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Culte du dimanche : Empire du Soleil

posté le 19/02/2012 FredP

A l’occasion de la sortie de Cheval de Guerre, revenons ce dimanche sur l’un des films les plus personnels de Steven Spielberg, regroupant ses grands thèmes favoris et rĂ©vĂ©lant un grand acteur, et pourtant souvent oubliĂ© du public, le magnifique Empire du Soleil.

Après les grands succès du box-office qui ont fait de lui le maĂ®tre du divertissement Ă  Hollywood, Steven Spielberg s’est orientĂ© vers un registre plus intimiste dans la seconde partie des annĂ©es 80. C’est ainsi qu’après La Couleur Pourpre, il commence Ă  travailler sur Empire du Soleil. A l’origine, le livre quasi-autobiographique de J.C Ballard devait ĂŞtre adaptĂ© sur grand Ă©cran par le grand David Lean. Mais celui-ci trouvant le sujet trop proche du Pont de la Rivière Kwai laissa tomber le projet. Grand bien lui en a pris puisque Steven Spielberg se retrouva tout de suite dans le script.

Et pour cause, l’histoire d’un enfant abandonnĂ© au beau milieu d’une guerre avait tout pour plaire au crĂ©ateur d’E.T. Empire du Soleil raconte donc se dĂ©roule dans la Chine occupĂ©e par le Japon, lorsque celui-ci dĂ©clare la guerre aux Etats-Unis. C’est la panique et le jeune James Graham est sĂ©parĂ© de ses parents puis emmenĂ© dans un camp de prisonnier oĂą il va devoir s’adapter pour survivre.

ComposĂ© en trois grandes parties, le rĂ©cit commence par nous dĂ©peindre l’environnement bourgeois dans lequel a grandi James Ă  qui tout est accordĂ©. ProtĂ©gĂ© dans son cocon familial, loin de la pauvretĂ© et de la guerre qui veille le jeune tĂŞte Ă  claques ne pense qu’aux avions jusqu’Ă  ce qu’il soit sĂ©parĂ© de sa famille et se retrouve seul dans les rues de Shanghai. Dans cette première partie, Spielberg nous dĂ©crit un gamin pourri-gâtĂ© mais c’est surtout son cotĂ© rĂŞveur et passionnĂ© qui va l’intĂ©resser. Avec une reconstitution impressionnante de Shanghai, il nous immerge complètement dans le contexte d’occupation japonaise complexe mais toujours Ă  hauteur humaine, filmant simplement un grand drame humain Ă  travers les yeux d’un enfant esseulĂ©.

La seconde partie verra l’enfant grandir dans un camps de prisonniers regroupant amĂ©ricains et britanniques. ProtĂ©gĂ© par le charlatan Basie, il va s’adapter et faire vivre le camp, apportant de l’aide Ă  tous pour oublier lui-mĂŞme ce qui lui est arrivĂ©. Si cette partie ne montre pas toutes les difficultĂ©s de la vie dans ce milieu carcĂ©ral, c’est parce que Spielberg n’a pas encore cette vision sombre qu’il dĂ©veloppera ensuite. Il prĂ©fère garder cette vision de l’enfant qui verra le camp comme un terrain de jeu pour Ă©luder la vĂ©ritĂ©.
Puis arrive la dernière partie, plus onirique, dans laquelle James quitte le camp et se retrouve livrĂ© Ă  lui-mĂŞme au milieu de nulle part, meurtri par la guerre, les pertes de proches, … Entre images magnifiques portĂ©es par la musique de John Williams, mots parfois durs des adultes, Spielberg, malgrĂ© les longueurs du rĂ©cit dans ces dernières parties, arrive Ă  nous toucher et Ă  faire passer toutes les Ă©motions de son personnage.

A travers Empire du Soleil, Spielberg livre lĂ  un rĂ©cit personnel qui regroupe nombre de ses thèmes favoris. Evidemment, celui qui saute le plus aux yeux est celui de l’enfant perdu qui a parcouru toute sa filmographie. D’enfant roi Ă  enfant samaritain jusqu’Ă  l’enfant traumatisĂ© (cette Ă©motion lorsque Bale dit ne plus se souvenir de ses parents !), ce sont toutes les facettes de l’enfance dans un milieu familial difficile que l’on retrouve ici. C’est aussi l’innocence de l’enfance qui ressort du film, notamment lorsqu’il se lie d’amitiĂ© Ă  travers les barbelĂ©s Ă  un jeune pilote japonais voisin. Et pour jouer ce mĂ´me multi-facette, il offre le rĂ´le Ă  Christian Bale alors dĂ©butant mais qui fait tout de suite preuve d’un talent immense pour ĂŞtre aussi tĂŞte Ă  claque que touchant dans un final qui a de quoi serrer la gorge.

L’autre thème abordĂ© par Spielberg est bien sĂ»r la guerre. Et cette fois, chose rare dans le cinĂ©ma amĂ©ricain, il s’intĂ©resse Ă  ce sujet du cĂ´tĂ© asiatique. Ce contexte complexe, passionnant, qu’il ne retranscrit qu’Ă  moitiĂ©, comme les souvenirs de cet enfant, lui permet alors de traiter d’un troisième thème lui tenant Ă  cĹ“ur, celui de l’aviation. Spielberg est passionnĂ© d’avions de guerre mais avait peu eu l’occasion de le montrer au cinĂ©ma si ce n’est de façon anecdotique dans 1941, Rencontres du Troisième Type ou les deux premiers Indiana Jones. Avant Always, Empire du Soleil est une vĂ©ritable dĂ©claration d’amour aux avions, il n’y a qu’Ă  voir cette sĂ©quence oĂą le James s’approche d’un avion pour le caresser ou comme il filme cette avion passant Ă  quelques mètres de lui dans le bombardement du camp.

Avec Empire du Soleil, Spielberg rĂ©alise un grand film sur l’enfance durant la guerre. Si il Ă©lude les pires instants de ses personnages, ils n’en portent pas moins les cicatrices intĂ©rieures. Tendant toujours vers le merveilleux, il filme ici son rĂ©cit non comme la vĂ©ritĂ© mais comme un rĂŞve, un souvenir flou dont on ne retient que les meilleurs moments, les plus magiques et forts en Ă©motions positives pour oublier ce qui Ă©tait difficile Ă  vivre.
Malheureusement, face au cĂ´tĂ© intimiste, le film ne sera pas un hit (Spielberg reviendra ensuite en force au box-office avec le nouveau Indiana Jones) et sera mĂŞme lĂ©gèrement boudĂ© par la profession qui ne le nominera aux oscars que pour ses aspects techniques mais tous salueront la performance de Christian Bale alors âgĂ© de 13 ans. Aujourd’hui, Empire du Soleil est souvent l’un des films sĂ©rieux de Spielberg injustement oubliĂ©s par le grand public mais les admirateurs du rĂ©alisateur y voient sans doute l’un de ses plus beaux films des annĂ©es 80.

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