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Culte du dimanche : Le Seigneur des Anneaux (2e partie)

posté le 31/07/2011 FredP

Après avoir évoqué dans une première partie la genèse du pari fou de Peter Jackson d’adapter le monumental Seigneur des Anneaux au cinéma à travers un tournage marathon, venons-en maintenant aux films qui ont marqué à jamais l’imaginaire des rêveurs de cinéma

En adaptant le Seigneur des Anneaux sur grand écran, Peter Jackson s’est lancé un défi immense. Car malgré son amour pour l’œuvre originale, il allait devoir faire face aux fans des ouvrages de Tolkien et aux quolibets sur la fantasy qui n’a que très rarement fonctionné au cinéma. Le défi est d’autant plus grand qu’il vient de filmer 3 films et si le premier ne rencontre pas son public, les deux autres parties seraient bien mises à mal. Mais ce serait sans compter sur la passion et le talent du réalisateur néo-zélandais.

Certes, le monsieur n’avait jamais réalisé de blockbuster auparavant et son plus gros film, Fantômes contre Fantômes, a eu un succès mitigé. Plus étonnant est son parcours, puisque Jackson est surtout connu pour ses films d’horreur bourrés d’humour noir mais aussi pour le très beau et poétique Créatures Célestes. Mais si il n’a jamais eu de gros budget entre les mains, la volonté est là et il sait maîtriser son porte-monnaie tout en ayant sachant raconter une histoire comme personne. Et il faut dire qu’avec l’histoire de Frodon devant aller détruire l’anneau unique au fin fond du Mordor alors qu’une guerre se prépare, il y a de quoi faire.

« Vous trouverez l’aventure ou l’aventure vous trouvera» . Telle était l’accroche de la toute première bande-annonce. Et dès le premier volet Peter Jackson réalise des miracles. Sous nos yeux, la Comté prend vie. Nous nous retrouvons directement au milieu de ce peuple de hobbits bons vivants, comme si nous connaissions déjà leurs habitudes avant de partir à l’aventure. Peter Jackson suit les aventures de Frodon en étant à la fois très fidèle au roman tout en retirant ce qui ne fait pas avancer le récit (exit Tom Bombadil) ou en y ajoutant ce qui lui fait plaisir mais en se justifiant (les wargs et la fausse mort d’Aragorn dans les Deux Tours).
Grâce aux équipes qui ont travaillé d’arrache-pied sur les décors, les costumes et les effets en direct (les perspectives pour montrer les différences de taille des personnages sont impeccablement gérées), Peter Jackson rend la Terre du Milieu tout de suite crédible et fascinante. Nous n’avons plus qu’à nous balader dans ce monde rêvé pour en découvrir les secrets.

Au fur et à mesure que nous avançons dans le récit réparti sur les 3 films, comme dans le roman, les aventures vécues par nos héros deviennent de plus en plus épiques alors que le sort des personnages est de moins en moins certain. Ainsi, d’une poursuite dans les bois pour échapper aux cavaliers noirs au début de la Communauté de l’Anneau, nous finirons sur une bataille gigantesque au pied de la capitale du Gondor. La progression est immense mais naturelle car Peter Jackson réussit à donner au film un souffle d’aventure incomparable.

De batailles contre d’impressionnantes armées aux duels opposant nos héros à des créatures monstrueuses, chaque action est ici racontée de manière épique. Peter Jackson fait preuve d’un talent immense dans sa mise en scène pour nous faire vivre ces aventures au plus près des personnages. Bien sûr, étant donné la portée de l’épopée courant sur 3 films de longue durée, on peut trouver quelques longueurs mais elles sont toujours utiles pour nous faire connaitre des détails de l’univers ou explorer davantage les personnages. La fin est d’ailleurs le signe que l’on a du mal à quitter la Terre du Milieu et nos héros après toutes ces aventures !

Car si nous entrons dans l’histoire c’est aussi par la force de caractère des personnages, telle que Tolkien les avait écrit. Ainsi, nous nous identifions tout de suite à Frodon pour partir en voyage. A travers ses yeux nous découvrons le mal de ce monde comme ses beautés (Fondcombe). Sa progression et corruption progressive par l’anneau sont saisissantes et déporte alors notre empathie sur le personnage de Sam qui se révèle enfin en héros dans la dernière partie après un face à face épique contre Arachne tel que nous pouvions l’imaginer à la lecture du roman.
D’un autre côté, c’est la progression d’Aragorn qui est passionnante. De rôdeur qui a refusé sa lignée royale, son aventure va le ramener sur le trône pour finalement révéler tout son « impérialité»  dans un discours de guerre désespéré devant la porte noire du Mordor.

Aux côtés de ces 2 héros, les personnages secondaires sont loin d’être oubliés et tous on droit à leur moment de gloire, leurs instants de tensions et de larmes. Tous évoluent et permettent aux héros principaux de mener à bien leurs quêtes. Il faut dire que le casting est très judicieusement choisi et tous, même avec de courtes scènes, montrent tout de suite des personnages profonds et ambigus, même pour les plus mauvais ou les plus gentils.
Que ce soit le duo Merry / Pippin dont l’amitié ne peut que nous attendrir ou l’amour non réciproque d’Eowyn pour Aragorn, la folie de Denethor ou l’honneur corrompu de Boromir, la félonie de Grima ou le passé elfique d’Elrond, tous les personnages ont leur place dans le récit, y apportant une densité énorme et contribuant toujours à la crédibilité de l’univers créé par Tolkien et adapté à l’écran par Peter Jackson.

