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Holy Motors, critique

posté le 29/05/2012

Holy Motors critique

Véritable OVNI de la compétition cannoise, Holy Motors de Leos Carax est un film protéiforme qui ne se laissera pas facilement apprivoiser. Mais il a cette capacité de créer chez le spectateur une fascination et une réflexion assez inattendue.

Un homme dans une limousine parcourt Paris pour effectuer d’√©tranges missions. Tour √† tour mandiante, monstre fou errant dans les cimeti√®res, enferm√© dans une √©trange combinaison, p√®re de famille, mourant, mais aussi homme normal, il erre √† la recherche d’un but que l’on ne saisit pas vraiment et que lui m√™me semble ignorer dans le chaos qui r√®gne. Compos√© de segments distincts qui emporteront plus ou moins l’adh√©sion, mais se rejoindront dans une m√™me r√©flexion autour de l’art, de l’avenir du cin√©ma et du m√©tier d’acteur (cela pour les messages les plus limpides), Holy Motors tire toute sa force de sa foultitude d’id√©es, des plus absurdes aux plus belles.

Ainsi, les premi√®res parties se montreront particuli√®rement √©tranges, entre √©rotisme bas de gamme et d√©gout, mais d√©livrent une r√©flexion √©trange sur l’art, les apparences et l’attraction (culminant avec la motion capture ou cette √©trange relation entre la belle Eva Mendes et la b√™te). Mais plus nous avancerons dans le film, plus nous serons absorb√©s et fascin√©s. Apr√®s un entracte sublime √† l’accord√©on dans une √©glise et une r√©flexion touchante culminant par une magnifique interpr√©tation de Kylie Minogue (qui se r√©v√®le comme une v√©ritable actrice √† potentiel dramatique). Puis le film se terminera sur des images d’une absurdit√© apparente qui posent pourtant de nouvelles questions sur notre place et notre avenir.

Holy Motors Denis Lavant

D’une audace sans limites mais avec un style tr√®s ferm√© et affirm√©, Carax multiplie les pistes d’interpr√©tation selon les histoires et les instants et demande un v√©ritable travail d’immersion du spectateur. Mais il le fait avec une mise en sc√®ne √©trange et complexe, qui ne sera pas sans √©voquer Lynch, s’adaptant √† chaque histoire qu’il d√©veloppe tout en y apportant une coh√©rence. Il nous offre ainsi certaines des images tout simplement fascinantes o√Ļ chaque chose a finalement un sens.

Mais Carax fait aussi preuve d’une formidable direction d’acteur et offre √† Denis Lavant un r√īle multiple d’une √©norme complexit√© dont il se sort royalement en y apportant une humanit√© d√©sesp√©r√©e quand √† sa condition et sa profession qu’il ne reconna√ģt plus, cherchant le contact humain au milieu d’un monde en apparence uniformis√© mais qui cache bien des malaises.

A la fois ovni et Ňďuvre somme, film √©trange et barr√© et intense r√©flexion personnelle et artistique, film d√©sesp√©r√© et absurde, Holy Motors ne fait que s’entre apercevoir √† la premi√®re vision pour y revenir ensuite avec toujours plus de fascination pour ses th√®mes et les images marquantes qui y sont propos√©es. A ce titre, il est sans conteste le long m√©trage le plus os√© et int√©ressant du Festival de Cannes qui a le potentiel de devenir culte de mani√®re underground.

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