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Culte du dimanche : Dans la Chaleur de la Nuit de Norman Jewison

posté le 04/03/2018

Si Detroit n’est injustement pas nommĂ© aux Oscars cette annĂ©e, il y a 50 ans, la cĂ©rĂ©monie a par contre rĂ©compensĂ© Dans la Chaleur de la Nuit. L’occasion de revenir sur ce film engagĂ© de Norman Jewison avec Sidney Poitier.

Au dĂ©but des annĂ©es 60, Norman Jewison commence Ă  se faire connaitre, enchainant les tournages (notamment le Kid de Cincinnati avec Steve McQueen) avec des films de commande. Cependant, il commence petit Ă  petit Ă  prendre un virage plus politique pour Hollywood et c’est ce qu’il va directement faire avec Dans la Chaleur de la Nuit. Un film policier portĂ© par Sidney Poitier (encore aurĂ©olĂ© de son oscar, le premier pour un acteur noir, pour Le Lys des champs), en pleine pĂ©riode de troubles puisque les Ă©vĂ©nements de DĂ©troit ont lieu cette mĂŞme annĂ©e 67.

Dans la Chaleur de la Nuit adapte donc le roman de John Ball et s’intĂ©resse Ă  un officier de police noir du nord des USA, Virgil Tibbs qui rend visite Ă  sa mère dans une ville du sud des US oĂą les habitant sont bien plus racistes et intolĂ©rant. Alors qu’il est sur le dĂ©part, il est arrĂŞtĂ© pour meurtre. Mais dès qu’il rĂ©vèle ĂŞtre policier, il va alors faire Ă©quipe avec les forces de l’ordre locales pour trouver l’assassin. Une enquĂŞte plus complexe qu’il n’y parait et pour laquelle faire Ă©quipe ne sera pas simple.

Une intrigue policière standard …

Très clairement, l’intrigue policière ne sera pas forcĂ©ment le grand atout de Dans la Chaleur de la Nuit. Car finalement, de rencontres en fausses pistes jusqu’Ă  la rĂ©solution finale et la rĂ©vĂ©lation du coupable, l’ensemble est assez mĂ©canique mĂŞme si tout de mĂŞme racontĂ© avec une certaine efficacitĂ©. CĂ´tĂ© mise en scène, Norman Jewison ne fera pas d’Ă©clat, restant assez simple pour faire avancer son rĂ©cit sans trop de fioriture, mĂŞme si il ose parfois, avec une fouille de voiture en camĂ©ra subjective notamment.

… transcendĂ©e par son discours engagĂ©

Non, ce qui va vraiment ĂŞtre intĂ©ressant avec ce film, c’est Ă©videmment son discours engagĂ©. En confrontant un flic noir Ă  la population raciste du sud des Etats-Unis, il en ressort une dramaturgie particulière. Tout d’abord en le confrontant avec un flic dĂ©testable (Rod Steiger rĂ©compensĂ© par l’oscar du meilleur acteur pour ce rĂ´le) qui va petit Ă  petit gagner en tolĂ©rance, puis avec les habitants de la ville qui, qu’ils soient blancs ou de couleur, ont tous des raisons de vivre ainsi, d’endurer ou faire endurer cette haine raciste et finalement sont tous plus complexes.

Évidemment, ce discours est aussi formidablement portĂ© par Sidney Poitier qui met tout son charisme au service de ce personnage toujours droit dans ses bottes et irrĂ©prochable mais qui n’hĂ©site pas Ă  rĂ©pliquer par les mots ou par la force lorsque le besoin s’en fait sentir ou que la provocation est bien lĂ . Un personnage fort et presque iconique donc, que l’on continuera ainsi Ă  suivre dans 2 autres films (Appelez-moi Monsieur Tibbs et l’Organisation).

Ajoutez Ă  cela l’ambiance sonore impeccable de Quincy Jones et le titre de Ray Charles et vous obtenez donc bien un film militant qui, entre l’ancien et le Nouvel Hollywood se fait sa place et dont le discours est mĂŞme encore d’actualitĂ© comme on le voit encore. Il n’est donc pas Ă©tonnant que Dans la Chaleur de la Nuit rĂ©colte en 1968 5 oscars dont le meilleur film et scĂ©nario adaptĂ©.

publié dans :Cinéma Culte du dimanche

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