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Culte du dimanche : Tesis d’Alejandro Amenabar

posté le 22/06/2014

A l’occasion de sa sortie en bluray 18 ans apr√®s avoir fait sensation sur les √©crans espagnols, retournons dans l’horreur de la fac de cin√© du premier film d’Alejandro Amenabar : Tesis.

Alors qu’aux Etats-Unis Scream renouvelle le slasher en 1996, l’Espagne a aussi droit √† sa petite r√©volution cin√©matographique quand sort au m√™me moment Tesis. Cela pourrait para√ģtre anecdotique mais avec le recul que l’on a aujourd’hui, on peut se dire que le film √©tait le pr√©curseur de beaucoup de choses pour le genre. Pourtant √† l’√©poque, le jeune Alejandro Amenabar n’√©tait pas le plus studieux des √©l√®ves de sa fac de cin√© mais il s’est exerc√© avec soin sur deux courts-m√©trages avant de s’attaquer avec peut de moyens √† son premier long qui poursuit les th√®mes de son essai Himen√≥ptero.

Dans Tesis, il plonge une jeune √©tudiante en cin√©ma, en pleine th√®se sur la violence des images, dans une affaire de snuff movie (des films de torture o√Ļ tout ce qu’il se passe √† l’√©cran est r√©el) qui aurait commenc√© il y a quelques ann√©es dans sa fac. Apr√®s la mort de son tuteur de th√®se, elle va comprendre que, plus elle avance dans l’enqu√™te, plus elle prend des risques.

Evidemment, Tesis peut se regarder comme un simple thriller plut√īt efficace pour un premier film. Certes il a encore des d√©fauts dans la direction d’acteurs ou la composition de certains cadres, sans oublier une musique maintenant un peu dat√©e (et le r√©alisateur admet lui-m√™me ces d√©fauts), mais l’histoire forc√©ment influenc√©e par Hitchcock et De Palma est tout de m√™me int√©ressante √† suivre avec un suspense qui ne fait que grandir, des s√©quences tr√®s efficaces (comme ce couloir plong√© dans le noir) et le final bourr√© de coups de th√©√Ętre trouve la parfaite conclusion √† son histoire macabre.

Pourtant, avec Tesis, Alejandro Amenabar aborde, peut-√™tre m√™me inconsciemment d’autres th√®mes. Ainsi on y retrouve la figure de la mort qui le poursuivra pendant ses films suivants (que ce soit a mort virtuelle d’Ouvre les Yeux, l’apr√®s-mort de Les Autres, la mort proche de Mar Adentro ou encore les questionnements philosophiques de Agora). Mais Tesis permet d’une certaine mani√®re au r√©alisateur de faire un point sur ses ann√©es de fac qu’il venait de vivre tout en critiquant la violence au cin√©ma ou √† l’√©cran d’une mani√®re g√©n√©rale, notre obsession pour les images insoutenables qu’on ne peut s’emp√™cher de regarder et proposant alors une nouvelle alternative pour montrer que l’Espagne peut avoir de bons films de genre destin√© √† un public plut√īt large.

Et le public espagnol ne s’y est pas tromp√©, faisant de Tesis un v√©ritable succ√®s dans les salles catalanes puis dans les diff√©rents festivals auxquels il participera. Il faut dire que le film r√©ussit √† bien poser son ambiance et son myst√®re tout en s’inscrivant parfaitement dans son √©poque des 90’s et des questionnements √©tudiants d’alors. Les critiques seront aussi au rendez-vous et la cons√©cration viendra m√™me des Goyas (les C√©sar espagnols) qui r√©compenseront le film √† 7 reprises (dont meilleur film, nouveau r√©alisateur et sc√©nario original). Des Goyas qui n’h√©sitent donc jamais √† r√©compenser des films de genre. Alors non content d’avoir r√©v√©l√© Eduardo Noriega, le r√©alisateur Alejandro Amenabar peut vraiment envisager¬†sereinement¬†sa carri√®re qui s’exportera m√™me √† l’international tout en restant proche de ses origines espagnoles (Les Autres et Mar Adentro seront aussi r√©compens√©s au Goyas).

Plus qu’une reconnaissance et une incitation personnelle √† continuer, le succ√®s de Tesis conjugu√© √† l’√©closion de la carri√®re de son compatriote Alex de la Iglesia vont permettre de voir quelques ann√©es plus tard l’√©mergence d’une v√©ritable nouvelle vague de r√©alisateurs talentueux qui vont redonner au cin√©ma de genre espagnol ses lettre de noblesse, en faisant l’un des plus passionnants √† suivre. Ainsi Alejandro Amenabar a trac√© le chemin de Juan Antonio Bayona, Jaume Balaguero, Paco Plaza et autres Juan Carlos Fresnadillo … on r√™verait bien qu’il se passe la m√™me culture du cin√©ma de genre grand public et aussi exigent en France.

publié dans :Cinéma Culte du dimanche

  1. Boyan
    23/06/2014 à 22:03 | #1

    Merci pour cette critique ! Je suis totalement d’accord, pas le meilleur de Amenabar mais un de ses majeurs avec notamment Ouvre Les Yeux.

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