Accueil > Cinéma, Culte du dimanche > Culte du dimanche : les Temps Modernes

Culte du dimanche : les Temps Modernes

posté le 05/01/2014 FredP

Pour entamer cette nouvelle annĂ©e de « culte du dimanche» , il Ă©tait indispensable de remonter dans le temps et de s’intĂ©resser Ă  un vĂ©ritable classique, une comĂ©die aussi drĂ´le que satirique de Charlie Chaplin : les Temps Modernes.

Dans les annĂ©es 30, alors que la crise de 29 a fait des ravages aux États-Unis, Charlie Chaplin et son personnage phare, Charlot, rencontrent encore un vĂ©ritable succès auprès du public et des critiques avec Les Lumières de la Ville et ce n’est pas l’arrivĂ©e du cinĂ©ma parlant qui change la magie qu’a l’acteur-rĂ©alisateur pour offrir des films toujours drĂ´les mais aussi de plus en plus mĂ©lodramatiques et parlant de la sociĂ©tĂ©. Ainsi, en 1936, les Temps Modernes va marquer une Ă©tape cruciale pour Chaplin tout en offrant un nouveau film marquant.

Le film met donc Ă  nouveau en scène le personnage de Charlot, travailleur effrĂ©nĂ© dans une usine. Mais le travail Ă  la chaĂ®ne va le rendre fou et il finira Ă  l’hĂ´pital. En en sortant, il se rend compte qu’il est maintenant difficile de trouver du travail et en mĂŞme temps, il rencontre une vagabonde avec qui partager sa vie tout en cherchant Ă  retourner en prison, en sĂ©curitĂ©.

Dès ses premières scènes, Les Temps Modernes se montre très critique vis Ă  vis de la sociĂ©tĂ©, montrant bien toute la folie et dĂ©pression que peut provoquer le travail Ă  la chaĂ®ne. AvalĂ©s par ce mĂ©canisme impitoyable, les travailleurs sont anĂ©antis et le meilleur moyen de l’illustrer est bien le ridicule du burlesque. Chaplin rĂ©ussi Ă  merveille Ă  rendre compte de cette situation mais va Ă©largir son thème en parlant Ă©galement du chĂ´mage, de la pauvretĂ©, de la consommation, rendant alors le film complètement liĂ© Ă  son Ă©poque et rĂ©sonnant encore Ă  chaque crise que nous connaissons. Le film navigue ainsi aisĂ©ment entre gags burlesques très drĂ´les et en mĂŞme temps un vrai sens des rĂ©alitĂ©s confĂ©rant au film une vĂ©ritable consistance mĂ©lodramatique derrière le rire de surface.

Mais Les Temps Modernes est aussi le dernier film dans lequel le rĂ©alisateur fait apparaitre son personnage fĂ©tiche de Charlot, signe que les temps vont changer pour le cinĂ©ma et Chaplin, comme une Ĺ“uvre de transition. Car si il est muet pendant tout le film, Charlot va bien devoir se mettre Ă  parler. Cela est amenĂ© avec un vĂ©ritable savoir-faire et est emprunt d’un vĂ©ritable sens.
En effet, Chaplin n’est pas vraiment un partisan de la parole au cinĂ©ma et prĂ©fère faire passer ses messages par la poĂ©sie des images et des gags de son personnage. Il va donc faire chanter Ă  son personnage une chanson Ă©trange dont les paroles faites d’italien et de français n’ont aucun sens mais qui amuse tout de mĂŞme la galerie. Un pied de nez au cinĂ©ma parlant comme pour dire que la parole ne fait pas tout et qu’il prĂ©fère s’en moquer, et ce seront presque les derniers mots de Charlot, icĂ´ne du cinĂ©ma muet. Tout un sens !

Avec les Temps Modernes, Chaplin trouve donc le moyen de provoquer autant le rire que les larmes mais se montre plus que jamais engagĂ© auprès de la classe ouvrière mais aussi dans sa vision du cinĂ©ma. Et ce n’est que le premier pas avant son premier film rĂ©ellement parlant oĂą chaque parole sera encore judicieusement utilisĂ©e et engagĂ©e, le Dictateur. C’est donc une Ĺ“uvre Ă©minemment personnelle et en mĂŞme temps universelle et intemporelle qui nous est offerte, pour la grande et belle histoire du cinĂ©ma.

publié dans :Cinéma Culte du dimanche

  1. Pas encore de commentaire