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Habemus Papam, critique

posté le 02/09/2011 FredP

habemus papam critique

Pour parler de Habemus Papam, prĂ©sentĂ© Ă  Cannes, nous accueillons une invitĂ©e spĂ©ciale qui a eu l’occasion de voir le film en projo presse, @annacrre, et pour qui l’univers de Nanni Moretti est loin d’ĂŞtre Ă©tranger. Revue spirituelle.

habemus papam afficheAvec pour sujet de son dernier film l’une des plus anciennes institutions du monde, le cinéaste italien Nanni Moretti parvient, avec habilité, à lier des sentiments tragiques et une mise en scène comique et décalée. Sa nouvelle production « Habemus Papam » sortira dans les salles françaises le 7 septembre prochain. Une comédie dramatique, qui traite de l’angoisse d’un homme non préparé aux responsabilités liées à l’accession au trône Papal.

C’est par la formule « Habemus Papam » (Nous avons un Pape), prononcée du haut du balcon de la basilique Saint-Pierre de Rome, qu’est annoncée au monde l’élection du nouveau Pape. Cette élection se fait au sein d’un conclave réunissant les cardinaux du monde, qui, enfermés à huis-clos dans la Chapelle Sixtine, doivent désigner l’un des leurs comme nouveau souverain pontifical. Et c’est autour de ce cérémonial ancestral que de Nanni Moretti a choisi de situer l’action de son nouveau film.

habemus papam 1

Le rĂ©alisateur italien nous introduit dès le dĂ©but du film dans l’univers ecclĂ©siastique avec la prĂ©sentation de la procession solennelle des cardinaux Ă  travers le Vatican : ils vont se retirer afin de procĂ©der au vote. Cependant, le cinĂ©aste laisse bien vite de cĂ´tĂ© l’aspect protocolaire et figĂ© du cĂ©rĂ©moniel pour s’intĂ©resser Ă  « l’homme derrière la soutane ». Ainsi, nous fait-il partager les prières des cardinaux qui – et cela peut surprendre dans un premier temps – souhaitent tous ĂŞtre Ă©pargnĂ©s par le vote. Après quelques tergiversations, un pape est enfin Ă©lu (interprĂ©tĂ© par Michel Piccoli). Mais alors qu’il doit se prĂ©senter Ă  la foule pour prononcer la première bĂ©nĂ©diction, il se dĂ©robe.

habemus papam 2

Il faut reconnaitre que c’est une fonction particulièrement lourde que celle de Pape, puisqu’il s’agit de guider spirituellement plus d’un milliard de fidèles. Face à l’ampleur de cette tâche, le Pape de Moretti est paralysé par la peur : il ne sent pas à la hauteur. Les cardinaux persuadés d’avoir fait le bon choix, décident de faire appel à un psychanalyste (interprété par Nanni Moretti) afin de l’aider à faire face à ses doutes. S’en suit une confrontation plutôt amusante entre l’homme d’Eglise éprouvant un besoin de liberté et le thérapeute qui se retrouve enfermé dans le Vatican et entouré de cardinaux névrosés. Le pape arrivera-t-il à surmonter ses angoisses, et finira-t-il par se résoudre à exercer la mission pour laquelle il a été désigné ? C’est l’enjeu de ce film où le comique se mêle à des sujets bien plus graves.

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Après son dernier film Le caïman, où Nanni Moretti s’en prenait de manière plutôt adroite à Berlusconi, le réalisateur s’éloigne du monde politique pour s’intéresser à un autre grand thème de l’actualité italienne : l’Eglise. Mais, loin de s’attaquer au monde clérical en abordant les sujets phares de l’actualité, le cinéaste choisit de s’intéresser à l’Eglise comme lieu de pouvoir, où les hommes sont sujets à des angoisses et des doutes que chacun peut être amené ressentir.
Nanni Moretti, habitué de Cannes avait obtenu une palme d’or pour La chambre du fils en 2001, dans lequel il jouait également le rôle d’un psychanalyste. Dans ce film, le protagoniste perd son fils et a du mal à continuer à exercer sa profession. On retrouve dans Habemus Papam, ces thèmes personnels et chers au réalisateur : l’angoisse, la perte de confiance en soi et surtout le malaise ressenti quand on ne s’estime pas à la hauteur d’un rôle ou d’une fonction.  Nanni Moretti avait d’ailleurs dit à propos de son film : «Ce n’est pas un film sur le Vatican (…)  C’est un film qui parle de la difficulté d’être à la hauteur des attentes des autres » (La stampa).

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Dans la lignée des meilleurs films de Nanni Moretti, Habemus Papam explore de manière habile les sujets de prédilection du réalisateur (le doute, l’angoisse, la peur) tout en gardant une dimension comique ce qui le rend fort plaisant.

publié dans :Cinéma Critiques ciné

  1. 14/09/2011 Ă  16:48 | #1

    FĂ©licitation Ă  Michel Piccoli encore magnifique de A Ă  Z. ParsemĂ© de scènes aussi truculentes que savoureuses le film pĂŞche surtout par un manque de poil Ă  gratter. En effet Nanni Moretti rĂ©alise lĂ  un film anti-clĂ©rical mais trop gentil pour atteindre son but. La fin déçoit dans la forme mais pas dans le fond ; en effet l’annonce est froide et sasn concession mais n’est pas cohĂ©rente avec la lĂ©gèretĂ© du reste du film. On reste donc mitigĂ© sur ce petit pamphlet. 2/4