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Detachment, critique

posté le 27/01/2012

On savait que le monde de l’√©ducation allait plut√īt mal. Tony Kaye enfonce le clou avec un Detachment o√Ļ¬† Adrien Brody se montre plus d√©pr√©ssif que jamais.

Il aura fallu plus d’une dizaine d’ann√©es pour que Tony Kaye revienne au cin√©ma. Apr√®s American History X, le r√©alisateur engag√© s’est plut√īt illustr√© sur des documentaires sur des sujets difficiles comme le racisme, la drogue ou, l’avortement. Mais il √©tait naturel pour l’ex-clippeur de revenir sur un long m√©trage. Avec Detachment il allie finalement toutes ses influences : un sujet fort avec des t√©moignages qui seraient tout droit sortis de documentaires, le tout adoptant parfois une esth√©tique appuy√©e.

Nous allons donc suivre ici le quotidien d’un prof rempla√ßant dans une √©cole o√Ļ les √©l√®ves sont plut√īt difficile. Si le pitch fait √©videmment tout de suite penser √† Esprits Rebelles (vous vous rappelez, le film des 90’s bourr√© de clich√©s sur l’enseignement qui se terminait avec un happy end sur fond de Coolio), il n’en sera rien. Le ton n’est d√©finitivement pas le m√™me. Kaye fait ici un constat difficile, celui d’une jeunesse laiss√©e √† l’abandon par les adultes (parents et enseignants confondus), de profs qui ne sont plus soutenus par l’administration, bref, d’une √©ducation √† la d√©rive dans un pays qui va mal.

√Čvidemment, sur le papier, cela s’annonce passionnant. Nous d√©couvrons √† travers Adrien Brody tout un syst√®me √©ducatif qui ne fonctionne pas et n’arrive pas √† s’adapter aux nouveau comportements. Le souci, c’est que Detachment aligne les constats mais ne va jamais chercher plus loin, comme si il n’y avait aucune solution. Dans Detachment, les personnages restent tous dans une position attentiste et ne vont jamais ne serait-ce qu’essayer de faire bouger les choses pour √ßa aille mieux √† leur propre √©chelle. Profond√©ment pessimiste, aucune lueur d’espoir n’est ici propos√©e. On se demande alors bien quelle est l’utilit√© de constater tous les d√©fauts du syst√®me si c’est pour ne pr√©senter aucune solution, la seule √©tant apparemment de baisser les bras.

Ce message profond√©ment d√©faitiste est en plus appuy√© par un style faussement ind√© √† base de t√©moignages qui ne font qu’appuyer encore sur la plaie d’un Adrien Brody qui se montre encore plus d√©pressif qu’√† l’habitude. L’acteur ne fait encore ici preuve d’aucune subtilit√©, trainant sa maigre silhouette triste sous les feuille volantes dans les couloirs vides de l’√©cole, encore et encore. Trop d’intensit√© tue l’intensit√© et Brody, comme la mise en sc√®ne de Kaye ont visiblement du mal √† se retenir.

On ne pourra donc pas reprocher √† Detachment de ne pas montrer le syst√®me avec complaisance. Au contraire, Tony Kaye en montre tous les travers mais cette mani√®re de le faire, de constater les choses sans apporter plus de r√©flexion refl√®te une attitude attentiste exasp√©rante. Alors oui, on ne ressortira pas en sautillant de Detachement, non pas parce que le film est d√©pressif et sans espoir, mais bien parce qu’il montre ici des personnes qui ne feront jamais rien pour y rem√©dier, pr√©f√©rant fuir les probl√®mes au lieu de les affronter.

publié dans :Cinéma Critiques ciné

  1. Guesdon
    13/02/2012 à 22:43 | #1

    Pourquoi vouloir que ce film propose des solutions ? Vous en avez, vous ? Si j’ai bien compris, si on n’est pas des battants (qui gagnent ) on n’a pas le droit de cr√©er ?
    On n’a pas non plus le droit de porter son mal de vivre en bandouli√®re ?
    Un film n’est pas un tract syndical ! (il n’y a jamais de solution de toute fa√ßon dans un tract)
    Je milite pour quze les d√©pressifs aient le droit d’appara√ģtre dans un film !

  2. FredP
    13/02/2012 à 23:21 | #2

    @Guesdon Que le film ne propose pas de solution, c’est un parti pris et, en effet, c’est un sujet assez difficile pour ne pas proposer n’importe quoi … mais pour ce qui est des personnages, ils peuvent √™tre d√©pressif ou √©chouer, mais les fait qu’ils n’√©voluent pas d’un iota sur toute la dur√©e du film et ne fassent que se plaindre est assez contraire √† ma philosophie. Il s’agit bien d’un rapport personnel au film et √©videmment, on n’y adh√®re ou non suivant sa sensibilit√©.

  3. sylvia
    19/02/2012 à 00:12 | #3

    D’apr√®s moi, les personnages principaux √©voluent, justement, notamment le professeur, qui d√©passe le ¬ę¬†detachment¬†¬Ľ initial. La jeune √©l√®ve photographe √©volue aussi… pas dans le m√™me sens, malheureusement.La mise en sc√®ne est subtile, on se sent √† la fois pris dans une sorte de cauchemar √©veill√©, de t√©moignages sur l’√©ducation, de th√©rapie…Par contre, certains personnages sont caricaturaux, comme la principale – couch√©e parterre au moment de convoquer ses enseignants.. moyen!

  4. 16/01/2013 à 23:55 | #4

    Je suis assez d’accord avec votre critique : un film qui se permet de d√©peindre d’une mani√®re aussi pessimiste un syst√®me, ici le syst√®me d’√©ducation am√©ricain ne doit pas tomber dans la trag√©die absolue. J’ai vraiment eu l’impression de ne plus avoir d’espoir (preuve que l’√©motion est pass√©e, chose qu’on ne peut pas reprocher), et selon moi, un film comme celui-ci doit savoir montrer ne serait-ce qu’une lueur d’optimisme. Tout le film ne repose que sur la mis√®re du monde o√Ļ je citerai l’histoire familiale du personnage qui s’ajoute √† tout le reste. Bien loin du culte ¬ę¬†American History X¬†¬Ľ o√Ļ l’on se prenait une claque mais o√Ļ il y avait un parti pris.

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