : les dinosaures ! Le film ne se résume pas à ça ! Pour ma part j’ai été hypnotisé, et j’ai préféré ressentir le film que chercher à comprendre le pourquoi du comment pour chaque image. Comme toi je pense que ce film sera a revoir avec du recul.Si ma critique t’interesse —-> http://anthonyrojo.canalblog.com/archives/2011/05/17/21154307.html

  2. FredP
    17/05/2011 à 16:09 | #2

    @[Ze Blog]
    De rien pour la critique. Pour ma part, je n’étais donc pas à 100% embarqué. Trop déconstruit et avec des parties inutiles pour finalement aucun enjeu. Mais magnifique.
    Quand aux dinos, ce n’est pas ce qui fait le film, mais le présence vient comme un cheveu sur la soupe et fait rire pas mal de monde dans la salle.
    A apprécier avec du recul. Après tout, 2001 était aussi incompris à l’époque.

  3. Camille L
    20/05/2011 à 18:59 | #3

    Pour aller plus loin, dans Reflets du temps, on trouve la seule analyse fouillée sur The Tree of life de Terrence Malick. Elle est de Matthieu Gosztola. Terrence Malick pourra-t-il jamais aller au-delà dans la radicalisation d’une entreprise formelle ? http://www.refletsdutemps.fr/index.php?option=com_zoo&task=item&item_id=955&Itemid=2

  4. Stef
    21/05/2011 à 21:10 | #4

    Un bon conseil, si vous voulez suivre le film dormez bien avant car c’est long, incompréhensible, client depuis trente ans des salles obscures, c’est la première fois que je sors avant la fin.
    Conclusion, un navet mémorable à éviter

  5. ben51
    23/05/2011 à 02:22 | #5

    Bonne critique comme d’habitude ^^
    En lisant les commentaires, la scène de dino, que j’ai apprécié, c’est vrai qu’il y eu des ricanement ds dans la salle, ça m aun peu conforté da

  6. ben51
    23/05/2011 à 02:27 | #6

    dans l’idée d’un certain type de spectateur ! enfin, bref!
    personnellement j’avais eu du mal avec la ligne rouge par exemple, réalisation que je trouvais magnifique mais sans scénar, donc pour moi très ennuyeux et la miracle, la sauce a pris, il faut vraiment se laisser aller et comme tu dis à revoir dans le temps.

  7. 26/05/2011 à 12:58 | #7

    Assez d’accord avec ces arguments.
    C’est certainement le film le plus personnel de Malick… et donc son plus périlleux.
    Il prend avec ce ‘Tree of Life’ le risque formel de passer pour artiste mégalo qui impose sa vision singulière du monde…

    Personnellement, j’ai été transporté, car j’ai vu le film comme une expérience sensitive, qui pose des questions sans jamais y répondre, en imposant des images d’une beauté fulgurante.

    Cela étant je comprends les spectateurs qui sont restés durement hermétiques…

  8. mouarf
    28/05/2011 à 23:53 | #8

    dès la lumière de départ, j’ai su qu’il fallait que j’éteigne mon ceveau. Malgrés un manque certain de fluidité et quelques longueurs bien maladroite, c’est une expéience intime et profonde dans notre propre rapport à la vie. merci.

  9. elle même
    02/06/2011 à 22:45 | #9

    INCROYABLEMENT NUL!

  10. FredP
    02/06/2011 à 22:56 | #10

    @Stef
    ça ne peut pas plaire à tout le monde, c’est sûr

    @ben51 @Jérémy
    merci :) en effet, difficile de plonger dedans mais si on y arrive le voyage vaut le coup

    @mouarf
    bien vu :)

    @elle même
    incroyablement constructif

  11. JPinkman
    01/09/2011 à 20:59 | #11

    tout d’abord je souhaite vous remercier pour c’est critique qui n’est sans nul doute une très bonne comme le dit (Ze blog) précédemment; marre des critiques qui, a part se faire un malin plaisir de détruire le film sans réellement l’avoir compris ou en exposant ses idées personnelle. Car comme pour la musique le cinéma reste avant tout un ressentit personnelle.
    Pour ceux qui est du film de Malick les avis diverge autant d’un coté de glorification a l’instar de ce chef d’oeuvre qui éblouit par sa beauté et de l’autre des remontrances envers ce navet. De toute manière comme pour énormément de grand film ou de film hautement présenter il y’aura des pour et des contre je pense que celui ci fait partit des grands films de ce que l’on en peut comprendre qu’en les regardant une seul fois, il faut du temps de la patience ces le genre de film qui ne parle pas qu’a notre conscient mais qui en chacun de nous incise notre façon de penser pour a la fin nous dire que le premiers rapport que l’on a eu avec lui n’est peut être pas le mieux comme pour 2001 a l’époque de sa sortit ou bien d’autres ce qui est sure ces que l’on continueras a parler de ce dernier Malick encore dans longtemps

  12. ELIES
    09/10/2011 à 12:42 | #12

    Critique intéressante, qui dit l’essentiel « on ne ressort pas de la salle comme on y est entré» . Le film de Malick ne traite pas du rapport de l’homme à la société mais du rapport de l’homme au monde. Et son point de vue rappelle celui de la philosophe Simone Weil dans L’enracinement : nous ne comprenons pas l’Univers et nous avons inventé pour nous rassurer la fable d’un Dieu personnel qui récompense les bons et punit les méchants. Malick ne porte pas de message : il veut juste témoigner d’un rapport au monde. Et détester ce film pour l’artificialité de sa trame narrative est comme détester un recueil de poèmes parce qu’il n’aurait pas d’intrigue. Tout y fait pourtant sens, même les deux scènes majeures qui sont fréquemment évoquées comme prétentieuses ou ridicules. Celle avec les dinosaures n’illustre rien d’autre que la disparition des dinosaures n’a pas de justication « mystique»  : l’acte de pitié du prédateur sur sa victime agonisante est une métaphore pour simplement démontrer qu’ils n’étaient pas pire que l’humanité et n’avaient droit moins que nous à exister ; la scène finale avec le soleil est une grandiose évocation de la fin inéluctable de la Terre, carbonisée par le Soleil devenu géante rouge : nous mourrons et disparaîtrons, comme les dinosaures avant nous, quoi que nous fassions… La seule survie que nous ayons est dans la mémoire des êtres qui nous aiment. Il ne nous reste qu’à l’accepter et à reconsidérer la vanité de nos vies pour révéler ce qui en fait la valeur : c’est l’histoire de la lente évolution des relations entre le père et ses fils. Malick est clairement un contemplatif et non un narrateur : il ne peut que décevoir un public qui attend une « belle»  histoire.

  13. Skqn
    09/12/2011 à 02:27 | #13

    « The tree of life»  film spinoziste suggérant une nouvelle approche de la Croyance, je vous renvoie à la fameuse phrase « Deus sive natura»  (« Dieu c’est à dire la nature» ).
    Ce film est une hymne à la vie ou un excellent remède contre la mort.