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Culte du dimanche : l’Année du Dragon de Michael Cimino

posté le 06/03/2016 FredP

Carlotta continue encore de restaurer et d’éditer les films de Michael Cimino, et cette semaine l’Année du Dragon, avec Mickey Rourke a le droit à une édition particulièrement riche. Retour sur le film qui sera le dernier grand du cinéaste.

Après le succès de Voyage au Bout de l’Enfer qui a donné presque les pleins pouvoirs à Michael Cimino, le réalisateur avait eu la folie des grandeurs en offrant au public La Porte du Paradis, gouffre financier qui s’est planté à la fois auprès des critiques et du public, signant alors la fin du Nouvel Hollywood et de l’indépendance des auteurs, ouvrant alors la décennie des années 80 de manière particulièrement noire pour certains cinéastes. Même si la Porte du Paradis est aujourd’hui reconnu comme un chef d’oeuvre, il a donc stoppé net l’ascension de Cimino qui devra passer par une traversée du désert de 5 ans avant de planter sa caméra à New York pour son nouveau projet.

Et ce nouveau film sera bien moins cher et plus classique dans sa structure, moins épique mais tout à fait intéressant. Oubliant les grands paysages naturels, il plonge dans les arcanes de Chinatown avec l’Année du Dragon dans lequel il embarque Mickey Rourke qui avait déjà eu un petit rôle dans la Porte du Paradis. Avec un Oliver Stone, alors encore inconnu à l’époque, qui s’occupe du scénario, le film porte bien la marque de ses deux auteurs et de leur vision de l’Amérique post-Vietnam et de ses héros torturés.

Ainsi, l’Année du Dragon se concentre sur le Capitaine Stanley White, vétéran de la guerre du Vietnam à qui est confié la gestion de Chinatown, gangrené par la mafia et le trafic de drogue. Il prend alors sa mission particulièrement à coeur, à la fois pour faire ses preuves mais aussi pour exorciser d’une certaine manière son passé à la guerre. Il va alors se faire un ennemi particulièrement dangereux en la personne Joey Tai qui, lui, est en  train de faire sa place petit à petit pour diriger les triades. Un duel s’engage entre les 2 hommes et White va bien en souffrir.

Evidemment, impossible de passer à travers la réalisation de Cimino qui, si il nous avait habitué aux grands espaces, s’en sort tout aussi bien en milieu urbain, nous plongeant dans l’ambiance de Chinatown comme rarement et nous faisant visiter les lieux de manière unique à l’instar du loft de la journaliste Tracy Tzu. Il orchestre ainsi des scènes à la dure et pourtant magnifiquement cadrées avec un Mickey Rourke d’une formidable intensité (avant que celui-ci ne connaisse lui-aussi une future traversée du désert).

Mais surtout, on retrouve ici ce héros tiraillé à la fois par ses obsessions, sa haine pour le milieu asiatique corrompu qu’il finira par épouser car il ne peut pas se passer de ce combat. C’est aussi un homme tiraillé entre deux femmes, celle de son passé, et celle de son obsession. Mais c’est le destin qui choisira celle qui avec qui il vivra. A travers Stanley White, Cimino et Stone donnent alors leur vision de l’Amérique corrompue et qui souffre encore et toujours des séquelles du Vietnam, mais ils parlent aussi d’une certaine manière du chemin de croix du cinéaste qui nous offre là son dernier film d’auteur, dans lequel le studio n’a pas encore trop mis son nez si ce n’est la dernière phrase du film qui lui a été imposé, comme pour lui faire comprendre que même si il réalise le film qu’il veut, il n’aura pas le dernier mot et ne gagnera jamais contre la mafia d’Hollywood.

L’Année du Dragon est ainsi le dernier grand film de Cimino qui laissera petit à petit sa place avec des films de commande comme Desperate Hours (toujours avec Mickey Rourke, également réédité cette semaine par Carlotta) pour lesquels il n’a plus le director’s cut avant de quitter définitivement le système.

publié dans :Cinéma Culte du dimanche

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