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Détroit, critique

posté le 15/10/2017

Kathryn Bigelow n’en a pas fini avec le cinéma coup de poing et les message politique. Et avec Detroit, c’est un film profondément d’actualité qui va nous mettre sous tension et nous laisser complètement KO. Rendez-vous aux Oscars !

Avec Démineurs et Zero Dark Thirty, la réalisatrice Kathryn Bigelow avait déjà mis un bon coup de pied dans la fourmilière hollywoodienne. Et cette année elle remet le couvert avec le scénariste Mark Boal. C’est parti pour une plongée au cœur des émeutes de Detroit en 1967 alors que les tensions raciales sont à leur comble. Avec son style documentaire se lance dans une reconstitution qui permet de mieux cerner tous les enjeux de cette révolte contre une injustice sociale qui n’a fait que se creuser. Elle commence alors dans cette première partie à revenir précisément sur les événements historiques et à dresser le portrait de ses protagonistes, flic raciste, chanteur de soul rempli d’espoir, ouvrier enchaînant ensuite les heures en garde de nuit, qui vont se rencontrer ensuite dans le climax central du film.

Car Detroit n’est pas qu’une simple reconstitution d’événements et un documentaire sur les émeutes. Le film va muter en permanence pour devenir un huis-clos à la tension insupportable en son centre puis un procès injuste dans sa conclusion, permettant alors une étude des caractères humains dans un contexte de tensions, délivrant un message social qui est malheureusement plus que jamais d’actualité dans l’Amérique de Trump et montre bien qu’au fond, depuis 50 ans, rien n’a vraiment changé.

Ainsi l’acte central de Detroit est une véritable explosion en pleine face du spectateur de toute l’inhumanité raciste dont certains peuvent faire preuve lorsque le contexte le permet. En s’intéressant de plus près au jeu de massacre qui a eu lieu dans l’hôtel Algiers, la réalisatrice nous met pendant plus d’un tiers du film dans une tension palpable, nous mettant vraiment à mal. Une séquence qui nous fera souffrir, d’autant plus que Will Poulter y est vraiment horrible en flic raciste et sans aucun scrupules, assurément le rôle de pourri le plus fort depuis longtemps au cinéma.

Mais la réalisatrice n’en reste pas là et va donc au bout de son histoire en faisant évoluer ses personnages sur la longueur et si ce flic finira plus pourri que jamais, c’est aussi la chute de tous les espoirs d’un jeune chanteur que l’on voit. Un personnage (campé par la révélation Algee Smith) qui ne pourra jamais se remettre de tels événement et dont le rêve sera brisé par une humanité perdue. En plus du choc, c’est alors aussi un sentiment d’injustice totale qui nous poursuivra encore longtemps après la projection.


Et pour y arriver, il faut saluer non seulement le travail de Kathryn Biglow mais aussi de son scénariste qui maîtrise impeccable son récit. Les deux nous plongent dans une histoire rythmée, prenante, qui met en lumière l’un des pires moments des Etats-Unis depuis la seconde guerre mondiale, mettant le pays régulièrement face à ses contradictions et ses racines. Avec l’appui d’acteurs méconnus (mais reconnaissables pour certains) présents uniquement pour faire passer les messages du film avec force, Detroit devient un portrait très noir de cette période des US.

Detroit est donc encore une fois un véritable uppercut de Kathryn Bigelow qui remue autant les tripes que l’esprit. Un grand film à l’importance indéniable, d’autant plus par les temps qui courent.

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