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Zero Dark Thirty, critique

posté le 28/01/2013

Katryn Bigelow nous entraine avec Zero Dark Thirty dans une chasse Ă  l’homme Ă  couper le souffle mais aussi dans une exploration passionnante des rouages de la CIA et d’une AmĂ©rique en quĂŞte de vengeance.

Après ses oscars pour DĂ©mineurs, Kartyn Bigelow continue d’explorer les dessous de la guerre contre le terrorisme au Moyen-Orient. Et si elle avait bien Ă©tudiĂ© le sujet des soldats et de leur dĂ©pendance Ă  la guerre avec une tension incroyable, avec Zero Dark Thirty, elle poursuit sur cette voie mais en s’intĂ©ressant plus particulièrement Ă  la CIA. Ainsi, le film va suivre les 10 annĂ©es d’enquĂŞte pour retrouver Oussama Ben Laden Ă  travers le regard de Maya, agent de la CIA obsĂ©dĂ©e par l’idĂ©e de capturer celui qui a causĂ© la mort de milliers d’amĂ©ricains.

Incroyablement documentĂ©e, la rĂ©alisatrice nous montre ainsi sur 10 ans l’Ă©volution de l’enquĂŞte et des mĂ©thodes, Ă©tablissant un constat de ce qu’il s’est passĂ© avec un style quasi documentaire plutĂ´t immersif. Si le parti pris de sauter d’une Ă©poque Ă  l’autre dans la première partie est plutĂ´t dĂ©stabilisant au dĂ©but, cela nous fait bien prendre conscience que le temps s’Ă©coule et que le dossier est particulièrement complexe. Et elle ne va pas passer Ă  travers les zones d’ombre, montrant que l’AmĂ©rique a utilisĂ© la torture pour obtenir des informations et que le danger sur place est bien rĂ©el. Sans jamais prendre parti et avec un vrai recul, Katryn Bigelow nous immerge complètement dans cette enquĂŞte d’oĂą Ă©merge une certaine tension.

Plus un rĂ©cit d’espionnage incroyablement maitrisĂ© et au plus proche de la rĂ©alitĂ© qu’un film d’action, Zero Dark Thirty nous plonge dans une ambiance paranoĂŻaque contre un ennemi invisible et rĂ©alise un travail de fourmi pour reconstituer les Ă©vĂ©nements et Ă©tudier le fonctionnement de la CIA Ă  un tel point que l’on commence Ă  se demander ce qui relève de la fiction ou du documentaire, d’autant plus qu’il tente de s’affranchir de toute rĂ©cupĂ©ration politique pour mieux laisser le spectateur se poser les bonnes questions sur l’Ă©thique Ă  adopter dans cette traque.

Mais Katryn Bigelow ne va pas s’arrĂŞter Ă  l’enquĂŞte et va aller au bout de sa chasse Ă  l’homme. On savait que le scĂ©nario avait Ă©tĂ© remaniĂ© Ă  la dernière minute suite Ă  la mort de Ben Laden pour y intĂ©grer cet Ă©vĂ©nement et cela se fait très naturellement dans l’histoire. MĂŞme mieux, tout ce qui est racontĂ© dans le film nous mène irrĂ©mĂ©diablement vers l’assaut de la maison dans laquelle s’Ă©tait rĂ©fugiĂ© le chef terroriste et la rĂ©alisatrice en fait alors un moment de tension Ă  couper le souffle, nous accrochant aux cotĂ©s des soldats franchissant les diffĂ©rentes portes avant d’atteindre leur but et relâcher une tension de manière libĂ©ratrice.

Mais Ă  cĂ´tĂ© de ces Ă©vĂ©nements, Katryn Bigelow n’oublie pas pour autant le cĂ´tĂ© humain et dresse le portrait d’une femme hors du commun. Car Maya, l’agent de la CIA incarnĂ©e avec toute la fragilitĂ© et la force de Jessica Chastain, est aussi une certaine incarnation de l’AmĂ©rique cherchant Ă  tout prix Ă  venger ses morts. Innocente au dĂ©but du film, peu Ă  l’aise avec la tortue, elle va apprendre pendant ces 10 annĂ©es Ă  utiliser tous les moyens Ă  sa disposition pour atteindre son objectif et va prendre de l’assurance au point de dĂ©fier sa hiĂ©rarchie. Elle est tellement dĂ©terminĂ©e que nous ne la verrons que sous son visage d’agent, ignorant totalement sa vie privĂ©e. L’actrice confirme alors encore tout son talent et brille par sa force de caractère au milieu de ces seconds rĂ´les masculins plus clichĂ©s.

Avec Zero Darky Thirty, Katryn Bigelow va donc encore plus loin qu’avec DĂ©mineurs et rĂ©alise le film catharsis pour une AmĂ©rique qui cherche encore et toujours un coupable mais au delĂ  de la rĂ©flexion qu’elle impose, elle livre aussi un rĂ©cit d’espionnage et d’action d’une efficacitĂ© redoutable autant qu’un portrait de femme passionnant. TĂ©moin controversĂ© car prenant un recul exemplaire sur les Ă©vĂ©nements et mĂ©thodes de l’AmĂ©rique, il n’en finira donc pas d’ĂŞtre Ă©tudiĂ© autant pour sa forme que pour son discours.

publié dans :Cinéma Critiques ciné

  1. 01/02/2013 Ă  18:47 | #1

    Excellent film, passant de la routine des espions loin des canons hollywoodiens habituels jusqu’Ă  cet assaut qui ne manque pas de suspense… 3/4