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Culte du dimanche : Le Lauréat

posté le 29/07/2012

Révélation de Dustin Hoffman bercé par Simon and Garfunkel, Le Lauréat est bien le film d’une génération et c’est forcément culte.

Dans la série des films qui ont marqué une génération en faisant le portrait de la société américaine à l’un de ses tournants, voici Le Lauréat. Il faut bien se remettre dans le contexte, en 1967 les Etats-Unis sont enlisés en pleine guerre du Vietnam et le mouvement hippie explose. Pourtant le film de Mike Nichols n’en fait pas spécialement mention. Par contre il va exprimer tous les doutes de la jeunesse et faire craquer le vernis de l’american way of life tout en jouant sur les clichés de la comédie romantique.

Pour l’histoire, Benjamin Braddock vient de finir ses études et va passer quelques jours chez ses parents avant de décider quoi faire de sa vie. Au cours d’une petite fête familiale, il retrouve une amie de la famille, Mrs Robinson, qui va commencer à lui faire des avances auxquelles il va vite succomber avant de tomber amoureux de sa fille.

Aujourd’hui, à l’heure où l’on parle volontiers de couguars à l’heure du déjeuner, Le Lauréat pourrait faire sourire et ne choque plus du tout. Mais en se replongeant dans de le contexte l’Amérique puritaine des années 60, on constate tout de suite la petite provocation qu’a pu engendrer le film. En effet, en présentant l’aventure d’un jeune homme avec une femme deux fois plus âgée que lui, le film de Mike Nichols dresse le portrait d’une Amérique qui se libère aussi bien dans ses pensées que sexuellement, n’hésitant pas à montrer clairement cette aventure, sans sous-entendus et à faire craquer la structure droite et irréprochable de la famille.

A ce titre, Benjamin Braddock campé par le débutant Dustin Hoffman est bien le porte-drapeau d’une jeunesse qui se cherche et va se trouver une place en défiant la famille. Montrant clairement qu’il ne voit pas vraiment d’avenir après ses études, perdu dans l’ennui qu’il cherche à tromper, c’est avec Mrs Robinson qu’il va se libérer, qu’il va sortir du cadre pour finalement vouloir rester dans les règles dès qu’il rencontrera Elaine. En adoptant le point de vue de cet ado mal à l’aise, Nichols nous permet de voir d’un autre œil la jeunesse coincée et qui ne demande qu’à être libérée et entendue.

A ce titre, l’utilisation de la vue subjective de Benjamin engoncé dans sa combinaison de plongée en est la parfaite illustration. Nichols utilise d’ailleurs d’autres idées de cadrage et de montage particulièrement audacieuses et travaillées pour accentuer cette immersion dans l’esprit de Braddock. Ces plans presque subliminaux du corps de Mrs Robinson lorsque celle-ci lui fait des avances en sont un exemple, les transitions entre les parties de jambes en l’air et moments d’ennui dans la maison familiale en sont un autre. Ce n’est pas pour rien que le réalisateur sera récompensé une nouvelle fois par l’oscar du meilleur réalisateur.

D’un autre côté, la célèbre Mrs Robinson, dépressive, alcoolique, sans amour pour son mari avec qui elle ne partage la chambre conjugale (à défaut du lit) que pour le bien âtre de sa fille, brise complètement l’image de la famille unie. La valeur qu’il pouvait rester à l’Amérique vole en éclat avec cette femme dominatrice qui va entrainer la jeunesse dans une certaine dépravation. Cette critique de la société va malheureusement s’atténuer dans la dernière partie du film où la morale va rattraper les personnages. Mais le réalisateur montrant qu’il fallait passer par la libération sexuelle avant d’arriver à l’épanouissement des sentiments a tout de même jeté un pavé dans la mare pour livrer une comédie romantique générationnelle.

Cette dimension générationnelle sera d’ailleurs aussi due grâce à la bande-originale du duo Simon & Garfunkel dont the Sound of Silence et Mrs Robinson sont aujourd’hui devenus des standards emblématiques des 60’s indissociables des images du film, que ce soit ce plan de Dustin Hoffman vu sous la jambe d’Anne Bancroft ou des deux amoureux fuyant en bus. Fort de ses nominations aux oscars Le Lauréat imposera aussi mine de rien quelques règles incontournables de la comédie romantique contemporaine (cette course avant que la belle ne se marie, …) qui ne seront finalement jamais aussi bien traité qu’ici.
Du coup, avec le portrait d’une génération, des acteurs qui se sont révélés, des images devenues classiques dans le cinéma américain et une musique inoubliable, Le Lauréat est forcément culte.

publié dans :Cinéma Culte du dimanche

  1. 30/07/2012 à 17:16 | #1

    Indémodable! Il est incontestablement dans mon top 5

  2. 11/08/2012 à 14:37 | #2

    Je viens de le découvrir, et c’est vrai qu’il est bien sympa ! Comme tu l’as dit, il fourmille de très bonnes idées de réalisation… et Dustin est tout croquignolet avec sa coupe de chevalier du Moyen-Âge !