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Culte du dimanche : Mulholland Drive

posté le 13/05/2012 FredP

A l’approche du Festival de Cannes, il est bien normal de revenir sur l’un des films qui a marquĂ© la croisette par sa vision unique du cinĂ©ma et sa mise en scène evanescante Ă  juste titre rĂ©compensĂ©e. Place donc au sublime Mulholland Drive de David Lynch.

La mythique et mystique route montagneuse et sinueuse offrant une parfaite vue sur les studios d’Hollywood a toujours fascinĂ© David Lynch. L’atmosphère envoĂ»tante qui Ă©veille les sens Ă  la nuit tombĂ©e lui a donnĂ© l’idĂ©e d’une nouvelle sĂ©rie tĂ©lĂ©visĂ©e naviguant sur les traces de Twin Peaks, entre fantastique et film noir. HĂ©las, après de nombreux remontages, le rĂ©alisateur n’arrive pas Ă  convaincre le studio de diffuser le pilote et de continuer l’aventure. C’est alors qu’il est approchĂ© par le producteur Alain Sarde et Studio Canal pour finaliser son projet avec une totale libertĂ©. Lynch repart alors en tournage pour complĂ©ter le pilote d’une heure trente rĂ©alisĂ© prĂ©cĂ©demment en portant le film Ă  une durĂ©e de 2h20 pour un budget raisonnable de 15 millions de dollars au total.

Mais que raconte ce mystĂ©rieux Mulholland Drive ? Comme dans chaque film de David Lynch, la question amène une rĂ©ponse multiple devant la complexitĂ© de l’histoire, construite en dehors des normes et jouant intelligemment avec la conscience du spectateur. Ici, après un accident de la route sur Mulholland Drive, une femme, amnĂ©sique, trouve refuge dans une maison habitĂ©e par une actrice qui vient de dĂ©barquer Ă  Hollywood, pleine de rĂŞves. Les deux femmes vont alors devenir complices, amantes, et s’entraider pour que celle qui se fait appeler Rita retrouve la mĂ©moire et que Betty puisse trouver le rĂ´le de sa vie … jusqu’Ă  l’apparition d’une Ă©trange boĂ®te bleue.

Comme souvent avec Lynch, il faudra plusieurs visionnages du film pour en saisir tout le sens, mais si il y a bien une chose qui frappe dès le dĂ©part, c’est la beautĂ© de sa mise en scène. PortĂ© par la sublime musique aĂ©rienne de Angelo Badalamenti et des mouvements de camĂ©ra comme en lĂ©vitation, le rĂ©alisateur fait de son film un rĂŞve rempli de mystère et de sensualitĂ© sur les coulisses d’Hollywood oĂą l’amour se rĂ©vèle cruel.  Mais finalement, les 1h50 d’enquĂŞte sur le passĂ© de Rita se rĂ©vèlent assez limpides, entre film noir et la romance pure, jusqu’Ă  cette scène du théâtre qui amène un grand changement, nous montrant clairement que ce que nous voyons n’est qu’illusion. Alors seulement le voile de la rĂ©alitĂ© se lève, entre rĂŞves et  souvenirs d’un amour perdu.

En donnant l’impression de changer d’histoire d’un seul coup, David Lynch bouleverse les principes narratifs nous dĂ©voilant que ce que nous avions vu avant n’Ă©tait que le rĂŞve d’une actrice Ă  la dĂ©rive qui a perdu son amour et choisi de le faire assassiner. Bien entendu, tous les indices Ă©taient dĂ©jĂ  prĂ©sents dans le rĂŞve mais il se rĂ©vèlent pleinement à la seconde vision, faisant de Mulholland Drive une oeuvre Ă  l’atmosphère envoĂ»tante et Ă  l’histoire fascinante sujette Ă  de multiples interprĂ©tations.

Alors qu’il avait livrĂ© son interprĂ©tation de la face cachĂ©e des banlieues amĂ©ricaines dans Blue Velvet, Ă  travers Mulholland Drive il plonge dans les abĂ®mes du système hollywoodien (assez proche de l’image que l’on pouvait d’ailleurs s’en faire dans les annĂ©es 50-60), dans les rĂŞves de gloire des actrices et dans les mirages qui y règnent. Pour David Lynch, tout est affaire d’apparences trompeuses, que ce soit pour faire rĂŞver les spectateur ou pour faire travailler ses talents Ce Mulholland Drive nous montre bien que ces amours, rĂŞves et souvenirs ne sont qu’illusions perdues dans un milieu maudit.

Le rĂ©alisateur prĂ©sentera son film au Festival de Cannes en 2001 et se verra alors saluĂ© pour la rĂ©vĂ©lation de Naomi Watts, sublime et intense, mais surtout pour la beautĂ© de sa mise en scène. Un prix largement mĂ©ritĂ© et qui sera confortĂ© en France par le CĂ©sar du meilleur film Ă©tranger. Il entretien en mĂŞme temps l’image d’un rĂ©alisateur Ă  part, mystĂ©rieux et lĂ©gèrement dĂ©rangĂ© mais offrant une vision unique du cinĂ©ma qui nous entraĂ®ne toujours plus dans ses rĂŞves et cauchemars dont il est difficile de saisir toute la portĂ©e sans y prĂŞter le temps de la rĂ©flexion. Mulholland Drive reste ainsi un film au pouvoir d’attraction immense et avec lequel on a du mal Ă  revenir Ă  la rĂ©alitĂ© après 2h20 de songes Ă©tranges et fascinants.

publié dans :Cinéma Culte du dimanche

  1. 13/05/2012 Ă  20:54 | #1

    Souvent copiĂ©, jamais Ă©galĂ©. Un mythe comme on en voit tous les dix ans et encore…
    PS : « amis surtout pour la beautĂ© de sa mise en scène»  ; aimĂ© ?