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Le Dernier Loup, critique

posté le 23/02/2015 FredP

Jean-Jacques Annaud est de retour dans le monde animalier et en Chine pour nous raconter à nouveau un grand récit initiatique à la portée universelle pour parler de liberté avec le Dernier Loup. Un grand et beau moment de cinéma sauvage.

Après l’Ours et les tigres de Deux Frères, Jean-Jacques Annaud confirme encore qu’il aime tourner avec les animaux. Il faut dire que ceux-ci dĂ©voilent parfois d’autres facettes de notre humanitĂ© et en sont une parfaite mĂ©taphore pour dĂ©livrer des messages forts. L’adaptation du Totem du Loup Ă©tait donc Ă©videmment faite pour lui. Roman culte en Chine Ă©crit par Jiang Rong, il est pourtant l’un de ces ouvrages qui contestent l’ordre Ă©tablit et arrivent pourtant Ă  s’infiltrer dans la culture chinoise. Et c’est d’autant plus Ă©tonnant de voir le rĂ©alisateur français Ă  la tĂŞte de cette production sino-française qu’il avait Ă©tĂ© interdit sur le sol chinois depuis qu’il y avait tournĂ© 7 ans au Tibet.

Mais de l’eau a donc coulĂ© sous les ponts pour industrie du cinĂ©ma chinois en plein essor et Jean-Jacques Annaud peut maintenant nous raconter l’histoire de cet Ă©tudiant envoyĂ© en Mongolie pendant la rĂ©volution culturelle pour y Ă©tudier une tribu de bergers et les initier Ă  la civilisation comme l’entendent les autoritĂ©s chinoises. C’est dans ces conditions qu’il va recueillir et Ă©lever un jeune loup, contre l’avis de la tribu et alors que le gouvernement cherche Ă  abatre toutes les bĂŞtes de la rĂ©gion.

Parce qu’il est assez universel et rappel notre proximitĂ© avec la nature, le rĂ©cit initiatique peut sembler assez classique avec ses passages obligĂ©s comme l’Ă©tudiant tombant Ă©videmment amoureux de l’une des femmes de la tribu ou apprenant ce qu’il faut savoir sur la spiritualitĂ© des loups. Cependant, le rĂ©alisateur capture tout cela avec une vĂ©ritable justesse. Ne restant jamais bien longtemps sur les bons sentiments, il va surtout chercher Ă  mettre en avant cette dimension sauvage du loup, nous rappelant qu’il est aussi dangereux qu’indispensable Ă  un Ă©quilibre naturel sans aller dans le pamphlet Ă©colo simpliste.

Avec un sens de la rĂ©alisation parfait pour mettre en valeur les grands espaces offerts par la Mongolie et la Chine ou nous emporter dans une attaque sauvage en pleine nuit, Annaud nous emmène vraiment en voyage au pays du loup. Et si les humains se battent pour survivre, pour garder un certain Ă©quilibre avec la nature, ou pour la piller, le rĂ©alisateur se tourne sans cesse vers ses animaux sauvage pour nous ramener Ă  un peu de spiritualitĂ©. Ici, jamais les loups n’ont Ă©tĂ© aussi fascinants. Annaud capture parfaitement leur aspect mystique pour nous amener Ă  y voir plus que des animaux ou des prĂ©dateurs, de vĂ©ritables gardiens de la nature sauvage que les humains qui cherchent Ă  dompter et qui, devant l’avancĂ©e de l’industrie, se voient salement chassĂ©s de leurs terres.

Le sens du film, contestant alors l’expansion trop sauvage de la Chine et de la civilisation gĂ©rĂ©e par l’Ă©conomie au dĂ©triment de la nature, est alors aussi passionnant que le texte sur les loups amenĂ© avec ce qu’il faut d’Ă©motion. Le Dernier Loup est donc une formidable invitation au voyage, Ă  la dĂ©couverte d’une autre civilisation mais aussi Ă  la dĂ©couverte de notre propre humanitĂ© et relation aux autres et Ă  la nature. Jean-Jacques Annaud nous est bien revenu avec un film formidable qui fait bien plus que nous Ă©vader.

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