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Au Cœur de l’Océan, critique

posté le 07/12/2015 FredP

Ron Howard revient avec une histoire de baleine géante, non pas Moby Dick mais l’un des récits qui en a inspiré l’histoire. Voici donc l’aventure maritime Au Coeur de l’Océan.

C’est après leur collaboration sur Rush que Chris Hemsworth propose au Ron Howard d’adapter le livre In the Heart of the Sea de Nathaniel Philbrick. L’ouvrage raconte l’aventure vraie des marins de l’Essex qui ont eu affaire à une terrible baleine, récit qui a fortement influencé Herman Melville dans l’écriture du cultissime Moby Dick. Bien qu’effrayé par l’eau et malgré défi que cela représente, le réalisateur ne rechigne pas à s’attaquer à une adaptation cinématographique en faisant évidemment de Hemsworth le rôle principal (le début d’une collaboration fructueuse ? on l’espère).

Comme pour mieux lier la légende de Moby Dick et rendre hommage à l’écrivain, le récit commence donc par un Melville venant rendre visite à l’un des survivants de l’Essex afin qu’il lui raconte la terrible aventure vécue. Le principe désamorce alors tout suspense sur le sort du personnage mais donne alors au film la touche d’émotion, une certaine profondeur et un beau classicisme qui fait tout de suite entrer le film dans le témoignage réel. Un sentiment de vérité qui s’accentue dès que l’on entre dans la seconde couche du récit, celle qui s’intéresse donc second capitaine Owen Chase. Tout de suite, on sent la ville vivre de la mer avec une forte attention portée aux détails.

Nous voilà donc suffisamment plongés dans le récit pour partir à l’aventure à bord de l’Essex. Et si les conflits entre le second et son capitaine sentent un peu le réchauffé dans ce genre de film, ils contribuent justement à son classicisme et surtout à une belle évolution dans son final.  A bord du baleinier, il ne faudra pas avoir le mal de mer car Ron Howard s’y montre particulièrement immersif, de l’exaltation lorsque le bateau fonce à vive à l’heure jusqu’à l’impressionnante tempête.

Mais le réalisateur sait que le sujet de la chasse à la baleine peut aussi être une arme à double tranchant, et pour le coup, il touche juste, en devant à la fois transmettre l’enthousiasme de l’équipage lorsqu’ils sont arrivés à abattre une baleine et tout l’horreur que cela représente en même temps. Il ne sont pas traités en héros, il ne font cela que pour l’argent. Alors évidemment, cette cupidité nous donne plus de mal à nous attacher au personnages mais c’est aussi l’un des sujets du film, comme l’est la vengeance et la force de la nature de la baleine qui causera le naufrage de l’Essex. Un naufrage d’ailleurs particulièrement spectaculaire dans lequel le réalisateur ne prend pas parti, montrant à la fois la volonté de survie et de vengeance des personnage et le respect monumental qu’impose l’animal qui ne fait que défendre les siens.

C’est à partir de cette séquence de grand spectacle qu’on est véritablement dans le récit qui s’oriente ensuite dans le récit de survie, l’équipage perdu au milieu de l’océan sans espoir de retour et maigrissant à vue d’oeil. Le récit ose ainsi poser son point spectaculaire en plein milieu et déliter ensuite son histoire vers un fond de plus en plus intime dans lequel les personnages doivent enfin se trouver et se révéler à travers des actes horribles pour survire, ce qui le rend d’autant plus intéressant.

Alors oui, on pourra reprocher au film de ne peut-être pas aller assez loin lorsqu’il aborde la question du cannibalisme alors qu’il nous a montré frontalement le massacre d’une baleine, de même qu’on pourra également lui reprocher certains maquillages et fonds verts un peu trop voyants, ou encore une profondeur et une puissance qui n’égale pas le modèle Moby Dick, mais il faut tout de même reconnaître que Ron Howard nous plonge à merveille dans son histoire et permet à nouveau à Chris Hemsworth d’explorer différentes facettes de son jeu pour en tirer un récit fort sur le courage, la cupidité et le respect que l’homme doit à la nature. Un bon film d’aventure maritime à l’ancienne avec les moyens d’aujourd’hui à bord duquel on peut donc embarquer avec plaisir.

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