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Culte du dimanche : Tueurs Nés

posté le 23/09/2012 FredP

Avec la sortie au ciné du nouveau film d’Oliver Stone, Savages, il était normal de revenir sur l’un de ses films qui a le plus créé la polémique à sa sortie : Tueurs Nés.

Alors que Quentin Tarantino venait de révéler un énorme talent d’écriture avec Reservoir Dogs, il était impensable de ne pas le voir à l’œuvre rapidement sur d’autres projets. Hyperactif, ce dingue avait déjà quelques scénarios en réserve qu’il souhaitait mettre en scène mais qui lui ont échappé. L’un a donc échoué sur le bureau de Tony Scott (True Romance) tandis que l’autre s’est retrouvé dans les mains d’Oliver Stone. Le réalisateur de Né un 4 juillet, les Doors ou encore de JFK aimant les personnages forts et légèrement barrés avec un rapport assez particulier au du pouvoir, le script ne pouvait que lui plaire, d’autant qu’il n’est pas  contre l’idée de choquer pour créer la polémique et délivrer son message.

Tueurs Nés reprend d’une certaine manière l’histoire de Bonnie & Clyde mais de façon beaucoup plus trash et adaptée au monde sur-médiatisé, conséquence de la folie des années 80 et de l’avènement de MTV. Mickey et Mallory parcourent ainsi l’Amérique, massacrant au passage les personnes qu’ils rencontrent sur leur route, poursuivis par les autorités mais surtout par les médias qui en font des héros adorés du public et rois de l’audience.

Le discours est violent et malgré ses dialogues toujours présents Tarantino ne se reconnait pas dans le scénario que Stone a manipulé pour accentuer le côté médiatique de l’histoire. Il en refusera donc la paternité et ne sera crédité que pour l’histoire originale. Pourtant le film porte bien sa marque mais également celle sans concessions de son réalisateur. Car le sujet permet ici à Oliver Stone d’innover pleinement dans sa mise en scène et d’expérimenter pas mal de techniques pour illustrer la folie de ses personnages et la folie médiatique. Saturé de couleurs, un rythme assez effréné, des flash-backs sur l’enfance des tueurs tournés comme des sitcoms trashs pour mettre en lumière leur côté mégalo, … tout y passe et tout le monde sera brocardé avec des images et des dialogues agressif et toujours excessifs.

Pleinement ancré dans son époque, Tueurs Nés reste pourtant encore d’actualité puisque les médias vont chercher encore plus loin dans les bas-fonds du mauvais goûts pour trouver de nouveaux programmes de télé-réalité. Aujourd’hui, le film pourrait très bien montrer un Secret Story où le mystère entourant Mickey et Mallory serait leur folie meurtrière. Alors personne n’en réchapperait et les médias autant que le public s’en régalerait. Oliver Stone réalise donc une critique acerbe de la télévision à la recherche perpétuelle de sensationnel, de la starification des meurtriers qui n’attendaient que cette mise en lumière mais aussi du public qui se régale de cette violence.

Avec un scénariste un peu cinglé, un réalisateur qui ne l’est pas moins pour un sujet complètement délirant, il fallait un casting à la hauteur. Et de ce côté, impossible de passer à côté du couple star qui s’en donne à cœur joie. Pour toujours, Woody Harrelson et Juliette Lewis seront donc toujours Mickey et Mallory et auront du mal à ce détacher de ce type de rôle assez barjots. Mais il y a aussi Robert Downey Jr qui, avant sa renaissance en armure tapait déjà très fort dans les personnages charismatiques, égoïstes et légèrement pathétiques en incarnant ici le présentateur tv à la recherche du scoop et de l’audience.

Agrémenté d‘une BO sensationnelle le film frappe fort. Et évidemment, devant son sujet, sa violence et sa mise en scène toujours excessive, il ne manque pas de créer la polémique, relançant encore une fois (et ce ne sera pas la dernière), le débat sur l’influence des films violents sur les actes criminels. Mais cela n’a pas empêché le film d’être reconnu par la profession qui l’a récompensé à Venise. Et surtout, toujours accompagné d’une image sulfureuse, le film est aujourd’hui passé culte pour toute une génération.

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