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Culte du dimanche : la Taverne de la Jamaïque d’Alfred Hitchcock

posté le 03/04/2016 FredP

Carlotta Films continue encore et toujours de ressortir en bluray des films historiques restaurés. Et forcément, quand ils nous sortent un bon vieux Hitchcock, on ne peut qu’être curieux. On parle donc aujourd’hui de la Taverne de la Jamaïque.

Si Alfred Hitchcock a indéniablement réalisé ses plus grands chef d’oeuvre aux Etats-Unis avec une certaine liberté, il ne faut pas oublier qu’il y a tout de même une partie importante de sa carrière qui a été réalisée dans sa Grande-Bretagne native. Et avant de partir aux USA en 1940, il réalise un dernier film british qui représente aussi sa première incursion dans l’univers de l’auteure Daphne Du Maurier dont il adaptera ensuite Rebecca et les Oiseaux. Il s’agit ici de la Taverne de la Jamaïque, premier grand succès de l’écrivaine en 1936.

Pour une fois, l’action n’est pas contemporaine et Hictchcock doit donc voir son récit se dérouler sur les terres sauvages de Cornouailles au début du XIXe siècle, dans un milieu de pirates qui n’hésitent pas à faire s’échouer les navires sur les falaises afin de s’en attribuer le butin. C’est dans ce contexte que la jeune Mary  vient s’installer chez sa tente et son mari, tenancier d’une taverne qui recueille justement ce genre de brigands. A son arrivée, elle sauve la vie d’un jeune malfrat qui a volé une part du butin. Le couple en fuite trouvera refuge chez l’un des aristocrates de la ville qui pourrait bien être lui aussi lié aux pirates.

Evidemment, on retrouve bien les différents thèmes du cinéma d’Alfred Hitchcock avec une héroïne déjà troublée par un événement traumatisant, une machination impliquant de nombreuses personnes, un plan des pirates qui tourne mal à cause d’une femme, une histoire d’amour vouée à ne pas fonctionner et une certaine violence et un certaine sadisme de la part des personnages. Tout est là et le maître du suspense se donne un malin plaisir à orchestrer tout cela dans un cadre sauvage et avec un noir et blanc qui permet de garder tout le mystère de l’intrigue et l’ambiance des Cornouailles.

On peut dire aussi qu’Hitchock maîtrise comme toujours sa caméra en jouant astucieusement avec les décors construits intégralement en studio pour l’occasion. La fuite de Mary et Jem devient ainsi une partie de cache cache plutôt bien menée, d’autant plus que l’actrice Maureen O’Hara est particulièrement convaincante de naturel.

Ce sera par contre moins le cas du grand acteur britannique (et réalisateur du superbe La Nuit du Chasseur) Charles Laughton qui, en tant que producteur du film, n’hésite pas à mettre des bâtons dans les roues du réalisateur et à n’en faire qu’à sa tête, imposant que son personnage apparaisse dès l’ouverture du film, effaçant alors d’emblée le suspense quand à son futur retournement de situation. L’acteur totalement en roue libre donne à son personnage une dimension sadique, imprévisible et grandiloquente intéressante et mais sans grande subtilité, ce qui anéanti rapidement la volonté de perversion sournoise chère à Hitchcock. Le spectateur en retient ainsi une performance machiavélique et folle, impressionnante qui fait oublier tout le reste du film et c’est bien dommage.

Avec une collaboration aussi tumultueuse et un film pas aussi réussi qu’il le souhaitait, c’est sans doute sans grand regret qu’Hitchcock est ensuite parti s’installer aux Etats-Unis réaliser Rebecca. Mais cela ne l’empêchera pas de retravailler avec Laughton des années plus tard sur le Procès Paradine.

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