Accueil > Comics, Critique Comics > Before Watchmen, à la hauteur du mythe ?

Before Watchmen, à la hauteur du mythe ?

posté le 18/07/2014 FredP

Les 8 tomes consacrés aux différents héros composant les Watchmen sont maintenant sortis, l’occasion de faire un bilan sur cette initiative risquée.

Depuis sa sortie en 1986, le dense et cultissime Watchmen d’Alan Moore est demeuré sans suite ni série dérivée, se vendant très bien tout seul et entretenant sa propre légende à mesure que les années passent et que son auteur devient de plus en plus mystérieux. Suite à la sortie du film de Zack Snyder et aux hausses conséquentes des ventes du pavé qu’il engendre, l’éditeur sent bien qu’il y a surement quelque chose à faire pour profiter de ce succès. Contre l’avis des fans et ignorant les auteurs du volume original qui se désolidarisent complètement de l’entreprise, DC lance donc en 2012 différentes mini-séries en faisant appel à de prestigieux auteurs et dessinateurs, de JM Straczynski à Brian Azzarelo en passant par Darwyn Cooke ou Len Wein.

Comme son nom l’indique, Before Watchmen revient sur le passé des différents personnages qui ont composé ensuite le groupe des Watchmen. Mais avant celà, on commence avec le volume consacré aux Minutemen, le groupe qui a précédé les Watchmen. Ecrit et dessiné par Darwyn Cooke au style délicieusement rétro, il est tout simplement prenant, retrouvant bien l’atmosphère de l’oeuvre originale, dans l’esprit comme dans les planches qui se rapprochent parfois du découpage initial de Dave Gibbons. Si le passé des Minutemen avait été exploré dans l’oeuvre de 86, il est ici mis en image de belle manière avec son lot de révélations supplémentaires qui n’entachent en rien les personnages que nous avons connu. Ce premier volume est donc tout de suite le plus marquant et un parfait complément au récit d’Alan Moore.
Darwyn Cooke a également collaboré à l’écriture du volume dédié au Spectre Soyeux. Nous y découvrons l’adolescence rebelle de Laurie dans une ambiance 60 flower power assez plaisante et bien mise en image par Amanda Conner qui nous offre de belle séquences d’hallucination sous LSD. Si l’aventure est plutôt anecdotique pour créer la personnalité de son héroïne, ce n’en est pas moins plutôt plaisant à lire.

On pouvait s’y attendre vu la constante qualité de l’auteur mais JM Straczynski nous offre évidement certains des chapitres les plus intéressants de la saga. Le premier est une courte saga consacrée au passé de Moloch, l’ancien ennemi des Watchmen et donnant alors un autre point de vue sur les personnages et le plan d’Ozymandias. Une approche différentes qui vaut le coup d’oeil.
Mais il s’intéresse aussi dans un autre volume au Hibou, aidé par le dessin d’Andy Kubert et de son père Joe à l’ancrage. En s’intéressant au plus humain des Watchmen, l’auteur trouve un aspect touchant dans l’histoire sombre qu’il raconte, entre enquête avec Rorschach et relève du Hibou original.
Et il revient également à l’auteur l’honneur de conclure la saga avec Dr Manhattan avec le légendaire Adam Hughes au dessin. Ici, il sera plus question de physique quantique et d’interrogation sur la destinée, les passés et fuurs possibles. Prenant comme principe l’expérience du chat de Schrödinger, l’auteur nous embarque dans la personnalité complexe de Jon Osterman devenu Dr Manhattan et des différentes possibilités de présent selon les actes qu’il aurait accompli à certains moments. Plus complexe, ce volume est également sans doute celui qui restitue le plus l’esprit d’Alan Moore sans le plagier et en y apportant un supplément constructif. C’est certes le moins facile d’accès mais aussi le plus fascinant.

Mais tous les auteurs officiant sur Before Watchmen n’ont pas eu la même inspiration que Darwyn Cooke ou JM Straczynski. Ainsi, Len Wein s’attaque à la biographie d’Ozymandias de façon très linéaire, allant de ses premières expériences à son empire financier. Cela nous permet bien de comprendre toute la portée de son plan depuis tant d’années mais n’apporte pas grand chose de neuf. Heureusement son caractère détaché reste respecté et donne à la bande-dessinée un ton plutôt original qui doit surtout au dessin et au découpage pictural de Jae Lee. Le dessinateur, aidé par son encreur June Chung permettent de donner tout son caractère au personnage et sera un véritable plaisir pour les yeux.

Brian Azzarelo sera quand à lui vraiment le vilain petit canard de la bande avec un volume consacré à Rorschach complètement anecdotique et qui fait vraiment redite avec ce qui est déjà décrit dans l’oeuvre originale de Moore. Racontant une simple enquête de l’anti-héros masqué sans grand intérêt, la mini-série vaut surtout pour l’ambiance sombre instaurée au dessin par Lee Bermejo. L’auteur est aussi au scénario de l’histoire du Comédien. Le plus boderline des Watchmen ici décrit comme un ami de JFK a droit à une histoire remplie de contradictions et sans grand intérêt pour développer le personnage qui se suffisait déjà à lui-même chez Moore. Il n’y avait pas vraiment besoin d’en rajouter un couche.

D’une qualité variable selon les auteurs et les héros qui ont une certaine personnalité, ce Before Watchmen navigue donc entre le passionnant (Minutemen, Dr Manhattan), l’anecdotique (Spectre Soyeux, Hibou, Ozymandias) ou le très dispensable (les volumes d’Azzarelo dont on attendait mieux). Il reste que le Watchmen de Moore n’en sort quoi qu’il arrive aucunement entaché par cette initiative de l’éditeur, heureusement.

publié dans :Comics Critique Comics

  1. Pas encore de commentaire