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DEMOLITION MAN, l’action a son chant du cygne

posté le 07/10/2010 ChrisC

Heureux hasard des multidiffusions des chaînes de la TNT, dimanche dernier, c’est DEMOLITION MAN qui passait  sur NRJ12. L’occasion était trop belle d’en parler dans ces colonnes car il est un parfait exemple de cette dualité diabolique du Nanard Culte.


Sorti au début de l’année 1994, DEMOLITION MAN est l’un de ces films de Science-Fiction où un monde hyper-violent a été remplacé par une utopie aseptisée où plus aucune source de conflit et de désordre ne persistent, mais évidemment, il ne fait pas si bon vivre dans une telle société soi-disant parfaite. Petit retour dans le passé, enfin, vers le futur…

 

Et quel bonheur de revoir DEMOLITION MAN sur sa télé. Début des années 90, le film d’action (dans sa forme la plus classique qui est celle du film à gros bras des années 80) vit ses dernières heures de gloire, étant supplanté par les films d’actions à antihéros qui en prennent plein la tronche (incarnés par Bruce Willis) et autres thriller/suspense plus ou moins captivants. Magnifiquement incarné par un Sylvester Stallone emplit de cynisme et tout en sarcasme, le sergent John Spartan est un policier aux méthodes musclés qui se retrouve cryogénisé pendant 40 ans pour ses exactions débordantes de zêle mais est réveillé dans un monde complètement différent afin qu’il arrête son Némésis, Simon Phoenix (Wesley Snipes sous acide), génial et déjanté tueur psychopathe sans foi ni loi ni sens du sérieux (un peu à la manière du Joker mais en beaucoup plus physique). 

 

Evidemment, anachronismes, quiproquos, pertes de repères, valeurs complètement à l’opposé du XXème siècle, parsèment le film et rythment une histoire de SF pure plutôt efficace. Le résulat est bardé de clins d’œil au passé ACTION d’Hollywood (le leader de la résistance sous-terraine des pros-débauches et de la vie sans entrave ressemble étrangement à un Kyle Reese/John Connor, toute la magie consumériste débridée américaine voit son climax dans la supposée « guerre des chaînes de restauration »).

Dialogues terribles frisant le ridicule à chaque fois (« simon t’es givré » avant de lui shooté la tête congelé ou « tu crèves l’écran » en lui projetant une télévision dans l’estomac,…), pot-pourri de références caractérisant le XXème siècle et surtout l’Amérique friquée des années 80/90 (la pub, les clips, les fast-food, la violence urbaine, la musique standardisée,…) ou encore festival pyrotechnique mêlé de poursuites dévastant tout au passage, DEMOLITION MAN est à la fois une parodie et un film d’action bourrin assumé. Et ça fait du bien. Car l’humour savamment dosé dans cette réalisation est un vrai régal. Déjà pour une Sandra Bullock aussi ravissante que gentiment naïve et bébête, mais aussi pour un Sylvester Stallone qui en fait des tonnes dans son rôle de macho à gros bras, policier chevronné (sonnant assez juste encore comparé à sa prestation dans JUDGE DREDD) mais largué dans un univers futuriste simple et non-violent. La clef, c’est qu’il ne se prend pas trop au sérieux et c’est ce qui rend le tout très digeste. Et puis, qui aura pu oublier « il ne sait pas se servir des 3 coquillages » ou bien les talents de couturières de John Spartan ou la scène de sexe en réalité virtuelle, illuminé/désilluminé…

 

A côté de cela, il faut dire que l’action est complètement débridée dans ce DEMOLITION MAN qui porte très bien son nom, tout pète dans tous les sens et c’est la quintessence du jeu de gendarme et du voleur se pourchassant au travers un San Angeles aseptisé et tragiquement sans excitation. La découverte de ce monde plutôt rasoir, aux abords si parfaits, plonge vite le spectateur amusé par tant de flinguades et de situations cartoonesques dans une réflexion tout autre. Et si DEMOLITION MAN était le dernier représentant des films d’actions décomplexés où un peu d’humour permet de digérer au mieux la surdose d’explosions et de violences armées ?? Et si ça n’était plus possible de faire de tels films où la vie humaine ne représente rien et tirer dans tous les sens dans une population n’entraînait aucune conséquence ? Car DEMOLITION MAN est aussi résolument politique : il critique ouvertement une société de consommation étouffée par ses standards clichés et des comportements de vie induits plutôt que respectés. DM critique aussi un gouvernement d’un seul homme, prenant les décisions à la place d’une assemblée démocratiquement élue, en dictant ce qui est le mieux pour le peuple sans prendre en considération les envies de chacun. C’est tout un modèle d’existence légère et occidentale qui est mis en cause, prônant le réveil des individus pour qu’ils soient plus conscients de leur environnement.

 

Autre chant du cygne, Sly y joue un policier à gros bras qui paye un peu pour son personnage de brute néanderthalienne voulant appliquer la loi et faire régner l’ordre avec des méthodes un peu trop musclées. Il faut y voir une sorte de tentative de faire amende honorable de la part d’un des plus dignes représentants des films où « le flic poursuit un méchant en faisant tout sauter sur son passage ». Un peu à la manière d’Arnold Schwarzenegger qui fit son LAST ACTION HERO ou Clint Eastwood son IMPITOYABLE, remarquables fresques où le héros central des films d’action policier et de western se rachetaient de leurs péchés d’alors… et de leurs films un peu trop légers. Le premier utilisait le ressort de la comédie pour se moquer un peu du film d’action bête et méchant, le deuxième est une œuvre magistrale scellant le destin des westerns (d’ailleurs, aucun western ne su intéresser après IMPITOYABLE).

 

DEMOLITION MAN est au premier degré un film d’action pur, jouissif, à consommer sans modération, mais après quelques visionnages, comment ne pas se laisser tenter par une réflexion un peu plus poussée sur le fonctionnement de notre société, sur ses productions standardisées et fades, sur une apathie comportementale partagée, sur un abandon de la critique constructive envers sa gestion ? Et oui, tout est dans DM : plaisir coupable et message politique, action et réflexion, nanard et culte !

 

 

publié dans :Film pas très bon du jeudi

  1. Eowyn
    07/10/2010 Ă  20:28 | #1

    Ah j’ai adorĂ© ce film ado! La scène de sexe m’a d’ailleurs fait halluciner Ă  l’Ă©poque.
    Un bon film qui ne prend pas la tĂŞte.

  2. 07/10/2010 Ă  22:41 | #2

    nanard culte effectivement, mais tellement bon !
    « gnnn il ne sait pas se servir des 3 coquillages…»  ahah :D
    bonne retrospective en tout cas ;)

  3. 09/10/2010 Ă  05:30 | #3

    Tout Ă  fait d’accord avec toi pour dire que c’est un des derniers reprĂ©sentant d’un genre qu’on ne retrouve quasiment plus au cinĂ©ma. The expendables reste certainement le tout dernier en fait.

  4. 10/10/2010 Ă  14:24 | #4

    la scène des trois coquillages est vraiment culte ;)