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Ghost in the Shell, critique

posté le 02/04/2017 FredP

Après quelques dĂ©boires et une polĂ©mique inutile autour du whitewashing, voici donc l’adaptation hollywoodienne du cultissime Ghost in the Shell. ForcĂ©ment l’adaptation est en deçà du matĂ©riau de dĂ©part mais permet d’avoir enfin un blockbuster US de SF techniquement abouti et avec un peu de rĂ©flexion, c’est dĂ©jĂ  ça.

Après le manga culte et son adaptation qui ne l’est pas moins par Mamoru Oshii en 1995, puis une suite plus complexe (Innocence) mais aussi des sĂ©ries, dtv et jeux vidĂ©os, voici donc enfin l’adaptation hollywoodienne de Ghost in the Shell. Un pari risquĂ© Ă  la fois car on ne touche pas comme ça Ă  quelque chose d’aussi culte mais aussi parce qu’une adaptation d’oeuvre japonaise par des amĂ©ricains sera toujours mal vu et d’autant plus quand l’oeuvre en question a inspirĂ© nombre de films depuis (Matrix notamment) et pourrait donc passer pour superflue aujourd’hui. Quoi qu’il en soit c’est donc au rĂ©alisateur du joli mais inutile Blanche Neige et le Chasseur de s’y attaquer avec Scarlett Johansson dans le rĂ´le du Major et un casting Ă  portĂ©e internationale.

L’histoire ne se dĂ©marque donc pas Ă©normĂ©ment de l’anime de 95 et nous retrouvons donc, dans un futur proche, les membres de la section anti-terroriste et piratage face aux manipulation du pirate surnommĂ© le puppet master. Une enquĂŞte qui va entraĂ®ner des doutes et des changements chez ses membre et en particulier le cyborg Major (humaine dans un corps de machine) et son acolyte Batou. Une rĂ©flexion sur le passĂ©, sur l’âme et la machine va naĂ®tre de cette enquĂŞte explosive.

Rupert Sanders nous dĂ©voile dès le dĂ©but du film ses intentions. D’un cĂ´tĂ© il va poser un univers futuriste qui en met plein les yeux avec une mĂ©gapole saisissante fortement inspirĂ©e de Blade Runner (rĂ©fĂ©rence incontournable du genre), mais surtout en reprenant des images de l’anime original pour ensuite les exploser dans des contextes diffĂ©rents. Ainsi le saut et l’assassinat du dĂ©but sont suivi d’un gunfight contre des robots geishas qui permettent de lancer l’histoire. Et il en sera de mĂŞme pour toutes les sĂ©quences fortes que les fans du film d’animation connaissent. Il y a donc Ă  la fois un hommage mais Ă©galement une volontĂ© d’y apporter quelque chose en plus, que ce soit pour Ă©claircir l’histoire (qui gagne ici en simplicitĂ© Ă  force de tunnels de dialogues) ou apporter plus d’Ă©lĂ©ments sur le passĂ© des personnages.

Ainsi, on se retrouve avec un film formellement beau (Sanders a le sens du cadrage et la volontĂ© de poser Ă  l’Ă©cran un univers fourni et palpable) mais aussi avec un supplĂ©ment de rĂ©flexion avec des personnages qui sont plus complexes qu’ils en ont l’air. Le thème de la relation entre l’homme et la machine et leur prochaine Ă©tape commune d’Ă©volution est Ă©videmment posĂ© mais il est aussi ici question de l’utilisation d’identitĂ© et de voler le passĂ© des personnes pour les manipuler, d’utilisation et transformation du corps et de lutte contre le système. Il est donc juste dommage que d’autres Ĺ“uvres soient passĂ©es par lĂ  depuis 95 et rendent dĂ©jĂ  ces rĂ©flexions datĂ©es. Notons toutefois que mĂŞme le choix dĂ©criĂ© d’avoir une actrice amĂ©ricaine, aux traits caucasiens (rappelons tout de mĂŞme que mĂŞme dans le manga, le Major n’a pas vraiment de traits asiatiques) vient appuyer le discours du film sur l’utilisation du corps Ă©tranger et la solitude du personnage.

D’ailleurs, en parlant de choix d’actrice, le casting international est assez variable. D’un cĂ´tĂ© Scarlett Johansson semble se perdre et surtout faire le film pour le rĂ´le qui lui permet d’explorer encore une fois l’humanitĂ© de ses personnages non-humais après Under the Skin, Her, Lucy et mĂŞme le second Avengers, ce qui donne une vraie ligne directrice Ă  ses choix. D’un autre cĂ´tĂ© le danois Pilou Asbæk est parfait dans le rĂ´le de Batou et Michael Pitt touchant en bad guy pendant que Takeshi Kinato fait de la figuration inutile et que Juliette Binoche ne sait pas ce qu’elle raconte dans un rĂ´le pourtant plus travaillĂ© de mère conceptrice du Major.

Au final, cette adaptation de Ghost in the Shell n’est pas honteuse comme on aurait pu s’y attendre. Elle est Ă©videmment très loin de l’anime de 95 et sa rĂ©flexion assez light est dĂ©jĂ  datĂ©e comme ses scènes d’actions et son univers ne sont plus inĂ©dits. Cependant, on retrouve enfin un vĂ©ritable univers fabuleusement mis en images et, au milieu des blockbusters amĂ©ricains formatĂ©s, son discours et sa rĂ©flexion font tout de mĂŞme mouche.

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