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The Grandmaster, critique

posté le 04/04/2013

Wong Kar Wai revient avec sa fresque tant attendue sur le kung-fu et Ip Man. Évidemment the Grandmaster est passionnant et sublime.

Si nous ne le connaissons dans nos contrĂ©es que pour avoir Ă©tĂ© le mentor de Bruce Lee, Ip Man est une institution, mĂŞme une vĂ©ritable lĂ©gende Ă  Hong Kong, l’une des grandes figures du Kung-Fu autant qu’un homme qui a changĂ© les choses, Ă  son Ă©chelle, dans une pĂ©riode troublĂ©e de la Chine. Il Ă©tait donc normal que le tout aussi perfectionniste Wong Kar Wai s’y attaque dans un film Ă  la hauteur de la lĂ©gende.

Il en aura fallu du temps avant de voir enfin the Grandmaster arriver sur les Ă©crans. Tournage Ă  rallonge pour un film qui prenait forme Ă  chaque nouvelle idĂ©e du rĂ©alisateur que l’on sait adepte de l’improvisation tant dans sa direction d’acteur que dans son Ă©criture, jusqu’Ă  son montage (mais une improvisation toujours Ă©tudiĂ©e). Mais nous voici maintenant enfin devant son interprĂ©tation du mythe de Ip Man et plus largement devant une vĂ©ritable fresque intimiste aux destins croisĂ©s.

Car avant d’ĂŞtre un film de Kung-Fu, the Grandmaster raconte d’abord la vie de plusieurs maitres des arts martiaux qui vont se croiser des annĂ©es 30 aux annĂ©es 50. Une pĂ©riode charnière pour la chine entre rĂ©volutions et invasion. Une pĂ©riode aussi importante pour le kung-fu qui voit alors son essor avec l’ouverture d’Ă©coles Ă  tour de bras puis son dĂ©clin progressif. Au milieu de tout cela, Ip Man et ses confrères, alliĂ©s ou ennemis selon les instants, tentent dĂ©sespĂ©rĂ©ment de trouver leur place.

Si le rĂ©alisateur donne Ă  son rĂ©cit l’ampleur d’une fresque, la grande histoire ne sert pourtant que de dĂ©cor et c’est bien l’atmosphère intimiste qui prĂ©domine pour nous rapprocher de ces personnages qui vont et viennent dans le recit, dont les destins se croisent, se frĂ´lent et se murmurent. Un amour perdu, une vengeance personnelle, un but Ă  atteindre pour l’art du kung-fu, chacun Ă  une raison de se battre Ă  un instant donnĂ© tout cela est ici racontĂ© de manière passionnante et intrigante.

Fidèle Ă  lui-mĂŞme, Wong Kar Wai narre son histoire de façon dĂ©cousue, parfois confuse, multipliant les ellipses si bien qu’il est facile de se perdre au milieu des conflits et des personnages, en particulier si l’on n’est pas adepte du genre et de l’histoire de Chine. Mais ces Ă©llipses sont aussi la force du film et lui rend permet d’entretenir le mystère autour des personnages dans un temps suspendu.

Dans tout cela, il ne faudrait pas oublier que the Grandmaster est aussi un film sur la lĂ©gende du kung-fu et il se devait donc d’avoir des scènes de combat Ă  la hauteur. Si on avait l’habitude de voir Wong Kar Wai dans des rĂ©cits intimistes, les combats qu’il nous offre ici le sont tout autant. En effet, chaque lutte est un pas dans le rĂ©cit et a quelque chose de prĂ©cis Ă  raconter. Loin de chercher Ă  impressionner par leur technique (mĂŞme si celle-ci est remarquable), les combats puisent leur force dans l’Ă©motion qu’ils engendrent. A la fois nostalgique d’un temps perdu oĂą les arts-martiaux faisaient leur loi, le rĂ©alisateur leur offre un ballet d’adieu sublime. Si le combat d’ouverture de Tony Leung (imperturbable retenue dĂ©gageant une force intĂ©rieure impressionnante) sous la pluie est Ă©videmment attendu, c’est celui qui verra Zhang Ziyi se battre pour son hĂ©ritage sur le quai d’une gare qui se rĂ©vèle certainement ĂŞtre le plus beau combat vu au cinĂ©ma.

Car en plus d’ĂŞtre passionnant, the Grandmaster est aussi d’une beautĂ© Ă©poustouflante, nous perdant dans les couleurs chaudes d’un contexte intimiste autant que dans le froid glacial lorsque l’histoire devient plus dure. Tout cela avec une science du cadre parfait Ă©pousant les mouvements des personnages comme dans un ballet Ă©clairĂ© par la lumière Ă©vanescente de Philippe Le Sourd, proposant alors les plus belles images qu’on ait pu voir au cinĂ©ma depuis longtemps, appuyĂ©es par une musique qui ne fait que souligner l’ampleur de ce rĂ©cit intime Ă  la manière d’Ennio Morricone illustrant les images d’Il Ă©tait une fois en AmĂ©rique.

Avec the Grandmaster, Wong Kar Wai dĂ©passe donc largement les frontières du film de kung-fu et du biopic pour nous offrir une splendide fresque intimiste sur des personnages passionnants trouvant leur raison d’ĂŞtre dans un contexte historique en perte de repères pendant un temps suspendu. Le plus bel hommage rendu aux arts martiaux.

publié dans :Cinéma Critiques ciné

  1. Le Boucher
    18/04/2013 Ă  09:03 | #1

    PressĂ© de le voir ce film, vous nous mettez l’eau Ă  la bouche, vite ma serviette !