Accueil > Cinéma, Culte du dimanche > Culte du dimanche : Le Dictateur

Culte du dimanche : Le Dictateur

posté le 26/06/2011 FredP

le dictateur culte

Un plus d’ĂŞtre un film culte, aujourd’hui, nous allons parler d’un immense classique. Et pour cause puisqu’il s’agit du plus grand succès de Charlie Chaplin, Le Dictateur.

le dictateur affiche1940, la seconde guerre mondiale vient de commencer en Europe. Les États-Unis n’ont pas encore pris part aux hostilitĂ©s, la  Grande-Bretagne rĂ©siste seule et toutes les atrocitĂ©s commises par Hitler ne sont pas encore connues. C’est dans ce contexte que Charlie Chaplin rĂ©alise Le Dictateur, premier de ses films entièrement parlant, mais surtout, une critique des systèmes totalitaires et une vĂ©ritable ode Ă  la libertĂ© et la justice.

Dans le Dictateur, Chaplin incarne deux rĂ´les diamĂ©tralement opposĂ©s. Dans un premier temps, celui d’un juif, ancien soldat de la première guerre qui a repris son travail de barbier. Peu Ă  peu, sa vie se verra chamboulĂ©e par l’arrivĂ©e des soldats de Hynkel, second personnage qu’il interprète ici. Hynkel Ă©tant donc le dictateur du titre, satire Ă  peine voilĂ©e d’un Hitler fou, mĂ©galo et haineux envers tous les peuples ne correspondant pas Ă  son idĂ©al. Ces deux personnage se ressemblant physiquement, il finiront par Ă©changer leur rĂ´le malgrĂ© eux.

On le sait, Charlie Chaplin est sans doute le plus grand comique qu’ai rencontrĂ© le cinĂ©ma, caractĂ©risĂ© par une poĂ©sie Ă  pleurer et des gags visuels qui font toujours mouche. Sans lui, Le Dictateur n’aurait pas pu exister. Car Chaplin sait tellement bien manier le langage visuel et avec une telle sincĂ©ritĂ© qu’il n’aurait jamais pu toucher plus justement le sujet de la dictature.
Alors que nous ne connaissions pas tout des plans d’Hitler (les camps, …), Chaplin a su prĂ©voir et montrer mieux que quiconque ce qui attendait le peuple juif avec un tel homme Ă  leur poursuite. Ainsi, le rĂ©alisateur-acteur oscille rĂ©gulièrement entre l’humour et la gravitĂ© de son sujet.

L’humour est le seul moyen de dĂ©samorcer la bombe qu’est le sujet abordĂ© ici. Avec cette malice irrĂ©vĂ©rencieuse Le Dictateur aligne les gags typiques du cinĂ©ma muet, basĂ©s sur la mimique ou la situation absurde, mais qui font toujours mouche. D’ailleurs il est Ă©tonnant de noter que pour ce premier film totalement parlant, le personnage du barbier juif reste la plupart du temps silencieux alors que son antonyme, le dictateur vocifère Ă  tout va des paroles incomprĂ©hensibles.

Comme si Chaplin n’apprĂ©ciait pas que ce progrès du cinĂ©ma parlant qui retire toute sa poĂ©sie au cinĂ©ma muet. D’un certain cĂ´tĂ©, il a raison, et d’un autre il l’accepte de la plus belle manière en donnant Ă  Hynkel l’un des scènes les plus belles et cĂ©lèbre scène muette du cinĂ©ma (la danse du dictateur avec le globe, montrant comme il cherche Ă  dominer le monde) et en faisant enfin parler son personnage avec un discours d’une force extraordinaire. Après s’ĂŞtre tĂ»t, Chaplin a trouvĂ© la force de raconter ce qui lui tenait Ă  cĹ“ur en ces temps d’horreur.

Oui, le Dictateur se regarde Ă  de multiples degrĂ©s : une simple comĂ©die dramatique sur les horreurs de la guerre, le portrait d’un dictateur fou, mais le tĂ©moignage d’une Ă©poque et d’une idĂ©e du cinĂ©ma, ou encore l’envie de se battre pour des causes justes. Tous ces sujets abordĂ©s en font une Ĺ“uvre Ă  la fois simple et complexe oĂą, si l’on gratte un peu le vernis se cachent d’innombrables symboles et thèmes d’une profondeur inouĂŻe rendant le film universel et intemporel.

Mais ce qui frappe au final dans le Dictateur c’est la justesse incomparable du discours de Chaplin. L’acteur-rĂ©alisateur est simplement parfait, dans le comique comme dans le drame. Jamais il ne s’enfonce dans le misĂ©rabilisme de la situation vĂ©cu par son hĂ©ros et jamais il ne rend le dictateur plus diabolique qu’il ne l’est dĂ©jĂ . Il a simplement relevĂ© certains discours rendant la folie du personnage plus effrayante tout en l’exagĂ©rant assez pour lui trouver une faille humaine, un attachement du public qui dĂ©clenche le rire.

Et lorsque l’on ne rit plus, on est simplement Ă©mu au larmes. Car Chaplin arrive comme nul autre Ă  crĂ©er l’Ă©motion par un simple regard attendrissant, une mimique qui rĂ©vèle tant de choses. Mais c’est par son discours final que l’on sera le plus surpris.
L’acteur muet trouve les mots justes pour dĂ©crire cette injustice vĂ©cue en Europe et pour inciter les peuple Ă  livrer le juste combat de la libertĂ© pour tous. Symboliquement rendue plus fort en Ă©tant dĂ©livrĂ© par un homme qui a revĂŞtu le costume de l’un des pires dictateurs de l’histoire pour mieux en trahir la pensĂ©e, c’est une vĂ©ritable dĂ©claration d’amour Ă  ce qu’il y a de plus beau en l’homme. Ce discours profondĂ©ment humaniste est certainement l’un des plus Ă©mouvants du cinĂ©ma.

Au final, Le Dictateur de Chaplin est un vĂ©ritable bijou de comique absurde et d’humanisme Ă  fleur de peau. Le plus beau film sur la dĂ©claration de la libertĂ© de tous les hommes et le portrait montrant le ridicule de la mĂ©galomanie d’un homme. Et c’est Ă©galement un passage de relais hautement symbolique du muet au parlant, montrant enfin toute la force des deux. Un vĂ©ritable chef d’œuvre que la France de dĂ©couvrira qu’une fois la guerre terminĂ©e en lui faisant un triomphe en salles pour se libĂ©rer enfin psychologiquement.

publié dans :Cinéma Culte du dimanche

  1. Pas encore de commentaire