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Culte du dimanche : le Canardeur de Michael Cimino

posté le 23/11/2014 FredP

Après La Porte du Paradis et Voyage au Bout de l’Enfer, Carlotta continue de restaurer et ressortir les premiers (grands) films de Michael Cimino. Et c’est justement son premier film dans lequel tout son cinĂ©ma est dĂ©jĂ  bien prĂ©sent qui en a aujourd’hui les honneurs : Le Canardeur.

RepĂ©rĂ© avec le scĂ©nario de Silent Running puis sur celui du deuxième volet de l’Inspecteur Harry, Magnum Force, en collaboration avec John Milius, Michael Cimino a alors tout l’intĂ©rĂŞt de Clint Eastwood qui lui fait pleinement confiance lorsqu’il se met Ă  Ă©crire et rĂ©aliser son premier long-mĂ©trage en 1974. IntitulĂ© Le Canardeur (Thunderbolt and Lightfoot en VO), celui-ci raconte comment un braqueur de banque et un jeune dĂ©linquant se lient d’amitiĂ© et parcourent l’AmĂ©rique rurale Ă  la recherche d’un magot qui a Ă©tĂ© bien cachĂ©. Evidemment ils ne sont pas les seuls sur le coup.

Dès le gĂ©nĂ©rique de dĂ©but, tout le cinĂ©ma de Cimino est lĂ . Une allure de western avec ses paysages grandioses magnifiĂ©s par une camĂ©ra souvent Ă  auteur d’homme, un aspect naturel qui ne fera que faire ressortir la brutalitĂ© et la presque vulgaritĂ© de certains personnages au milieu du rĂŞve amĂ©ricain. On s’intĂ©resse d’emblĂ©e Ă  l’AmĂ©rique campagnarde et Ă  des hommes un peu en marge de la sociĂ©tĂ© et en plus le rĂ©alisateur joue avec les apparences pour dĂ©sacraliser certaines figures. Ainsi, si dans les premières images Clint Eastwood un costume de pasteur, c’est pour mieux rĂ©vĂ©ler plus tard sa vĂ©ritable identitĂ© de truand, tout comme Jeff Bridges fait semblant d’avoir une jambe de bois pour arnaquer un vendeur de voitures d’occasion.

Le film commence ainsi en se basant sur des mensonges qui dĂ©truisent Ă  la fois l’AmĂ©rique puritaine et la jeunesse et il en sera ainsi tout au long du film (Bridges se travestissant mĂŞme au milieu du film pour mener Ă  bien un coup montĂ©), dĂ©montant petit Ă  petit le rĂŞve amĂ©ricain. Ici les villes ne sont pas montrĂ©es, les autoritĂ©s absentes, comme si il n’y avait presque que la loi des truands et que les règles des westerns s’appliquait toujours, mĂŞme dans ce qui est ici un film de braquage et un road-movie, faisant alors de l’univers de Cimino quelque chose d’immĂ©diatement identifiable.

Mais en plus d’un portrait peu glorieux de l’AmĂ©rique en perdition des annĂ©es 70, le rĂ©alisateur s’intĂ©resse surtout Ă  ses personnages, Thunderbolt et Lightfoot, presque jamais nommĂ© par leurs vĂ©ritables prĂ©noms, toujours en marge de la sociĂ©tĂ©. Leur relation amicale est bien menĂ©e, le plus jeune rendant ses annĂ©es au plus âgĂ©. Et si on aurait pu s’attendre Ă  un semblant de relation père-fils ou maĂ®tre-apprenti, c’est presque d’une bromance qu’il est plutĂ´t question Ă  mesure que l’histoire s’avance. D’ailleurs, on peut noter que la superstar Clint Eastwood se fait presque voler la vedette par le jeu Jeff Bridges plein d’entrain et de bagou .

Le Canardeur est ainsi un premier film qui dĂ©gage toute la personnalitĂ© d’un rĂ©alisateur qui n’aura pour but que de montrer toute la face sombre de l’AmĂ©rique et du mensonge qui l’entoure avec dĂ©jĂ  une rĂ©elle maĂ®trise de l’Ă©criture de ses personnages humains reprĂ©sentatifs de la middle class dĂ©sespĂ©rĂ©e et de la mise en scène grandiose. Le film connait alors un joli succès d’estime qui sera ensuite confirmĂ© et transformĂ© par Voyage au bout de l’Enfer !

publié dans :Cinéma Culte du dimanche

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