Il ne faudrait pas non plus oublier le personnage machiavélique de Gollum dont l’ombre plane pendant la première partie avant de se révéler en plein jour. Dépassant la performance technique, le personnage est devenu l’une des figure les plus marquantes de la saga grâce à l’interprétation bavarde et subtile d’Andy Serkis. Le personnage fourbe et manipulateur né dans la violence d’un flash-back rappelant l’étrangeté de Créatures Célestes se révèle à chaque pas accompli par les héros.

Mais en dehors des personnages forts et d’une mise en scène épique à la hauteur des ambitions de l’adaptation, Le Seigneur des Anneaux dégage également de magnifiques moments de calme avant la tempête où les dialogues emprunts de poésie sont à tomber devant des images magnifiques. C’est ainsi le cas lorsque Elrond narre le triste destin de sa fille Arwen ou encore quand Theoden se prépare à une bataille désespérée à Helm dans les Deux Tours ou même lorsque Jackson élude une bataille en faisant à la place chanter Pippin devant Denethor dans le Retour du Roi. De même, la profondeur de l’amitié qui lie Sam et Frodon ne serait pas la même sans les textes écrits par Philipa Boyens et Fran Walsh, très justement inspirées par Tolkien. Ainsi l’histoire intime des personnages se retrouve irrémédiablement liée à la grande bataille pour la vie et la liberté.

Car Peter Jackson arrive bien à retranscrire l’univers de Tolkien à l’écran mais aussi toutes ses valeurs. Le Seigneur des Anneaux n’est pas qu’un film de fantasy. Il brasse également des thèmes très chers à son auteur et que Peter Jackson illustre ici. Il le fait peut-être avec moins de subtilité que Tolkien mais cette lutte contre l’industrialisation du monde et la perte de repères d’une vie simple et proche de la nature passent très bien à l’écran tout comme cette idée que certaines batailles sont indispensables pour la liberté.

Évidemment, tout ce récit ne serait pas aussi épique et prenant sans la musique d‘Howard Shore. Le compositeur colle aux image une véritable symphonie qui délivre d’incroyables émotions. Du thème des hobbits à celui plus nordique du Rohan en passant par les chants elfiques, la bande-son appuie les réflexions et et actions des personnages et nous emporte dans les batailles comme dans les songes. Plus qu’une simple BO, Howard Shore a composé un véritable opéra qui peut même aisément se passer des images pour délivrer toutes les émotions du roman.

Bref, les trois films composant le Seigneur des Anneaux sont une réussite artistique époustouflante, menée de main de maître par un Peter Jackson parfaitement entouré. Jamais nous n’avions pu vivre une aventure aussi intense et épique au cinéma pendant plus de 9h de film. C’est simplement magique !

Et le succès a été au rendez-vous. Les 3 films on rapporté près de 3 milliards de dollars dans le monde, en faisant un succès populaire indéniable. Mais c’est aussi une immense réussite artistique et critique, récompensée par 17 oscars en tout dont 11 pour le Retour du Roi, égalant ainsi Ben-Hur et Titanic et même plus puisque chaque nomination a remporté la statuette pour ce premier film de fantasy récompensé par l’académie. Ce sont ainsi plus de 7 ans de la vie de Peter Jackson et l’implication sans failles de toutes ses équipes qui ont été à juste titre récompensées.

Aujourd’hui encore, dix ans après la sortie du premier film, le Seigneur des Anneaux fait encore parler de lui. Les films n’ont pas pris une ride et peu de films peuvent se targuer d’avoir atteint ce niveau de grand spectacle et d’émotion qui prennent encore plus de sens et d’ampleur grâce aux versions longues sorties dans la foulée. Sans le Seigneur des Anneaux, nous n’aurions certainement pas eu toute une vague de films de fantasy qui a suivit. Mais c’est aussi grâce à la technique développée que James Cameron a réalisé qu’il pouvait faire son Avatar. Quand à Peter Jackson, il a pu réaliser son rêve de gosse en réinventant enfin King Kong et est même devenu l’un des piliers d’Hollywood aux côtés de Steven Spielberg avant de replonger dans la Terre du Milieu pour le très attendu Hobbit.

publié dans :Cinéma Culte du dimanche

  1. 31/07/2011 à 11:08 | #1

    Très très bon article ! Constructif et passionné ! Quelle belle trilogie que nous a offert Peter Jackson. A chaque visionnage, l’émotion est toujours là ainsi que le sentiment de redécouvrir pour la énième fois la Terre du Milieu. Tout les aspects techniques du film et ses comédiens sont extraordinaire et vivement la sortie de The Hobbit, qui au vu du SDA, sera sans doute à la hauteur des espérances, si ce n’est pas plus haut.

  2. 25/12/2012 à 11:06 | #2

    Quel enthousiasme ! Et le film le mérite amplement. Jusqu’ici, personne encore n’avait rendu aussi réel tout un monde fantastique. « Le Hobbit»  vient raviver cette flamme en ajoutant une dimension supplémentaire.