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Culte du dimanche : Les Chaussons Rouges

posté le 20/11/2011 FredP

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A l’occasion de sa sortie en bluray dans une version restaurĂ©e, nous parlerons aujourd’hui du film prĂ©fĂ©rĂ© de Martin Scorsese. Une ode Ă  l’art et Ă  la crĂ©ation qui a inspirĂ© nombre de rĂ©alisateurs de notre temps, Les Chaussons Rouges.

les chaussons rouges afficheMichael Powell et Emeric Pressburger est sans doute l’un des duos de rĂ©alisateurs les plus crĂ©atifs, inspirĂ©s et respectĂ©s du cinĂ©ma britannique des annĂ©es 40 avec leur sociĂ©tĂ© de production indĂ©pendante « Production of the Archers» . Après le succès du Narcisse Noir critique qui mettait face Ă  face le duel entre la religion et la chair,  les deux compères vont commencer l’Ă©criture des Chaussons Rouges. L’histoire dĂ©bute comme un film classique sur la danse. Un producteur engage une nouvelle danseuse et un nouveau compositeur pour mettre en scène un ballet inspirĂ© du conte d’Andersen dans lequel une jeune fille trouve des chaussons qui la feront danser jusqu’Ă  la mort. Comme on peut s’y attendre, les deux hommes tombent amoureux de la danseuse et celle-ci devra choisir entre son art et l’amour.

L’histoire est donc classique mais se rĂ©vèle vite bien plus profonde qu’il n’y parait. Car non seulement les rĂ©alisateurs dĂ©livrent une vĂ©ritable dĂ©monstration de mise en scène avec une parfaite maitrise technique et une intĂ©gration incroyable du Technicolor mais en plus le rĂ©cit nous emporte dans un ballet d’Ă©motions qui reste encore intact aujourd’hui.

Ce qui avec passionnant avec les Chaussons Rouges, c’est cette double lecture et cette mise en abĂ®me du ballet. En effet, l’utilisation du conte d’Andersen comme spectacle, objet des rĂ©pĂ©titions de la troupe, est bien Ă  mettre en parallèle avec l’histoire de la danseuse Vicky Page (incarnĂ©e avec souffrance par la danseuse professionnelle Moira Shearer). Comme la fillette du conte, elle vit pour danser et seulement pour danser, jusqu’à ce que l’amour remette ce choix en question.
Le film dĂ©laisse alors petit Ă  petit son aspect classique pour partir dans des contrĂ©es plus oniriques culminant avec cette sĂ©quence de ballet de plus d’un quart d’heure au centre du rĂ©cit. Un ballet dans lequel notre hĂ©roĂŻne passe de tableau en tableau, chaussons rouges aux pieds, sublimĂ©e par la camĂ©ra des rĂ©alisateurs qui s’en donnent Ă  cĹ“ur joie dans les effets hypnotiques. Un tour de force qui fait non seulement avancer le rĂ©cit mais lui donne une dimension fantastique inattendue, folle et envoutante.

Mais le film va encore plus loin que ce conte. Car l’histoire des Chaussons Rouges est aussi une histoire tragique sur la vie d’artiste et les choix Ă  faire pour aller au bout de ses envies crĂ©atrices. Cette dĂ©monstration se fait au travers du ballet, art corporel le plus exigeant qui soit, mais elle aurait pu se faire au travers de la peinture ou de tout autre art. Car c’est bien de crĂ©ation pure qu’il s’agit ici.
Les rĂ©alisateurs s’interrogent ici sur la place de la crĂ©ation sur la vie d’artiste. Que se passe-t-il quand un artiste doit choisir entre l’envie d’atteindre la beautĂ© absolue de son art qui le consume et d’autres sentiments comme l’amour ? Jusqu’oĂą peut-il aller pour crĂ©er ? Et ces questions qui trouvent ici une issue tragique, inhabituelle pour l’Ă©poque, ont de quoi renforcer cette image de l’artiste qui doit souffrir pour atteindre la perfection.

Avec ces thèmes, on comprend alors tout de suite pourquoi Les Chaussons Rouges est un film adulĂ© par nombre de grand cinĂ©astes, de Scorsese Ă  Coppola en passant par Spielberg, De Palma ou Aronofsky. Le film a eu une telle emprise chez eux que l’on trouve de nombreuses rĂ©fĂ©rences au film dans leurs Ĺ“uvres, qu’elle soient conscientes ou non, qu’elles sur  les sujets traitĂ© ou dans la mise en scène. Nombreux ont Ă©tĂ© les rĂ©alisateurs Ă  s’inspirer de Michael Powell et Emeric Pressburger. Il faut dire que le duo tentait Ă  chaque fois de nouvelles choses et nous permet dans les Chaussons Rouges de nous retrouver directement sur scène avec les danseurs. Il y a bien sĂ»r ce morceau de bravoure, ce ballet central, mais la dernière partie du film est toute aussi empreinte de cette folie crĂ©atrice des deux rĂ©alisateurs.

MalgrĂ© cette indĂ©niable rĂ©ussite artistique, le film fut Ă  l’Ă©poque assez mal accueilli par la critique britannique qui attendait plutĂ´t une histoire de danse pour jeunes filles. C’est lorsque le film sorti aux États-Unis avec un succès autant public que critique qu’il commença a Ă©crire son histoire et Ă  s’inscrire dans les grands classiques du cinĂ©ma. Et si aujourd’hui la fin n’a pas l’impact Ă©motionnel de l’Ă©poque, il en ressort tout de mĂŞme un film d’une incroyable profondeur et relevĂ© par une mise en scène Ă  la hauteur de ses flamboyantes couleurs.

A noter que le bluray qui vient de sortir chez Carlotta est d’une beautĂ© Ă  couper le souffle pour les images et assortis de près d’une heures de tĂ©moignages très intĂ©ressants sur la crĂ©ation et l’impact du film. DĂ©couvrez sur cinetrafic la catĂ©gorie la danse au cinĂ©ma.

publié dans :Cinéma Culte du dimanche

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