Mommy, critique

posté le 02/10/2014 FredP

Le jeune prodige quĂ©bĂ©cois Xavier Dolan est dĂ©jĂ  de retour pour son 5e film en 5 ans : Mommy. AurĂ©olĂ© d’un prix du jury Ă  Cannes, il s’agit assurĂ©ment du coup de cĹ“ur tourbillonnant de l’automne.

Lorsqu’il Ă©tait venu prĂ©senter Laurence Anyways Ă  Cannes, Xavier Dolan paraissait assez arrogant et tĂŞte Ă  claque. Mais il faut bien admettre que le bougre a du talent et avec son nouveau film, Mommy, il va le montrer de bout en bout. Il s’en est fallu de peut pour qu’il dĂ©croche la Palme d’Or mais il a dĂ©jĂ  dĂ©crochĂ© la palme des cĹ“urs tant le public et les critiques semblaient unanimes la sortie. Il faut dire qu’avec maintenant cinq films au compteur, Dolan maĂ®trise parfaitement son style tout en bĂ©nĂ©ficiant de l’insolence, l’audace et la rage de sa jeunesse, ce qui se retrouve ici Ă  l’Ă©cran Ă  travers le personnage de Steve.

Auteur complet, dans Mommy, Xavier Dolan s’intĂ©resse Ă  un trio de personnages qui vont former, Ă  leur manière, une famille pas comme les autres. Die est veuve et rĂ©cupère la garde de son fils au tempĂ©rament impulsif et violent, difficilement gĂ©rable. Dans les galère du quotidien pour payer le loyer, il vont trouver l’aide de la voisine d’en face qui, elle aussi traverse une pĂ©riode difficile. Tous les trois vont donc apprendre Ă  se connaitre et trouver un certain Ă©quilibre et pourquoi pas l’espoir d’une vie meilleure.

Dès le dĂ©but du film, Xavier Dolan perturbe notre vision habituelle du cinĂ©ma avec le choix d’un cadrage serrĂ© au format carrĂ© qui va prendre tout son sens pendant tout le film. Alors qu’il faudra s’habituer au quĂ©bĂ©cois et Ă  l’hystĂ©rie des personnage, nous voilĂ  donc dans un cadre serrĂ©, intime, avec eux. Un cadrage qui peut faire autant penser aux pochettes de disque qu’Ă  des polaroid et donc qui nous font vraiment entrer dans l’album de photos privĂ©es de cette famille. Ce format a donc tout son sens, loin du gadget, et prend mĂŞme de l’ampleur lorsqu’il s’Ă©largit dans les sĂ©quences les plus libĂ©ratrices, donnant un souffle d’air entre les troubles.

Mais le film ne se rĂ©sume heureusement pas Ă  ce cadre auquel on s’habitue assez vite. En effet, Dolan plonge tout de suite dans le quotidien de ses personnages qui n’ont que des failles, qui nous Ă©nervent parfois mais auxquels on s’attache car ils sont tout simplement naturels, sans faussetĂ©. L’auteur manie autant l’humour que l’Ă©motion et nous emporte dans l’histoire de cette famille recomposĂ©e, avec ses hauts et ses bas, ses joies et ses peines que l’on partage vraiment avec eux, redoutant toujours le pire.

Il faut dire qu’il peut aussi s’appuyer sur des comĂ©diens exceptionnels. Anne Dorval en mère cĂ©libataire Ă  la dĂ©rive est un personnage complexe que l’on a envie d’aider tandis que Suzanne ClĂ©ment en femme effacĂ©e va prendre petit Ă  petit de l’importance dans la vie du couple mère-fils. Mais celui qui va emporter tous les suffrages est incontestablement le jeune Antoine-Oliver Pilon qui, du haut de ses 17 ans, campe le sympathique mais caractĂ©riel Steve. Passant du rire aux larme, de la colère brute Ă  la tendresse infinie, changement d’humeur comme de chemise, son personnage est un vrai dĂ©fi qu’il rempli haut la main.

Avec une rĂ©alisation aussi brute que poĂ©tique, souvent mĂ©lancolique avec sa BO pop sortie des 90′s et des acteurs Ă  fleur de peau, sans jamais tomber dans le mĂ©lo, Xavier Dolan nous entraĂ®ne donc dans une tornade d’Ă©motions, naturelle et audacieuse, comme on n’en ressent peu au cinĂ©ma et qui passe incroyablement vite pour un film de plus de 2h. Un vĂ©ritable coup de cĹ“ur d’une puissance rare jusqu’Ă  la dernière image.

publié dans :Cinéma Coup de Coeur Critiques ciné

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